‹ Correspondance, 1812-1876: 1812-1876Chapitre 17 sur 62 · I. Ici, nous ne pouvons rien et l'argent nous man · texte numérisé non relu

I. Ici, nous ne pouvons rien et l'argent nous man

GOnitESPONDjMGE DE GEORGE SAHD 130 qoerait pour quitter le gîte. Aucune sagesse ne préserve des sinistres, des blés gelés, des împAts à payer et des misères à secourir. Nous ne nous plaignons de lîeD; nous n'en avons pas le droit, puisque nous sommes encore des plus heureux ; mais nous ne bougeons pas el il nous faut travailler sans rel&che.

Dites-moi donc vite où on peut se procurer la Lettre de Junius. II ne suflil pas de dire aux lecteurs de la Bévue : < Lisez-la ! > llTaut leur dire oiiils la trouveront. Si Bulos avait <Ie l'esprit, il tous demanderait de la publier, ce qui vaudrait mieux que tout. S'il avait cet esprit'lâ, y consentiriez vous? Vite un mot de réponsel A-l-elle été très répandue et très lue en France?

Nous vous embrassons bien tous. Lina, qui a reçu vos exemplaires el votre lettre, vous remercie de tout aoD cœur.

Qnelle belle occasion Hugo a perdue de se taire ! Les chercheurs de popularité, qui n'ont jamais aimé le peuple que pour avoir des ovations ou des votes, n'ont pas le courage de lui dire : € Aujourd'hui, mon bon ami, tu es infect ! > En ce moment, on jugera de la sincérité des républicains par leur blâme plus ou moins ferme de ces atrocités.

Hais que devient mon ami Paul Heurice ? Je ne sais ee qu'a fait et dit le Rappel, nous ne le recevons plus depuis le siège; mais Meurice est un homme doux, aimant el humain : il est impossible qu'il ail des lorts

1» CORIICSPOffDJtUICE DE.GKiOitAlt SAHD graves; ne soRÙMl pas bien à vous de vouaoi drluiî

A UADAHB EIIHOND ADAM, A l'AIlIS Nofaul, tajulnisn.

Chère Juliette,,

Il ruât pourtant'Vivre-etbireàceuKqaevoHsaimoiu la vie la meilleare pauible. Il ne faut plus' dire que l'on EoufAie, et mèine- il ne faut plus le savoir. La France est une grande ambiiianse oé il faut s'oublier et s'eiïacer pour les autres. Il ne faut plus âlre ouda^ ni de corps^ ni d'esprit : les autres ont absolument besoin que nous nous portions bien.

Nous disons trop que: nouB' sommes perdus^ que nous allons tomber sous le joi^ des jésuites, cela leur dmne de l'audace eb une importanoe factice, une' fonta apparente. Je ne lescroistpassi redoulablea; jecroifl' plutAt à un libéralisme qui srra aee, feoid eb bernée ce ne sera pa»un id(al,.raais il faudraraoceptai; ou périr dans la boue et le- sang de l'ItUêmatiotuUê. Celte'là e>( bien plus inquiétante que les oagots ebelle a eu l'art d'être plus odieuse encore. Eleomasidea: larmes de aang sur nos illusions et nos erreurs. Non» avons cm qoe' le^ peuple des: villes était bon el hnm*

CORRESnOIlDA^NCIi Dï GKOnCK SAJtD 131 Il est mêchanl quand il est brave, poltron quand îl est bon ; l'Empire l'a rendu dangereux. La République possible ne pourra que le rendre inofTensif, et la République idéale est loin, loin dans l'avenir.

Nos pnncipea peuvent et doivent rester les mêmes; mais l'application s'éloigne et nous serons condamnés à vouloir ce que nous ne voudrions pas. Adam, Louis Blanc et les autres 'sont bien forcés d'embotler le pas avec Thfers, et ils ont fait un grand acte de raison en le BwUeuant CAiitre les eajeiS' de Itt Commune et ceux (les légilîmistes.

