‹ Correspondance, 1812-1876: 1812-1876Chapitre 18 sur 62 · C. 8ANI · texte numérisé non relu

C. 8ANI

tITÂVfi FLAUDERT, A PARU

Tion, je ne sois pas malade, mon cher vieni trou

ladour, en dépit du ebagrin qui est le pain quotidien

de la France; j'ai une sanlé de fer et une vieillesse

exceptionnelle, bizarre même, ^laisqM mes forces

' ansiaentent kl^ où «Iles devraient diminuer. Le

ta CORRESPOHDAnCE DE GEORCE SAND jour où j'ai résolumenl enlerré la jeunesse, j'ai rajeuni de vingt ans. Tu me diras que l'écorce ne subit pas moins l'outrage du temps. Ça ne me fait rien, le cœur de l'arbre est fort bon et la sève Tonctionne comme dans les vieux pommiers de mon jardin, qui fructifient d'autant mieux qu'ils sont plus racornis. Je te remercie d'avoir été ému de la maladie dont les journaux m'ont gratiûée. Maurice t'en remercie aussi et t'embrasse. H entremêle toujours ses études scientifiques littéraires et agricoles de belles apparitions de marionnettes. Il pense i toi chaque fois et dit qu'il voudrait t'avoir pour constater ses progrès, car il en fait toujours.

Où en sommes-nous, selon toi?

A Ronen, vous n'avez plus de Prussiens sur le dos, c'est quelque chose, et on dirait que la République bourgeoise veut s'asseoir. Elle sera béte, tu l'as pré' dit, et je n'en doute pas; mais, après te règne inévitable des épiciers, il faudra bien que la vie s'étende et reparte de tous c6tés. Les ordures de la Commune nous montrent des dangers qui n'étaient pas assez prévus et qui commandent une vie politique nouvelle à tout le monde : faire ses affaires soi-même et forcer le joli prolétaire créé par l'Empire à savoir ce qui est possible et ce qui ne l'est pas. L'éducation n'apprend pas l'honnêteté et le désintéressement du jour au lende-

Travailles-tu? Saint Antoine marche-t-il? Dis-moi ce que tu fais à Paris, ce que tu vois, ce que tu penses.

CORRESPONDINCE DE CEORGB SAHD 143 Hoi je n'ai pas le courage d'y aller. Viens donc me Toir avant de retourner à Croisset. Je m'ennuie de ne pas te voir, c'est une espèce de mort.

A H. CHAHI-BS-BDIIOND, A PARIS

Nohut, 33 jdUal ISTI.

Cher ami,

Je suis charmée de tous savoir sorti de toutes ces crises violentes. Est-il vrai que votre maison de campagne ait été pillée, dévastée, abîmée, comme oa nous l'a dit ? Vous ne nous parle/ pas des pertes matérielles; les vôtres ont dû être sensibles; car vous aviei des objets d'art, et ce sont presque des êtres qu'on a le droit de regretter.

Les journaux m'ont, pour la lingtïëme fois, gratifiée d'une grosse maladie ; je ne me suis jamais mieux portée. La vieillesse m'a Tait une santé de fer, à l'épreuve même du chagrin, qui, pourtant, a été long et profond. Nous voici dans une période d'allégement relatif, c'est-à-dire que nos malheurs, à l'état aigu, ont cessé d'empirer. Mais revivron&-naus de la Tie normale qui convient à la France?

150 COaS,ESrOflI>iN«l bi «iobgb sana

J'allais évtue au "Stmfl fQMf loi proposer «a trftt joli rojnaa de Uaurtce, %m. pourrait paraître tout de suite, et que j'entremêlerais, deux fois par mois, du feuilleton champêtre ou sentimental dont vous me parlez. Vous êtes donc toujours le bienvenu porteparole de ce journal, le seul que l'on puisse lire sérieusement aujourd'hui ; l'en snis ravie, el, comme mon traité avec la Revue des Deux Mondes est evpiré, qu» ma na m'oblig* à U Koouveler tout de suite, je peux vous réserver le roman que je suis en train de Rtire^ *t qut raceéderait au roman de Maurice, si cet arrangement était agréé pai Nefflzer.

