‹ Correspondance, 1812-1876: 1812-1876Chapitre 33 sur 62 · Alexandro Dumaa 111s · texte numérisé non relu

Alexandro Dumaa 111s

CORRESPONDANCE DE GKORGE SAND !29 sentir. Je réponds aux inlerprétations qu'on donne à Dumas, à vous par conséquent, et qui sont tellement excessives, qu'elles en deviennent révoltantes, et, sans indiquer ni les écrits ni les personnes, je dis les trois mots que je vous ai dits chez Hagny, la dernière Tois que nous avons diné ensemble, et je m'y tiens jusqu'à nouvel ordre '.

Cela ne m'empêche pas d'apprécier et d'admirer le génie d'investigation et les éclairs de vérité qui donnent à votre thèse tant d'éclat, de lumière el d'inlérét ; mais votre point de départ n'a pas, à mes jeux, l'importance et la solidité que vous y attribuez. Le Dieu qui parle, explique et décrète, c'est vous, mon ami, et j'aime mieux qu'il en soit ainsi pour bien des raisons. La première et la meilleure, c'est que vous êtes un être modifiable et progressir, tandis que le Dieu de la Genèse est an vieux obstiné. Ce n'est qu'un glorieux qui ne dit rien de tendre, et qui n'a pas la notion de ce que l'ho mme, et la femme par conséquent, peuvent devenir.

Je reviendrai sur la question quand J'aurai mieux lu voire œuvre ; mais je ne parlerai de vous qu'autorisée par vous ; carie silence d'Alexandre sur voire compte me trouble, el je me demande si c'est par excès de modestie ou de parti pris que vous lui Iransmetlez la parole en votre lieu et place. ^

1. Toici les parolei auxquelles Geirge Sand fait allusicD ; ( L'hammo et la femme sont semblables; ils ne diflûrenl qna par réducatioa. >

ao CORIIESPONDANCE DE GEORGE SAKD

Je compte aller k Paris cet automne. Au revoir donc, et k TOUS, moi et loua les miens, de tout cceur, aujourd'hui et toujours.

DCCCLXIV

A flUSTAVB FLAUBERT, A CB0188ET Kohinl, B Hplembre ISIi.

Comme de coutume, nos letlres se sont croisées; tu dois receioir aujourd'hui les portraits de mes nliettea, pas jolies en ce moment de leur croissance, mais si bien pourvues de beaux yeux, qu'elles ue pourront jamais être laides.

TuTois que je suis écœurée comme toi et indignée, hélas ! sans pouvoir haïr ni le ^nre humain ni notre pauvre cher pays. Mais on sent trop l'impuissance où l'on est de lui remonter le coeur et l'esprit. On Iravaille quand mdme, ne fût-ce que pour faire, comme tu dis, des ronds de serviette, et, tout en servant le public, quant à moi, j'y pense le moins possible. Le Temps m'a rendu le service de me faire fouiller dans ma corbeille aux épluchures. J'y trouve les prophéties que la conscience de chacun de nous lui a inspirée, et ces petits retours sur le passé devraient nous donner courage; mais il n'en est point ainsi. Les leçons de l'expérience ne servent que quand il est trop tard.

CORRESPONDANCE »E GEOItCB SAND 13t

Je crois que, sans subventioR, l'Odéon ne sera pas e état de bien mouler une piâce littéraire comme celle d'Aisié, et qu'il ne faut pas la compromettre avec des massacres. Il faut attendre et voir venir. Quant à la société fierton, je n'ai pas de ses nouvelles ; elle court la province, et ceux qui la composent ne seront pas repris par Chilly, qui est furieux contre eux.

L'Odéon a laissé partir Rejnard, un artiste de premier ordre, qne Hontigny a en l'esprit d'engager. Il ne reste vraiment à l'Odéon personne que je sache. Pwirqnoi ne songes-tu pas au Théàtre-Francaisî

Oà est la princesse Hathilde? AËnghienou à Paris, ou en Angleterre ? Je l'envoie un mot que lu meltias duis la première lettre que tu auras à lui écrire.