Soyons donc raisMinables. à présest, il n'y a pas d'ulra chemin puur Is devoir; ne soyons paanerreua et-agités, ou.nou8 somme» perdus.

Je vous embrasse tout biou. tvndreuient. Pl&ucfaut m'écrit qu'Adam n'est pas démoli du tout par son leis rible accident, et (^ Toio esLLout plein belle. Pauvre flllattel jpsuis sArequ-'elleadui calme' et de 1& force d'âme sans le sawir^ Mariez^Ia biea, poc trop dans- fis politique, jfu\aa&^ett.<Mniuve.

Tendcessea de Ham-ice,.de Line-et de nos fillettef,. qpi poussent OR ne peut mieux-Les voir rire et sauteir dans les fleucs^c'est comme un bain pour nos ftmes^ épouvantées ' e t- navries. Hoas nous serrons leS' un» conice les autres,, en nouadisanËà. tonte heui:e:.<>Surtùot ne sojens rieu^ei. teamiUons toujeun pMic.qne les autcfs. soianL. »••

1» COIIRKSPONDANCE DE GKORGE SAND

A son ALTESSE LB PRINCB NAPOLÉON (jAROVS), A FRANGINS

Notiuil, U luin 1871.

Mon ami,

J'ai bien reçu votre lettre à Jules Favre. Apris les épouvantables conséquences de l'Empire, de la guerre et de la Commune, qui se tiennent indissolublement, l'événement vous donne raison historiquement. Certes la République a fait une aussi grande faute que de déclarer la guerre à la Prusse, en ne faisant pas la paix â temps.

Je crois que Jules Favre le sait bien. Sa soumission au peuple de Paris est un malheur irréparable; mais, à ce moment-là, il était inévitable, et je ne crois pas que l'Empire soit fondé à le lui reprocher, puisque c'est l'Empire qui avait chauffé l'esprit belligérant à btasc, à Paris surtout, et sans consulter la province, U France; car, s'il se disait autorisé à la guerre par le résultat du plébiscite, il menlirait k la France et h lui-même. Ce plébiscite était un piège atroce, et le paysàh^qui l'a signé a cru signer la paix et la'sécurité. Ce n'est donc pas le moment de faire le procès à la République quand on s'appelle Bonaparte. Le procès est bien plaidé, avec le talent que vous avez et que

CORRESPONDANCE DE GEORGE SAND 133 nul ne conteste, e( les accusations sont fondées; mais TOUS ne pouvez pas le gagner devant l'opinion, car TOUS nous reprochez les sottises (jue l'Empire nous a forcés de' faire et les désastres où il nous a précipités.

Je sais encore mieux que vous les torts et les misères des républicains. Quoique républicaine, en principe, je ne me suis pas gênée pour les dire jour par jour durant le siËge, et je suis sûre que certaines gens m'ont accusée de conspirer pour vous, qui ne conspirez pas. C'est parce que vous êtes de bonne foi et ne songez pas à vous-même que j'aurais mieux aimé votre silence pour le moment.

Ce que vous reprochez k ces messieurs, la Commune le leur reprochait aussi, à son point de vue. Les légitimistes le leur reprochent de leur c<Jté, et tous ces reproches des faits accomplis nous mènent à des périls extrêmes que la France n'est plus en état de supporter. Il est à craindre qu'elle ne se lasse de la poli< tique et de tous ceux qui veulent l'irriter, l'agiter et la violenter, au point de tomber dans une torpeur où le premier coquin habile remplacerait tous les partis par une dictature insensée, avec l'anarchie déGnitive, le lendemain.

Hélas! ne serait-ce pas le moment d'abandonner tous les prétendants et de se réunir autour d'une république sage ? Je sais que vous ne conspirez ni pour rtapoléon 111 ni pour son fils; mais le malheur de votre situation, c'est de ne pouvoir parler en ce moment sans qu'on vous accuse de travailler pour eux

13i GOnRKSPOirDAnCE DE GEORGE SAND OQ pour TOUS- m âme. Si rotisr pouviez nous sauver, je TOUS dirais d'agir poiir vous, je vons reprocherais de ne pas le faire; mais vous ne le pourriez pas, bien 4|ue'vou$ Boyei une intelligence de premier ordre et un coeur généreux. Nous sommes trop malades du mal que nous a Tait celui dont vous portez le nom, et il y a la guerre civile sous vos pieds si vous faites un pas maintenant.

