‹ Correspondance, 1812-1876: 1812-1876Chapitre 31 sur 62 · VI · texte numérisé non relu

VI

106 GOnnESPOKDlNCIS DE GEORGE SÂKD prendre Dante et Beethoven. D'où j'ai conclu, en me disputant parfois avec de très grands esprits, que le talent impose des devoirs.

L'art pour l'art est un vain mot. L'art pour le vrai, l'art pour le beau et le boa, voilà la religion qite je cherche, et, si je vous parle de moi, pour qui M celébrité est un martyre et la retraite un paradis, c'est pour vous dire que, ajant fait une belle chose, vous avez pour devoir de la publier, tout en la rendant accessible au vulgaire.

Cesl mon plaidoyer. Vous jugerex dans votre propre cause, el laissez-moi vous dire encore qu'après avoir fait les concessions que j'ose vous conseiller, il n'est pas certaîn que votre œuvre ail le retentissement qu'elle mérite. Le succès tient à beaucoup de hasards; mais, quand vous et moi aurons fait noire possible pour mettre à l'eau une barque bien gréée, qu'elle fasse un grand ou un petit voyage, notre conscience littéraire et philosophique sera tranquille.

Encore un mot, monsieur, car je sens que mon intervention est ici très délicate, vous dites : Si cette publication doit modifier en bien ma destinée... Et, ailleurs, vous me disiez : J'ignore absolument ces choses.

La publication d'un livre n'apporte que de liés minimes résultais matériels à l'auteur. Il lui faut faire beaucoup de livres, en faire toute sa vie et qu'ils plaisent presque tous, pour qu'il en vive. Le reteutissemenl d'un ouvrage nouveau,sieKcellentousi frappant

CORRISPOMDAMCE DB GEORGE 8AMD SOI qu'il soit, n'est pas grand dans une époque de préoccupations et de réalités comme la nûtre, les critiques ne s'occupent que de leuri ^mjf pteonnaissances. La modification sérieuse apportée à votre existence sera la conscience d'avoir acnom^li un devoir, d'avoir jelé dans la foule attentive ou sourde une belle note que vous aviez dans l'&me, et qui ne sera jamais perdue quand m£nie l'écho vous sembtefaït ne pas l'avoir répétée.

Rien ne seperd, — vous le savez.

Ma belle-fille m'écrit qu'elle a le désir et l'espérance de vous voir. Envoyez-moi toujours, dès b. présent, les trois exemplaires que vous voulez bien me destiner; indiquezsur l'un d'eux les corrections errata, et donnez-moi la traduction des noms à signification. Je ne çais ni latin ni grec. Je garderai pour moi cet exemplaire et jn"en servirai pour mon introduction, et puis songez à l'épilogue. Je n'y verrais que quelques lignes à retrancher pour 6ter au poète son caractère de personnalité étranger au sujet.

Agréez, monsieur, l'expression de mes sentinjents dévoués.

DGGCLII

A H. PADL ALBBBT, A PARIS

Chers amis, Il ne faudra pas m'en Toaloir ei Totre enfant ne vous arrive que lundi vers cinq heures après midi. Je l'ai retenu & cause du dimanche, où nos autres grands enfants se réunissent chez nous. En prenant demain fexpreis à Chiteauroux, il regagnera le temps perdu, El il aura encore toute sa soirée chez vous pour se préparer & sa rentrée de mardi. Je ne peux pas assez vous dire combien nous le trouvons charmant, sincère, intelligent et naturel. J'ai causé avec lui de ses projets ; naturellement ils se trouvent d'accord avec ma conviction, qu'il est bon de suivre le chemin où le père, le meilleur ami et le plus sur appui, a déblayé un chemin, et où il peut encore nous Oler des épines après les avoir bravées pour lui-même. L'enfant me parait amoureux de son père, fier d'être à lui et n'ayant d'autre rêve que de lui ressembler. Le conseil que je me suis permis de donner et sur lequel j'ai insisté, c'est la persévérance. Choisir sa carrière est sans doute un droit; mais ce droit satisfait devient «ussitAI un devoir très sérieux. Il serait très fâcheux

CORRBSPONDAHCE DR GEORGï S&HD iO> de s'engager daas une roule pour reculer en s'apercevant qu'elle n'est point pavée de feuilles de roses. Je lui ai bien dit que ces routes-là n'eiistaient pas et qu'il fallait, une fois parti, avancer toujours, sans regarder derrière soi.