Quant au prix, Ha,urice recevrait celui qui est d'usage au journal, et, moi, je m'en remettrais à vous pour fixer le mien. On me donne à la Revue des Deux Manies quarante et un francs vingt-cinq centimes par page. Je no sais pas le calcul à faire pour traduire ce cliifTre en format de feuilleton. Il est vrai que la Revue bénéficiait de la première édition de mes ouvrages, et que, par un nouveau traité passé entre Michel Lévy el mcii, elle n'a plus ce bénéfice.

Aussi je complais renouveler avec elle au prix de six cents francs la feuille, au lieu de stxcentsoîxante; mais je ne suis pas décidée à renouveler. I-e vieui Buloz, — dont les qualités compensaient les défauts, et dont, depuis ces dix dernières années, je n'ai eu, en somme, qu'à me louer, en dépit de quelques accrochages, — le vieux Buloz est, ou malade, ou inférieur on démissionnaire; il ne me donne plus signe

D,mi,.=db,Gooylc

CORRIfSPOHDANCE QE GEORGE SAHD 151 de vie depiÙs un an, et je n'ai plus aiTaire à lui directement. Cela change ma position morale à celte Revue, et ne me la ferait plus considérer que comme un gagne-pain auquel rien ne m'attache particulière-* ment.

Faites donc les calculs que je ne sais pas faire, el voyez si je ne suis pas trop chère pour te Temps; sa rédaction m'est si sympathique, que je voudrais pou-i voir y travailler pour rien \ mais vous savez comment j'ai toujours vécu au jour le jour. Ce n'est pas un mérile, puisque c'était un devoir.

Répondez-tnoi, cher ami ; je ne demuide qu'il vous dire oui.

A vous de cœur, et bonnes amitiés de Maurice. Si nous nous arrangions pour une affaire de durée, j'aurais ^raad plaisir à en causer avec vous, et vous devriei venir passer quelques jours dans ce vieux Nohant que vous coonaîssez, et où vous savez qu'on vous ftime.

DGGCXX

MulunK as iuUM Mi.

Cher ami, Vous vous inquiétez de moi. Merci mille fois. Je

IM CORRESPOnD&HCE DE GEORGE SAHU

veux VOUS dire moUmâme que je ne suis pas, que je n'ai pas été malade du tout, malgré la maladie de la France qui nous rend tous assez malades de cœur et d'esprit. Que vous dirai-je de mes impressions? elles ne peuvent se fixer sur rien, nous assistons à un travail qui probablement est assez vulgaire de près, maïs qui sera peut-être grand dans l'histoire, s'il aboutit I Une nation perdue et brisée par tous ceux qui ont voulu y établir l'autorité personnelle, même par celui à qui son génie avait semblé créer an droit ! II n'a en que l'éclat d'une légende, il a laissé en fin de compte la France plus bas qu'il ne l'avait prise.

Vous n'avez pas vu ces lemps-l&. Moi, j'ai vu te règne tout entier et j'ai très bien vu la fin du règne, l'invasion, le retour des Bourbons. Depuis, tous les essais de royauté dictatoriale ou constitutionnelle nous ont conduit à des abtmes. Vrai, nous n'en voulons plus, et cela, je suis sûre que c'est le sentiment qui domine : une effroyable lassitude des dynasties, une méûance invincible contre tous ceux qui ont voulu faire nos alTaires à notre place. Et voilà que nous voulons essayer de les Taire nous-mêmes. Nous ne pouvons les faire brillantes dans la situation où on nous amis; c'est une liquidation de gens ruinés, c'est une existence à recommencer, c'est une série d'expériences, de sacrifices, de tâtonnements.