Je dis mainteaant, paRequejecrois toujours qu'un temps viendra où vous anrw' la liberté d'être an citoyen) peatiélre le premier des bons citoyens, le mieux doué, le plus dévoué, le piusulile. Beaucoup d'eau aurapHBé'sous nos ponts; àprésent, l'eau passe pardessus; elle est troublée, il faudra bien qu'elle redevienne claire et que l'on se reconnaisse.

Mes enfants vous envoient leurs hommages affectueux et dévoués; moi, je vous embrasse de tout mon cœur.

GEORGE SAND

J'ai envoyé à des journaux la réclamation que vous m'aviez fait passer; je crois qu'ils ne l'ont pas publiée. C'est /«cAe; mais peut-être ne l'ont-ils pas reçue; la poste a été dans un dés:trroi complet en ce qui nous concerne. Au reste, croyez bien que personne n'a ajouté foi à la calomnie dont vous vous tourmentiez : elle e$t trop bête.

CORItCsrO.XDANCE DE GEDRGË SAnu 135

. EDUO.ND FLAUCHUT, A PARIS

Mon bon PJauchemar, le voilà donavedefenu Parisien dans uaautre Paris, .au^i triste. qu'il aété gai jadis I II me semble que ce Paris d'aulrerois est mort et j'aurais eur de voir à présent son cadavre.

Trop de passion, trop de légèreté, trop de crédulité et de scepticisme, trop de contraires ealin dans cette agglomération cosmopolite, cela devait finir par une explosion ou une anémie. — Ne me justifie pas quand on m'accuse de n'être pas assez républicaine; aa coDlraire! dis^Ieur que je ne le suis pas à leur manière. Ils ont perdu et ils perdront toujours laitépublique, absolument camme .les prêtres ont perdu le christianisme. Ils saut orgueUleujt, étroits, pédants, et ne se doutent jamais de ce qu'ils peuTentoune peuf eut pas. Je trouve que Troobu I«ur passe sur la télé et vaut mieux qu'eux tous. J'avais. deviné tout ce qu'il révèle, rien qu'aux accusations dout il était l'objet et j'avais très bien jugé Gambctta. L'histoire des faits est là maintenant pour le dire. Qu'est-ce que cela me fait que mon jugement déplaise à la petite église qui 1« juge comme moi, nuis qui s'eet donné le mat dïordre

133 CORItKSPONDANCE DE GEORGE SAND de politique hypocrite, de le défendre pour ne pas avouer que cet încapnble était le moins incapable de \enr parti f — Les partis, j'en ai plein le nez, je n'en veui plus, te tiens pour crétins ou insensés tous ccu^ qui se donnent à des personnalités. Comme au lendemain de juin 48, le dégoiït me jette dans l'isolement en face de ma conscience révollée et libre, Dieu merci !

Mais ne parlons pas politique. Il n'y a plus rien à en dire, tout a été dit, écrit, publié : le Trai et le faux. Chacun peut se recueillir et juger. Tant pis pour <]ui ne veut pas voir clair dans les principes. Quant aux faits, ils resteront ce que les faits accomplis sont dans l'histoire, le sujet d'éternelles discussions où les plus habiles interprétations ne sont pas infaillibles. Chaque historien ouvre un horizon nouveau. Le meurtre d'Abel. le premier meurtre de la légende humaine, n'est pas encore jugé, prouvé encore moins. Les vérités historiques, ce sont les résultats.