Merci mille fois, chers amis, pour la visile de ce cher enfant que je redemande 1res instamment toutes les fois qu'il sera libre et que j'aime de loat mon cœur. Il a plu à toute la famille et aux amis qui l'ont vu chez nous; et il peut bien compter que nous lui sommes tous dévoués comme à un des nôtres. Je revendique le droit d'être aussi de sa famille et d'ajouter ma tendresse et ma soUiciludeà celles qu'il trouve chez lui.

A TOUS de cœur.

DCCCLIII

AU. CHARLES-BDUOND, A PARtS

Cher ami, Impossible à présent mon article sur l'Année terrible; mais vous l'aurez le mois prochain, au plus tard. Je parlerai en même temps de Bouilbet et d'autre chose.

no COnRBSPONDANCK DE GBORGB ilHh

Il me semble qne le Temps a déjà dit sur F Année terrible d'exeellentCB choses et que l'suleur n'est pas de ceux qu'on risque d'oublier.

Hon Aurore va mieui. Elle n'aime pas qu'on la peiftne, et, ce malin, elle m'a dit : « Je voudrais étn comme Charles- Edmond, ta melaisserais tranquille. > Après quoi elle m'a demandé pourquoi les hommes perdaient leurs cheveux plus que les femmes. Je lui ai dit que c'est parce que les hmmes étaient beaaeonp plus raisonnables, et la maligne a repris : < Ça n'est pas ca, c'est parce qu'elles en mettent des faux tant qu'elles veulent. >

Ha petite malade de Nîmes va mieux aussi. Sa mère va sans doute nous la ramener et j'irai à Paris tout de suite après.

A vous, cher ami.

ÇfiÇÇLlY

AU HfiUB

Cher ami, Jevons renvoie l'épreuve corrigée. Il nous ^t im-i possible,èMauriceet à moijde comprendre cette pbr^sq i« votre lettre : t Je demande à Maurice de propor-

correspoudahce de GEOROB SIHD »1 tïonner bien les coupures de soo feuïUelon, courts ou longs, comme 11 voudra. >

Qu'entendez- vous par proportionner, si c'est court ou long b volonté? Expliquez- vous, on ne demande qu'à vous complaire. Le metteur en pages du Tentp» nous avait écrit : « Les chapitres sont trop longs, veuillez les faire de neuf à dix paqnets. > C'est à quoi Maurice se conformera le plus possible.

Va pour Mademoiielle de Cérignan' t

Du moment que le retard de la publication n'est qu'une question de jours, Maurice ne s'impatiente pas, je vous assure, et il voudrait bien vous tenir ici, non pour vous rosser, mais pour vous promener dans noire doui pays, si triste l'hiver, si riant et ai n-ais maintenant.

Ha Lolo va mieux, et sa maman revient jeudi avec la petite, qui va mieux aussi; c'est donc grande impatience et grande joie à la maison. Me voilà assurée tout à fait d'aller vous embrasser vers le ii, — du 15 au 20 probablement. Je vous prie de le dire à Duqnesnel et de ne pas trop le dire à tout le monde, pour que je n'aie pas trop d'oisifs et d'Indifférents à mes trousses. Je voudrais bien ne voir que mes amis. Je porterai une pièce que je crois belle'! Cetd prenez- vous ça de ma parl^ Hais c'est

1. Titre d'un roman de Maurice Sand publié chei Calmann Léïj.

!. MademoMelle La Quàtllnie, piice inédile.

Î11 CORRESPONDANCE DE GEORGE SAND une impression personnelle, provenant d'un cerl;ùn rayonnement intérieur que j'ai éprouvé en l'écrivant spontanément. Il se peut qne ce soit une pure illusion, une fantaisie d'auteur et que la cbose ne vaille pas deux sous. Je n'aurai ni surprise, ni dépit, ni chagrin si on me désabuse. Je recommencerai et t&cherai de mieux faire.