Si on nous persuade de prendre, comme panacée, une royauté quelconque, nous sommes perdus, nous reculons pour mieux sauter dans le vide. Alors Vin-

D,mi,.=db,Goo>ilc

CORRESPOnOANCE DS GEORGE SANIt 16S

ternationale reprend son ceuvre el nous jette dans Tanarchie. Je crois à l'avenir de Vlntemalionale, si, reniant les crimes et les fautes que viennent de commettre ses slupides adeptes, elle se transforme, et poursuit son principe sans vouloir l'appliquer violemment. Elle n'a produit qu'un ramassis de fous ou de scélérats, mais elle peut s'épurer et devenir la loi de l'avenir. Pour cela, il lui faut du temps. Si des coups d'État nous la ramènent, elle est morte aussi, elle n'est pas encore viable. Sa formule est bonne au fond, son programme est détestable, impossible.

Donc tout est mort chez nous, si nous ne devenons pas des hommes. Les partis nous mangeront et il s'agirait de créer une république sans partis, sans républicains à l'état de parti; une société laborieuse, commerçante, bourgeoise et démocratique dans la honne acception des mots. La France est assez artiste et assez idéaliste pour résister à cette épreuve sans s'abrutir; mais il &ut qu'elle apprenne à procéder avec ordre, i se préoccuper de la vie pratique avant tout et à faire, je le répète, ses affaires elle-même.

C'est moi qui vous dis cela, moi l'être le moins pratique qui existe, le plus incapable de gérer quoi que ce soit, le plus condamné, le plus habitué à être exploité et mené. C'est pour cela que j'ai raison de pousser les autres à la vie pratique, je sais personnellement ce qu'il en coûte d'être trop race latine, et une transformation de notre esprit aventureux et insoudant me parait absolument nécessaire.

lU COLRKSMtKSlNCE DE GB0K6K liHk

Si H. Thwn, maigtA tout m fù lu mafiqae, nal-gré notre aneleote aolijtathte, mïlj^ let ereeurs da. soR esprit sur de graves ^aestivas, sait oooa perstiaâ«r d'es»;ei U vie pratii|iie, je déûre qa'oa l'éesiit^ sitttf i le jtt|er a'il s'égwe. Il u'est qu'un komoie, il n'est paa oa souvetaiut bihu ae lommes pas Gucéa de nous i^aret avec lui. Il s'a pas 4e prestige, pas de caaSf pas da créalures piùssaotes \ e« peci le «M»-, battre, <n> peiàl l'abaadctDner. Oésàcoas qn'il dura aases po«r ton» appfeaiâie i disatter saB» foire d& révolutions. C'est le taleaA i(«'ik gaïutra, c'est le s^ têHwqu'UmuaioiUqveet unoUevoulsir soiire. Vnlit, comme m le dit> MmiReieu» le ci^ea, noua cod^ diùre saus aeeoiusft h uae resUitraliui orléemstet ^uppoeons-le t ehiKttte ^ f s'il &Àt ea ce sens deil. toi ^pirendre et liû fiùre sealir ^a» la teire taaa^eefût aeua sea pàeda s'il danqttait à. m parole, «t qu'il iuirait nalgié Ifti, une Mtoawe vtdeale» ma Térilalilft terranato *, i)iû l'eiapotlervt, loi et se» priocea.

Hélas 1 lea priftce» 1 eN a^iula amigle^ tpù eiri la siMplieité de se eielttt lie aatare dlTine, béas à i<wt, capables de hwl, ni plita ai noins que H. Gaabella. et qui sent % de totu c&tés, en. France, atte»danl qu'on les appelle & ûùie notre banhew, assez iaJts, assea niais poiu s'en crotie et s'en ^oelaaaer capables I Ils me font l'riTet de cas pauvret aspiiaob cemidieas qw j'ai vos cent fais s* préseider dnns les

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