Je te remercie d'avoir parlé à Boutet, je lui ai écrit aussi. Je n'ai pas du tout oublié ce que j'ai donné à la défense de Paris; mais je sais qu'il m'est dû quelques milliers de francs par Lévy, et je pense qu'à présent Boutet et Aueante en sont convaincus. Je n'en suis pas à regretter ce que j'ai fait, et je ne me plains de rien, mais je veux me remettre au courant. Si j'ai besoin que tu t'en occupes, je te le dirai. Pour le présent, la correspondance directe suffit.

J'ai des nouvelles de tous nos amis, nous avons

CORRESPQNDANGIi DE GEORGE SAItD 137

encore la chance de n'en avoir perdu ancnn. Quant à DOS bibelots, les tiens et les miens, ils sont assurés parla Providence. Quoique tu en dises, ils y auraient passé, si la lutte se fût prolongée; car je t;ais des gens quionttout perdu, non seulement par le feu, mais aussi par le vol et le pillage. On commençait par les ricbes. Les gueux comme nous seraient venus en dernier. Ne défendons pas cette borde infâme. Nous ferions comme les prêtres qui ne conviennent jamais des turpitudes de leur Église. On doit reconnaître les vrais amis du progrès à leur indignation contre les novateurs in^mes.

J'espère que tu ne vas pas respirer longtemps l'odeur des cadavres et que tu vas venir pour ma fêle. Ma fêle sans toi n'est plus une fête, si fête il y amaintenant dans la vie ! Compter ses années au milieu de pareils désastres n'est p.^ gai ; mais senlir près de soi ceux qu'on aime le mieux est la seule consolation d'avoir vécu jusqu'à ces affreux jours. Je l'embrasse de toute mon Ame. Tout mon monde t'aime et t'attend. Écris-nous et viens écrire ici la fin de ton ouvrage.

Jeté défends de m'apporter un cadeau, ce serait mal cette année.

ttS OORRESPONDAIiOE DK fiKOBCK.&AIJil

DCCCXIV

A UADAHS EUUBLtRB RAYMOND, A PARIS IMuDi, ISJiJii Mil.

'Madaine,TOusètesiâiiipUedecceuretd'intelligencc: aussi vous aimez vos umbUbles, et leurs crimes vous révoltent, leurs égaFements vous laissent stupéfaite. Quant à l'élonncment, je vous en offre autant. Gom- .{H-endre l'amour du mal est impossible à qui a l'amour du bien. Mais nous voilà forcées dexonslater des Eaits et de savoir qu'il y a des méchants en nombre, des 'fous en très grand nombre, des idiots en nombre lîmmense. II ne faut pas que cela ébranle notre foi au ifffogrés, notre respect pour la liberté, notre espoir en iDieu, c'est ainsi que nous désignons une notion du .beau et du bien dont l'idéal nous apparaît toujours aumilteude nosidésespairs et de nos épouvantes. Je n>e:.vaateraia ai j'avais l'orgueiLde vous dire que mon âme n'est ni troublée ni ébrunlée par ces orages. Mais je travaille, je crois que nous devons travailler tous et toutes à reprendre possession de nous-mêmes, à forcer notre raison, notre conscience, noire charité à reprendre leur chemin et leur but. Soyons pour le peuple ce que nous étions avant sa chute, sauf beaucoup d'illusions dont la perte doit cous instruire. Ne

D,mi,.=db,Gooylc

COBRESPONDÀEICË DE GEORGE SAND U» nous dissimulons pas l'abtme où il est tombé, et, sous prétexte de républicatiisuie, n'excusons pas le crime. Les dévots ont fjiiide Léotadie,iily avingtan3,un niar> Ijr et un saint, par esprit de corps.

On pourrait, reconnatlre .un hypocrite à ce parti pris de sanctifier un monstre. Aujourd'hui, on devra reconnaître un réfwlriicaïn sincère à son horreur pour une certaine école. Ceux qui les excusent et tâchent de les expliquer en s'acharnant aux fautes de l'Assemblée et à l'esprit de la province sont des hypocritesen politique ou des imbéciles, n'en doutez pas.