Voulez-vous mon avis tout désintéressé sur les correspondances du Temps f Les lettrei de Yersailleg sont excellentes et toujours à propos ; celles d'Espagne et d'Italie sont trop longues et trop fréquentes, bien que les pages d'Erdan aient du mérite et fassent bien connaître la situation, la couleur des choses, l'état des esprits. Hais il y a un peu trop de potins. Quant anx lettres d'Espagne, on voit un correspondant mal situé dans le monde, ramassant des propos d'auberge ou de carrefour qui n'ont point de portée, et disant longuement des choses dont on se soucie médiocrement. Quand un reporter n'est pas lancé dans les cercles où l'opinion s'élabore, il faut qu'il voie les faits extérieurs de tout près, au risque de se faire casser la gueule.

Sur ce, bonjour, cher ami; voyez les Jolies choses qu'Aristophane a dites sur les chauves.

Lolo vous embrasse. A bientôt.

CDRIIESPONDANCë de GEORGE SAND 313

A EDMB StHONNBT,

Bon courage, mon cher mignon, travaille, ne te laisse pas trop distraire. Tu feras bien d'aller le dimanche chez madame Adam. Cerlaineiuent tous mes amis t'adopteront et t'aimeront. Tu seras ta en bonne et honnête compagnie et tu t'y décrasseras du provincialisme trop accusé de la Châtre. Si cette vie, bien différente des brasseries du quartier Latin, te plaît et t'attire, ton but pourra bienâtre de rester à Paris par la suite. Hais il ne faut pas te laisser entraîner par les choses agréables du présent. Il ne faut pas rentrer lard ; il faut avoir le cerveau frais tous les malins ; enfin, il faut triompher.

Sois tranquille pour l'avenir, si tu gagnes cette courte et décisive victoire. Du moment que je serai sûre de ta raison, de ta volonté, de ton goât pour les choses et les personnes distinguées, de ton mépris pour la triste oisiveté bMe que tu me décrivais si bien dans nos causeries du soir, je m'appliquerai à te ramener en temps possible à Paris, et à t'; faire un milieu où tu ne te sentiras pas déchoir intellectuellement et moralement. 11 faut à présent traverser quelques énreuves.

tu CORRESPONDANCE DB GEORGE SAND

Rien ne réussit à qui ne s'aide pas avec énergie; car, tu l'as tu, tu le sais maintenant, la sociale est uo sauve qui peut, avec la consolante devise : chacun pour soi, et lant pis pour les indolents ou les distraits.

Maurice a dA t'écrire. En tout t*a, je le remercie d'avoir tspl coiiru pour sa mappemonde.

Mous ne sortons pas, nous avons eu de gros orages. Dimanehe, la jeunesse a éti forcée de ceucher; le ciel n'était qu'u5 FED et t'eau tombait à torrents. Le lonnerre a labouré un de nos peupliers dans le pré du jardin. La détonation a été jolie. Antoine en a sauté comme une carpe sur sa chaise. Les fillettes dormaient si bien qu'elles ne se sont pas réveillées. Hier, ce tapage et ce déluge ont recommencé dans la nuit. Ça me rend un peu malade et j'en veux k dame nature, dont j'aime tant les grâces et les colères, de mehtiguer le corps, quand mon instinct est de l'admirer jusque dans ses drames.

Je travaille quand même huit heures par jour. Travaille au moins quatre avec grande attention et tu arriveras.

Je te bige mille fois. Ta tante,

fi. SÀNQ.

rORRSSPONDANCE DE GEOftGK SAHD 315

X GUSTÂri PLAifflIRT, A QRVISBHT

C'est aujourd'hui que je veux ('écrire. Soixantehuit ans. Santé parfaite, malgré la coqueluche qui me laisse dormir depuis que je la plonge tous les jours (dans un petit torrent furibond, froid comme glace. Cela 'bouillonne dans les pierres, les fleurs, les grandes herbes sons un ombrage délicieux, û'est une baignoire idéale.

Nous avons en des orages terribles: le tonnerre est tombé dans notre jardin, et notre ruisseau d'Indre est devenu un gave desPyrénées, ce n'est pas désagréable. Quel été splendide! Les graminées ont sept pieds de haut, les blés sont des nappes de fleurs. Le pajsan Iroave qu'il y en a trop; mais je le laisse dire, c'est si beau I Je vais à la rivière ft pitd, je me mets toute bouillante dans l'eau glacée. Le médecin trouve que c'est fou ; je le laisse dire ausâl, je me guéris pendant que ses malades se soignent et crèvent. Je suis de la nature de l'herbe des champs : de l'eau et du soleil, voili tout ce qu'il me faut.

