‹ Correspondance, 1812-1876: 1812-1876Chapitre 32 sur 62 · Madame Edmond Adam · texte numérisé non relu

Madame Edmond Adam

CORRESPONDINGE DE GEORGE SANt» Ï3& les éloges que je lui ai entendu faire de vous, qu'il n'ait plus jugé i propos de vous attacher k la Comédie- Française. Cela, sans doute, est pénible, mais il ne faut pourtant pas vous décourager. Vous êtes jeune, TOUS êtes intelligente, vous êtes travailleuse, et l'avenir est à vous. Soyez sûre que les commencements trop faciles ont souvent de grands inconvénients, et que le talent se fortifie et se développe presque toujours en raison des obstacles qu'on lui oppose. M. Duquesnel me para!! avoir été mieux avisé que H. Perrin, et j'espère que les rôles qu'il va vous donner vont mettre en lumière les qualit(>s réelles dont TOUS ont douée tout à la fois et la nature et votre travail.

H. Plouvier, l'auteur de la Salamandre, est mon ami ; c'est un homme de mérite, et surtout un excellent homme. Je suis convaincue que vous n'aurez qu'à vous louer de ses procédés, et je ne saurais trop vous engager à bien écouter ses conseils. Mon regret est très vif de ne pouvoir être auprès de vous pour vous encourager à voire première épreuve ; mais, chez vous, le fond est solide, la nature est assouplie, et je suis sûre que vous saurez exécuter par vous-même tout ce que l'auteur pourra vous demander. Dès que je serai de retour ne manquez pas de venir me voir, et, si pour ce râle, comme pour tout autre, vous avez besoin de mon aùle, comptez, ma chère enfant, qu'il vous est assuré.

Présentez, je vous prie, mes respectueux compli-

£» COHRESPONftAHCE DE GEORGE StND ments à madame votre mère, et crajez-mei, ma chère Blancbe, votre bien affecUonoée.

A U. SC1P10N DC ROUaE, À DIVONME

Lber neux ami, Votre lettre a coura après moi, qui courais sur la c61e normande avec mon fils, ma belle-fille et mes deax petites-fllles, Aurore et Gabrielle. Enfin, votre lettre et moi, nous nous sommes rejoints i Nohant, où nous voilà réinstallés. Nous j vivons toujours, sauf les voyages d'afTaires à Paris, où nous avons un pîedà-lerre, et quelques voyages d'agrément ou de santé de loin en loin. Voire bon souvenir m'est cher et je vous blâme de ne pas me le manifester plus souvent. Il aurait été, il sera toujours bien accueilli. Je suis heureuse de vous savoir heureux; car c'est l'être autant que possible que d'avoir des enfants et de quoi les bien élever. Les vAtres sont dans l'âge intéressant, 1«8 miens dans l'âge raisonnable, mes petits-enfants dans l'Âge charmant. Aurore est ma passion, passion partagée, je l'espère ; car nous vivons beaucoup ensemble et nous nous entendons au mieux. Elle est très

intelligente et bonne comme un ange. Elle a six ans et demi et vient de faire connaissance avec la mer, oà elle est intrépide. Votre ami Maurice a les cheveux plus gris que les miens. A cela près, il est resté jeune et est devenu grand piocheur en tout. Toujours escellent nis et compagnon agréable. J'ai eu le bonheur de trouver «ne belle-fille charmante et d'avoir, sur mes vieux jours, un intérieur parfaitement heureux dont je ne sors plus que contrainte et forcée. Solange, après bien des vicissitudes, se porte bien et vient nous voir de temps en temps. Elle s'est fixée, pour raison de santé, à Cannes, où elle s'est b&lie une maison. L'été, elle court, et, cette année, elle est en Suisse, bien près de vons probablement, car sa dernière lettre est de Genève. Voilà notre bulletin commun. Ponr moi, j'ai trouvé, en vieillissanl, une santé que je n'avais pas étant jeune. Je n'ai aucune infirmité, je travaille sans fatigue et je suis forte et alerte. Hais j'ai soixantehuit ans et tout cela ne peut plus durer bien longtemps désormais. Je tâcherai d'aller tant que je me sentirai utile. Jusqu'à la fin, je me rappellerai avec bonheur mes vieilles amitiés. Croyez bien que je suis toujours, ainsi que Maurice, à vons de cœur.

na CORnKSPONDÀNCE DE GEORGE SAKD.

AU DOCTEUR HEHRl PAVRE, A PARIS

Cher ami,

Dans mon feuilleton du Temps, de la semaine prochaine, je dis t?fon mot sur la grande question que TOUS développez avec tant de science el de hauteur d'esprit dans voire explication de la Bible. Alexandre * se l'est appropriée sans vous nommer, ce qui m'a beaucoup surprise. Apparemment vous avez exigé ce silence, et, n'en comprenant pas bien les raisons, je n'ai pas osé vous nommer non plus. Cela ne m'a pas gênée, du reste, car je n'ai point la prétention de faire une critique de vos idées, et, si j'en avais la force el l'autorité (ce que je n'ai pas), je me garderais bien de discuter contre vous ni contre lui, devant le public. Je ne trouve pas que l'amitié vraie permette ces combats; j'ai peut-Ëtre tort, mais mon cœur s'; refuse, et j'ai coutume de l'écouter avant tout.

Ce n'est donc ni à vous ni à lui que répondent mes aperpus sur le fond de la question homme et femme, et je crois avoir réussi à ne pas même le faire près-

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