Écrasera-t-on celte école du meurtre? enchalnerat-on cette rage sans frein? Ceci est l'inconnu ; mais on peot modifier, contenir, corriger, si l'on travaille & s'améliorer soi-raême.

L'Empire avait donné l'exemple des turpitudes et de la démence : tel père, ti:! fils! si un gouvernement, quel qu'il soit, donne des exemples de moralité et que les classes aisées suivent ces exemples, il faudra bien que le mont Aventin se dissolve après s'èlre effondré. Ayons courage ! la seule consolation à tout ce mal, c'est de sentir en soi qu'on veut devenir melllenr. Je vous remercie de vos bonnes sympathies et vous serre cordialement les mains.

GEORGE SAND

A UADAHE STBLLA BLAMDYi.

Nobigt, 19 juin 1871.

Madame, J'»i lu votre livre. Je vous assure qu'il est charmant, très touchant, bien écrit et très sain, chose rare en ce temps-ci ! Je crois que vous devez conti- Duer à écrire. Vous savei voir et peindre. En ce moment, on n'est guère porté à l'idylle ; c'est pourtant bon, de se reposer de la réalité, et croyez que la llctioii gracieuse et attendrie fait souvent plus de biea que le raisonnement.

Vous dites, dans votre lettre, tout ce qu'il faut Taire. Je suis bien de votre avis; mais je ne me fais pas d'illusion sur le peu que nous pouvons, vous, moi cl tant d'autres de bonne volonté. La France a la lièvre, et, quaud l'accès sera passé, elle ne sera pas

lur cela. Il faut du temps, beaucoup de temps, lasserai pas d'apporter mon grain de sable;

le sera jamais qu'un grain de sable.

e qui me concerne, j'avais prévenu en quel-

i votre désir; car, en rendant compte d'un

los ; Miu doute U

CORRESPONDAHCE DE GEORGE SAMD «I ouvrage, j'avais envoyé, il ; a déjà plusieurs jours, rjuelques réflexions, qui doivent paraître, je ne sais quand, dans la Revue de» Deux Mondes ' ; mais, je vous le répète, c'est le grain de sable, et, à mon âge, on n'espère plus être autre chose. On s'y résigne en se disant qu'on a fait ce qu'on a pu et que d'autres feront mieux.

Vous êtes jeune, l'avenir est à vous. Travaillez, développez-vous. Gardez-vous du scepticisme. Vous avez bien raison : combaltez-le chez les autres, mais pour ne pas arriver au découragement. Sachez bien que le progrès est l'écroulement perpétuel de tous les eiïorts, laissant debout une très faible partie de ce qu'ils ont édifié.

Recevez tous mes remerciements pour votre livre et pour vos lettres, qui m'ont donné la satisfaction de lire dans une &me généreuse et dans une réelle intelligence.

A U. HBKRT HARRISSE, A PARIS

Nobuil, « ]alllot mi.

Merci, mon bon ami, pour votre excellente lettre et

1. It s'agit do la préface à la SoaiieUe Lettre de Juniut, par M. Alexandre Dumas fils; préface deitinéa d'aborJ à la Revut itei Deux Mondei, et qui n'j parut point.

ta GORRESPONAARCE DE GEOBCE SARI»

vDi souliaîls affectueux. J'entre dans ma SMNanle-liuitîème année avec le cœur bien écorché par les malheurs et les déchirements de mon pays; mais je a' ai pas te droit de me plaindre pereooBelleaieDt, pHUqne j'ai autour de moi cette chire famille pour laquelle, avant tout, j'existe, el d'eicellenta amis, qui ont traversé sans catastrophe tous nos désastres. Je a«is à la sincérité, à riioiineur, & la grande inialligeQjce de U. Thiers et du noyau mciéré qui joint ses efforts aux siens. Il n'en est pas moins triste de reconnaître qu'il faut passer absolument par cette grande modération qui est un instrument de progrès Unt et froid, au lieu de poUToir compter sur les forces vives et jeunes de l'esprit publie ! Que de moyens et de puissances il va falloir enchaîner par crainte du désordre et delà démencel

Ah ! que j'en veiu à ceux qui ont dépaasé le but et qui l'ont laissé ruiné et renversé derrière eux ! On rebâtira ce qui n été brûlé et démoli ; mais la confiance que le peuple ciil dû tenir à cœur d'inspirer, combien faudra-t-il de temps pour la rendre aux &mes généreuses? Quelle souffrance que de se senlir en colère contre sou enfant!