Es-tu en route pour les Pyrénées? Ah! je t'envie, je les aime tant 1 J'jaifaitdes courses insensées; mais

lis CORRESPONDANCE DE GEORGE SAND

je ne connais pas Luchon. Est-ce beau aussi ! Tu n'iras pas là sans aller voir le cirque de Gararnie et le chemin qui y conduit? Et Cauterets, et le lac de Gaube? Et la route de Saint-Sauveur? Mod Dieu, qu'on est heureui de voyager, de voir des montagnes, des (leurs, des précipices! Est-ce que tout cela t'ennuie? est-ce que tu te rappelles qu'il y a des éditeurs, des directeurs de théâtre, des lecteurs et des publics, quand tu cours le pays! Hoi,j'oublietout,con)me quand Pauline Viardol chante.

L'autre jour, nous avons découvert,^ trois lieues de chez nous, un désert, désert absolu, des bois sur une grande étendue de pays où n'en n'aperçoit pasunechaumiére, pas un être humain, pas un mouton, pas une poule, rien que des fleurs, des papillons et des oiseaux pendant tout un jour. Hais où ma lettre te trouverat-elle? J'attendrai pour te l'envoyer que tu m'aies do nnéune adresse.

DCCCLVII

AU U&MB

Nohinl, l0Juin«llGT3.

Cher ïieui.

Nous aussi nous partons, mais sans savoir encore où nous allons; ça m'est bien égal. Je voulais mener

CORRESPONDANCE DE GEORGE SAKD ÏIT ma nichée en Suisse ; ils aiment mieux aller dans !a sens opposé, vers l'Océan; va pour l'Océan ! Pourvu que l'on voyage et qu'on se baigne; je suis Toile de joie. Décidément, nos deux vieilles troubadoureries sont deux antinomies. Ce qui t'ennuie m'amuse; j'aime le mouvement, le bruit, el même les choses ennuyeuses des voyages trouvent grâce devant moi, des qu'elles font partie des voyages. Je suis bien plus sensible à ce qui dérange le calme de la vie sédentaire qu'à ce qui est dérangement normal et obligatoire dans la vie de locomotion.

— Je suis absolumentcomme mes petites-filles, qui sont ivres d'avance el sans savoir pourquoi. Mais c'est curieux de voir comme les enfants, fout en aimant le changement, voudraient emporter leur milieu, leurs jouets d'habitude à travers le monde extérieur. Aurore fait les malles de ses poupées, el Gabriellc, qui préfère les bêles, prétend emmener ses lapins, son pelit chien et un pelit cochon qu'elle protège en aUendanl qu'elle le mange. Suck is life.

Je crois que, malgré ta mauvaise humeur, ce voyage te fera du bien. Il le force à reposer ton cerveau, et, s'il faut fumer moins, la belle alTaire ! La santé avant ^out. J'espère que la nièce te force à remuer un peu ; elle est bonne enfant, elle doit avoir de l'aulorité sur toi, on le monde serait renversé.

Tu t'étonnes que les paroles ne soient pas des contrats; tu es bien naif; en affaires, il n'y a que des écrits. Nous sommes des don Quichotte, mon vieux trou*

£13 CORRESPONDANCE DE GEORGE SANK badour ; il faut nous résigner à être bernés pa.r les anbergibtes. La vie est Taite comme cela, et qui ne vent pas être trompé, doit aller au désert. Ce n'est pas vivre que de s'abstenir de tout le mal de ce bas monde. Il faut avaler l'amer et te sucré.

Pour Ion Saint Antoine, si tu me le permets, à mon premier vojage à Paris, j'aviserai à te trouver un éditeur ou une revue ; mais il faudrait en causer ensemble et m'en lire. Pourquoi ne Tieadrais-tu pas chez nous au mois de septembre I J'y serai jusqu'à l'hiver.

Tu me demandes ce que je Tais maintenant: j'ai fait, depuis Paris, un article sur Mademoiselle Flaugttergaes, qui paraîtra dans l'Opinion nationale avec un travail de ladite; un feuilleton pour le Temps sur Victor Hugo, Bouilhet, Leconte de Lisle et Pauline Yiardot. Je désire que tu sois content de ce que je dis de ton ami. J'ai fait un second conte fantastique pour li Reeue des Deux Mondes, un conte pour les enfants. J'ai écrit une centaine de lettres, la plupart pour réparer les sottises ou alléger la misère des imbéciles de ma connaissance. La paresse est la lèpre de ce temps- ci, et la vie se passe k travailler pour cens qui ne lia vaillent pas.