Je ne peux pas aller te voir, chervieiix,et pourtant j'avais bien mérité une de ces heureuses vacances; mais je ne peux pas quitter le home, pour toute sorte de raisons trop longues à dire, e( de nul intérêt, mais inflexibles. Je ne sais même pas si j'irai à Paris cel hiver. Me voilà si vieille I Je me figure que je ne peu;c qu'ennuyer les autres et qu'on ne peut me tolérer que chez moi. Il faudra absolument, puisque tu comptes y aller cet hiver, que tu viennes me voir ici avec Tourguenef; prépare-le à cet enlèvement. Je t'embrassa comme je t'aime, et mon monde aussi.

sas CORRESPONDANCE DE GEORGE SAND

DCCCLXV AH. CRARLES-BOHONB, A PARI3

Nalwit, 80 Nptcnhra ISTi.

Cher ami.

Ne voyant pas paraître mon feuilleton, je me dis que quelque chose a peut-être embarrassé la direction. J'ai peut-Ëtre tapé trop brutalement sur les (ont frères, en parlant du célibat ecclésiastique. Otez donc vous-même ce qui tourmenterait ces messieurs. J'aurai tant d'autres occasions pour dire tout ce que je pense, que je ne tiens pas & quelques phrases de plus ou de moins à un moment donné. Vous avez mes pleins pouvoirs, une fois pour toutes.

Je pense que vou»! avez reçu Us manuscrits et que vous pourrez bient&t me donner des nouvelles de Bcrlon. J'ai reçu le livre de firéal : c'est littéralement, jusqu'ici, ce que je pratique, ce que j'ai pratiqué avec mes enfanfs. Il est donc impossible d'être plus d'accord que nous ne le sommes. Je jouais avec Maurice et je joue avec Aurore des comédies à deux où nous faisons toute sorte de personnages. On est tout étonné, en faisant parler les enfants, des ressources de leur improvisation, et de tout ce qu'ils savent à noire insu. Il est essentiel de se le faire révéler et eipli-

D,mi,.=db,Gt)oylc

r.ORRESPONDANCB DU GEORGE SANO. Î33 quer, afin de conlirnier ce qui esl bien apprécié par eux e( de redresser ce qui ne l'est pas. Sous la forme de jeu, on les fait beaucoup travailler sans qu'ils s'en doutent. Mais il faut aimer et connaître bien ce petit monde-là. Comment demander cet amour et cette science aux maîtres d'école que l'on nous dunne ! Ils sont crétins pour la plupart, et si misérables, qu'on en a pitié. Le pédagogue idéal, vous l'avez vu à Noliant : c'est ce vieux Boucoîran qui a fuit l'éducation du jeune âge de mes enfants et de ma nîéce (la mère des grands garçons que vous voyez autour de moi) ; je lui dois, à ce Boucoiran, mes meilleures notions sur l'enfance et la manière de la servir, i) ; a, sous ce vieux masque, un ange intelligent; nous lisons ensemble le livre de Bréal, et, certes, ces idées-là lui vont.

Maurice est parti pour la Sologne avec le; Boutet ; il reviendra le 26 pour recevoir madame Viardot et ses filles, avec Toui^enef. J'ai écrit à Ferri de venir et Plaucbut revient aussi; vous voyez que Nohant ne désemplit pas. Pourtant il y a toujours vo'.re chambre microscopique si le cœur vous en redit.

Î3i GORItESPOMDÀKCE DE GEOnClS SAN1>

Nohnnl, !3 i^plembre 1S7J.

Tous croyez auï statistiques, cher monsieur? Y àvezvous trouvé le chiffre des scandales volontairement étoulTés, des crimes passés sous silence '/ Non, ceux-là ne comptent pas, et ils sont innombrables dans le clergé. Si les statistiques en mettent davantage sur le compte des instituteurs laïques, c'est qu'on les poursuit, ceux-là, et que, pendant tout l'Empire, on n'a poursuivi, chez les autres, que ce qu'on ne pouvait faire disparaître.

Et le clergé fait si facilement disparaître ses membres d'uiie localité pour les mettre dans une autre !

Non, non, je n'ai rien exagéré ' et je ne me paye pas de chiffres officiels, je crois à ce que je vois et je vous trouve heureux de ne pas voir.

Mais vous craignez ma franchise. J'efface le paragraphe et je suis tout à vous.

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