Ne nous laissez pas sans nouvelles de vous, cher

ami, et, ^ivous n'êtes pas tenu à Paris par de grandes

affaires, si vous avez besoin de repos, d'air et de soleil,

venez nous voir. Vous serez toujours le très bien venu.

A vous de cœur.

B. SÀIID.

CORRESPONDARCB 0E GEORGK SAlffi 143 Amitiés et tendresses des-'enfants et petits-enfants.

A U.'ALBXAHDHB DUMAS FUS,

Mon cher fils, après m'arAirtenu le temps que vous' savez, le bec dans l'eau, la Revue des Deux Mondes se décide enfin àmedonner à propos de la Lettre de Juttivts, celle explicatibn laconique, qu'elle va me rendre mon article, dont VinseTtion est difficile. Aucune raison n'est donnée, ni contre mon travail, si contre celui de Janius. C'est à nous de deviner que ces raisons, ne pouvant être écrites, sont, ou injurieuses pour nous, ou honteuses pour ia Revue. Je me f&che tout rouge et je quitte ladite Revue, en tant que rédacteur altitré et engagé. Mon traité arec elle eatexpiréjesnisàpeuprës anpairdaTis mes comptes, ou tout au moins très à même de payer la difTérenn. J'ai demandé mon règlement et j'ai signifié que je reprenais mon indépendanceabsohie. Si j'ai des romans à leur vendre, je leur ferai mes conditions. J'en ferai moins (de romans) et ils devront les pajwr plus cher. C'est tout profit pour ma santé.

Hais dites-moi donc pourquoi nous ne ferlons pas nne Revue, vons, moi, Aboul, Gherbniiez et nombre

tu UORRESPO»DANCB DE GEORGK SAMD d'aulres également mécontents du droit que s'arroge la Revue, de refuser, de changer, de couper ceci et cela, de faire passer tous les esprits sous le raéme gaufrier, enfin de rendre les relations insupportables k quiconque se respecte et tient & être soi ? J'ai pu, pendanllesdixans qui viennent de s'écouler, me défendre et me préserver jusqu'à un certain point. Je n'avais alfairequ'&Buloz, qui, au fond de ses apparences bourrues, a toujours eu le goût assez artiste et an certain respect de l'individualité. A présent, je suppose qu'il est hors d'étal de gouverner sa barque; car il ne répond plus aux lettres qu'on lui écrit, et son nom n'est jamais prononcé dans les réponses que fait sa femme.

Gelle-ci est intelligente et bonne; mais il est évident qu'elle ne peut prendre et ne prend pas la direction, elle n'est qu'une intermédiaire entre moi et la direction. Or cette direction, c'est l'inconnu, et îl ne me platt pas d'avoir affaire à l'inconnu. A la manière embarrassée et vague dont elle me traduit les oracles, je vois qu'une cuistrerie bien conditionnée plane sur la chose et que nul n'aura de sens e( de talent que le pouvoir occulte et ses amis.

Il y a longtemps que je me sens gênante pour les critiques de la Revue. Ils ne voulaient pas que je fisse ma critique à mon point de vue, et peut-être trouvaient-ils que j'usurpais leur droit en ayani une opinion& moi sur vou;, sur Hugo, sur tout ce qui me frappait et me commandait de dire mon impression. Ils me laissaient le domaine du roman, non sans

CORRESPONDANCE bE GËORfiE iXSD 115 hameur, cela étdl visible; mais, enfin, ne pouvant en faire, il leur fallait bien les laisser faire à quelqu'un.