Je ne me plains pas, je me porte bien I Je plonge fous les jours dans l'Indre et dans sa cascade glacée mes soixante-huit ans. Quand je ne serai plus utile et agréable aux autres, je désire m'en aller tranquillement sans dire ovft ou, tout au moins, en ne disant que cela contre la pauvre espèce humaine, qui ne vaut

pas graod'chose, mais dont je fais partie, ne Talaot peut-être pas grand'chose non plus.

Je l'aime et je t'embrasse. Ma famille t'en envoie autant, le bon Plauehut compris. 11 vient conrir avec

Quant nous serons pour quelques jours, quelque part, je te l'écrirai pour avoir de tes nouvelles.

AU. CHARLBS-EOMOMD, A PARIS

Cibourï-lei-BilDi (CulTBdas), 1" loAl 1373.

Nous sommes partis samedi, malgré los bons avis; nous avions peur, ponr nos fillettes, de la chaleur torride de Paris. Nous avons trouvé bon gite à Trouville et, le lendemain, à Cabourg, où nous sommes installés pour quinze jours au moins. Envoyez-moi donc te Temps, l'arriéré depuis le 25 juillet et le courant, vous nous feret plaisir. Quand nous partirons, je vous avertirai. Nous sommes les plus heureux du monde : temps Irais, plage superbe, mer lantM unie, tantôt brutale et toujours excellente pour le bain. Aurore a fait ses débuts parnne houle furieuse; le baigneur dit qu'il n'a jamais vu d'enfant si n'hardt. Titile rechigne. Toutes deux sont fraîches et ivres de plaisir. Titit«

tM CORRESPONDANCE DE GEORGE SAND préfère l'dne à la mer. Les coqueluches ont disparu ou peu s'en faut, même la mienne.

Il est probable que Je travaillerai un peu, car J'ai des heures de reste ; tous devriez venir nous retrouver et travailler ici.

Bonsoir, cher ami ; nous vous embrassons tous, même Plauchut, qui prétend que la mer lui Ate son ventre, lequel nonobstant pousse à vue d'œil. fl. 3AHD.

On nous dit que l'emprunt a un succès fantastique ; comme Bismark doit regretter de n'avoir pas exigé dix milliards I

A U. BBRTOH riKE, A PARIS

Cibairc, S toAt IBTl.

mmes à Cabourg-I es-Bain s (Calvados), il de la plage. Malgré la pluie et l'orage conis nous portons tous bien. Hes petites-filles plus, ni moi. Nous avons plongé nos trois s dans la mer, malgré des houles furieuses, ante-huit ans ne s'en trouvent pas mal. Je la charmante belle-fille, les deux mioches 1 ami Plaachut. Nous attendons mon fils et

CORRESPONDANCE DE GEORGE SAND 3!1 un de mes petits-neveux. Je jouis avec délices de la mer et du farniente. Nous sommes encore ici pour dixoudouzejours, et nousnousen irons probabletnenl par la Bretagne, en suivant la côte le plus possible, pour metlre beaucoup d'air salin dans les poumons fatigués de nos petites.

Voilà notre bulletin, mon cher enfant, puisque tu désires savoir ce que nous devenons. Je n'ai regu ta lettre qu'hier; Maurice me l'a renvoyée de Nohant, où noos serons tous de retour au mois de septembre et où nous t'attendrons. Je t'écris un peu à tâtons, n'ajant point de lampe et ne sachant pas voir clair à la bou^e.

Dis donc à Fechter que sa mémoire le trompe absolument. Je n'ai pu être mécontente de lui aux répétitions de Glaudie, puisque je n'y étais pas. C'est Bocage qui a monté la pièce. Je n'avais jamais vu Fechter, et je ne l'ai vu qu'à la septième représentation de Claudie, la seule k laquelle j'ai assisté. J'ai été émerveillée et enthousiasmée de lui. J'ai été à sa loge à la un, je l'ai embrassé, et je n'ai peut-être pas dit tout ce que je devais lui dire. J'étais trop contente el trop émue, et, avec cela, je suis timide à l'abordage. Si quelqu'un lui adit que je ne l'admirais pas sans réserve dans ce rèle, où il a été exquis, c'est quelqu'un qui me supposait imbécile. — Voilà l'exacte vérité.

Quand à toi, mon enfant, je te remercie de ta bonne et fidèle affection. Je croix la mériter, car celle que j'ai pour toi est maternelle et profonde. Bientdl sep-

292 CORRESPONDAHCE DEGËOItGE SAHD

taagénaire, je Toa<lrais ne pas quitter la carrière où l'on risque de radoter en la poussant trop loin, avant de l'avoir vu reconquérir la place qui l'est due. Tu as encore vin^ansà être jeune, à avoir de grands snccès et à servir nos dieux. Je voudrais te donner un second succès comme celui de Yillemer. Aurons-nous encore la bonne chance? On ne le sait jamais. Faisons noire possible ! Noos causerons de ton rèle à Nohaat, et lu me donneras peut-être de bonnes lumières sur le Tond du caractère que j'ai conçu à noumau. Moraali n'est plus le personnage du roman. II n'est pas prêtre, il ne l'a jamais été, il a dû l'être. Il est resté prêtre de cœur et d'esprit, mais il aime d'dmour mademoiselle La Quinlinie, qui en aime un autre.

Bonsoir, mon enraot. Je t'embrasse.

A U. BDUOND

Kobant, sa asAt IHi.

Te voiU donc h Paris, mon gros requin I nous voilà donc encore une fois séparés par des heures de chemin de ter ! Les petites demandent déjà quel jour tu reviendras. En attendant, nous avons Tait arranger la cheminée de la chambre. Ayant enflnmis la main sur un Piémonlais qui parait connatlre son affaire et qui

CORRESPONDANCE DE CEORGË SAMD !t3

bangonioe l'italien dans ton genre'; nous espérons que ta n'auras plus de fumée. Il a remis à neuf le calorifère. La salle à manger est tendue d'nn tapis mosaïque qui n'exposera plus ton noble Individu i des chules dommageables. Les pastèques dont tu ai fourni la graine violette et la chair rose ont fait dei petits excellents doni nous faisons orgie, Lina etjnoi. Fadel a clé fort content de nous revoir, mats il est vite remonté flairer à ta porte pour savoir si tu élab revenu. Noire voyage a été plus long de quatre heures que celui de Paris à Trouville. Pourtant je n'ai pas été fâchée de traverser toute la Normandie, le Maine, et une partie du Berrj que je connaissais peu. C'est très joli d'un bout à l'autre ; mais force nom a été de reconnaître que la grande coupe de la vallée Noire, vue de Corlay, enfonçait tous les paysages vus en route, etquc, celte année, nous sommes encore plus verts et plus frais que la Normandie. Titile a trouvé que le sable de la terrasse devant le perron était un« plage bien petite. Moi, j'ai couru à la rivière hier et avant-hier. La cascade est bien petite depuis que tu ne la démolis plus h ta guise; mais il y a encore de quoi se coucher dans une eau bien courante et bien claire; j'atme mieux ça que la vague et le publie. Mais les autres ont voulu garder leur salaison et j« suis seule à braver celle eau vraiment glaciale. J'ai fait, hier et ce matin, mon feuilleton bimensuel, ùi j'ai réussi à parler tout au long des idées de Favre, Dumas et Girardin sans dire un mot d'eux ni de leurs

m CORRESPONDANCE DE GEORSE 8AND écrits. Me voilà réemboilée dans ma vie de travail et do tranquillité ; mais mon Plauchemar me manque et il y a un trou dans mon Eden quand sa grosse panse n'est pas Upour le remplir. Dépéche-toi de courir, de chasser, de t'amuser et reviens vite au bercail. Naits le btgeons tous bien fort.

Solange est en Suisse. Je lui ai écrit qu'en dépit de ses injures, tu l'embrassais, par fta^tluite. Juliette' m'a annoncé le mariage de Tolo : elle en paraît (frts^e, comme elle se grise de tout.

J'ai reçu le livre de Girardiii. Il est beaucoup plus dans le vrai que les autres. N'importe, si tu rencontres madame de*" et qu'elle t'empêche de revenir bientôt,... (we-Ifl.'

Ohllalal

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