Cette position n'est plus tenable pour moi, et je Tons demande si nous ne pourrions pas faire une Revue s'adressant à une couche de lecteurs plus jeunes, plus vivants, plus en harmonie avec le mouvement actuel que celte vieille Revue dont l'horizon ne s'élargira jamais et qui vit, d'ailleurs, riche et tranquille, avec son vieil auditoire et sa politique de 1835. Elle est solide, il n'est pas question de l'ébranler dans ■on essence. Ce n'est pas pour lui faire la guerre que je vous sollicite, c'est pour qu'un groupe d'écrivains qui a sa valeur puisse vivre et respirer en dehors d'elle.

Il n'y a pas que le livre pour donner issue à notre action. Il y a la commaaicalion nécessaire avec un premier choix de lecteurs qui n'est pas toujours une élite, tant s'en faut, mais qui a plus de loisirs, de réflexion et de discassion k son service que le passant ei le voyageur en chemin de fer. Vous seul, comme talent, comme sens philosophique vivant et pratique, comme esprit de conduite et appréciation des voies et moyens, pourriez fonder une Revue qui aurait chance de vivre, en admettant la diversité des aptitudes, l'originalité des esprits, leur liberté d'expansion, tout ce que la Revue des Deux Mondes leur conteslait et ne va plus leur accorder du tout, si Buioz est hors de cause.

Il me semble que celte création est précisément ce

14S CORRESPONDANCE DE GEORGE SiSn qu'il VOUS Faut à l'heure qu'il est, parce qu'elle ne vous eiiclialne h rien, & personne, et vous assure une aulorîté, une défense, une aciion que vous n'avez pas vis-à-vis de la crilique. Vous devez trouver des capitaux pour une enlreprise de ce genre. Vous pourriez reprendre et relever des Jievues tombées, tiui avaient leur valeur et qui n'ont sombré que faute d'activité et de savoir pratique. On vous accuse de \-ouloîr être député ou directeur de thé&tre ; alternative risîble qui à dfl vous faire rire le premier; mais directeur d'une belle et bonne Bevae politique et littéraire, c'est un poste avancé qui a sa dignité et sa force, parce qu'il est indépendant, parce qu'il fonctionne et né subît pas. Si j'avais la jeunesse et quelque sens pratique des affaires, je n'hésiterais pas, pour mon compte; mais, si vous prenez le commandement, je vous suivrai en bon soldat et bien d'autres se rallieront à vous et TOUS soutiendront.

Pesez mon idée pendant que te fer est chaud. Je crois le moment favorable à l'inauguration d'une critique nouvelle, celle que vous savez faire précisément. L'esprit français flotte entro les turpitudes et les rengaines. La Revue des Deux Mondes a eu tort de n'avoir pas publié tout de suite in extenso la Lettre de Junius, Elle aurait perdu quelques abonnés en Allemagne (c'est là probablemenl que le bat la blesse), mais elle ien aurait gagné en France ; elle va se poser en officine diplomatique, apparemment. Faites donc une Revue pour la France et soyez l'expression vraie, la

D,mi,.=db,Gooylc

vif renosTeltentenl de I2 prépondérance française, dans le dsmiiim de l'esprit, qui lui appartient en première ligne, comme Jtmtui te dit, le démontre, le prouve.

Et, pour le moment, qu'allons^ons faire de mon article? jfe «'en s^t rien, le no connais pas bien l'esprit des jottrninit. Me conseilleK-^oos te Tfmp$, (jui est des {Ads sages ël des plus dignes ; H ne pourra pas me doniffit ^'sossi longues cilationg ipi^tme R«vve; cxisle-lnl «iwM* des Hmuetf

La vieille Retmt Briltnmiftie parsU-^lle eneore ? J'y serais bien a«meiHie,«tj qu'elle ait peade leclenrs, t^a n'emporte, elle en «tinitt ce jour-là. EnHn ditesmoi votre avis. Je fais revenir l'article^ je tous l'enverrai quand vous m'Bufeî domrt conseil .

TotA vmn monde n bieB,fln vous embmw.

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