‹ Correspondance, 1812-1876: 1812-1876Chapitre 34 sur 62 · A propos de l'article sur la Vécu Loyion · texte numérisé non relu

A propos de l'article sur la Vécu Loyion

CORHESPONDANCIi: 08 GEORCE SAHD

A M. BERTON PÈRE, APARtS

Nobant, B octobre 1S7i.

Mon cher enfaat.

Je ne sais pas si tu as lu ton rAIe de Moréali. Ne le presse pas de l'apprendre. Je suis en train de le modifier profondément. Dans ma première version, celle qui a été lue à Chilly, Moréali était vraiment pur, il aimait sans le savoir, il ne le découvrait que tard en perdant l'espérance de convenir. C'était pour moi tout l'homme et toute la piËce. Chili; et Duquesnel ont alors jeté les hauts cris, disant que c'était un géneury qu'il était insupportable et odieux, et que, dés le commencement, il fallait lui faire dire son amour. J'aurais dû dire, moi : Aiors, pas de pièce! Mais je ne sais pas me défendre, j'ai cédé. Et voilà qu'à présent, on reconnaît que ma première version était la vraie. J'y reviens avec salisfaction et je crois que lu en seras content aussi ; car le personnage redevient ce que je souhaitais qu'il fût.

Tu ne me donnes pas de les nouvelles ; j'espère que tu vas mieux. Écris-moi. Je l'embrasse.

GEOnCE SAHD.

Je me h&te de refaire ton rôle en grande partie, cl,.

936 CORRESPONDANCE DE CEORGË SAHD

dès aujourd'hui, j'envoie le changement du premier acte à Charles-Edmond. On souhaitait que la prière par laquelle tu débutes fât plus longue et plus explicite. J'y ai songé cette nuit. Non, il ne le faut pas. Le jeune amoureux est là qui entend celte prière. Il faut qu'elle soit vague et courte; one prière à genoux serait ennuyeuse. J'aime mieux que tu passes comme une apparition mystérieuse. Mais, quand tu reviens à la fin de l'acte premier, tu en dis plus long, el ce que lu dois dire pour que le public te connaisse et t'app écio.

DCCCLXVIII

A U. CRARLES-EDHONI», A PARIS

J'ai reçu ce matin votre lettre, cher ami, et j'attends celle de demain. Je ne tous envoie pas le quatrième acte. Il est arrangé jusqu'à la réplique de Lucie à la déclaration de Moréali. Cette réponse contiendra peut-être, en résumé, ce qu'elle lui disait dans le cinquième acte, si vous me prouvez qu'elle ne doit pas le revoir après sa déclaration. Hais alors elle disparaît du cinquième acte, elle n'y a plus rien à faire, et la pièce ne doit plus s'appeler Mademoiselle La Quintinie.

COItRESPONDANCE DE GEUitGE SA^U ai Pourquoi 6ter le dévouement de cette lille pour sa mère, la lutte contre le père irrité, la confession qui est une jusiilicatioa de la mère devant sa fille et devant son Tulur gendre ? Dans la vie réelle, cela aurai: à se passer ainsi. La fureur du graud-përe éveillerait les soupçons effrayés de la fille, et la mère aurait besoin de ne plus les mériter; car le général l'a calomniée par sa Jalousie, en somme, et Moréali n'est pas le seul coupable de la pièce. Ce général dévot, c'est le mari d'EUnire dans d'autres conditions.

Je trouve aussi qu'après n'avoir fait réhabiliter Moréali, par cette candeur qui lui fait ignorer la passion qui le guide, vous me !e feriez avilir en l'envoyant, de son propre mouvement, voler avec effraction, pour éviter un biàme assez léger de l'opinion publique.

Quel mal a-t-il fait volontairement & madame La Quintinie? Aucun! il n'a pas su qu'elle l'aimait, il lui a dit probablement du mal de son mari et de son père, il l'a peut-être engagée à les quitter. Les dévots seraient avec lui et, si le général plaidait contre lui, il perdrait. Lucie ne peut pas apprécier cela, elle ne sait rien; mais Moréali, qui se sait innocent d'adultère, ne peut pas craindre au point de voler pour se soustraire à un scandale sans effet. On comprend qu'il h> fasse pour se juslîlier aux yeux de Lucie, qu'il aime encore, qu'il aimera jusqu'au dernier soupir. Tout cela me paraissait s'enchaîner logiquement. Ce que vous m'écrivez aujourd'hui me fera peut-être changer d'avis demain matin : mais, jusqu'à présent, vous ne

nS CORRESPONDANCE DE GEORGE SA»D m'avez pas donné de bonaes raisons pour le cinquième acte, (andÎ3 que loules celles qui portaient sur les actes précédents étaient conformes à mon sentiment et à ma première inli^ntion.

A demain donc et merci, cher bon ami.

Pour le feuilleton, s'il n'était trop long que de quelques lignes, on pourrait bien raccourcir les cîtalion», Qu'esl-ce que vous dites de ce livre d'après mon analyse, et que vous pouvez, d'ailleurs, trouver sous les galeries de l'Odéon ? Il me semble, à moi, très remarquable et la première partie très dramatique; le premier amour, cette fille forte qui veut être mère et qui sa détache de l'amaul en ne le trouvant pas digne il'êtrc père. U y a là un drame très humain et que vous pourriez faire sans pillage, puisque c'est arrivé. La figure de la fille pédante et pourtant charnianle serait si neuve I Je l'ai connue : elle était Jolie comme un ange.

DCCCLXIX

AU HêHE

Noluiit, 11 octobre 1879.

J'ai refait entièrement le cinquième acte, mais Ltaa u'a pas pu finir la copie et voici l'heure du courrier ; ce sera pour demain. Je n'ai résisté qu'à une chose,

COHRESCUNDANCE DE GEORGE ^ .D 139 j'ai fait reparaître Emile. Le retrancher du cinquième aclù semble trop maladroit; on a besoin, d'ailleurs, de voirce brave gai'con, qui a été si violent, si/U3ftct>r au quatrième jw;te, redevenir généreux et bon à la fin. Je le fais revenir au comiuescement, à la place de Georges, pour racoater le duel, exprimer un certain respect, une certaine pilié pour Moréalï ; après quoi, il va, de la part de Lucie, raconter au grand-père ce qui s'est passé et on ne le revoit plus.

Je ne peux pas vous dire que cela me satisfasse entièrement. Il y a une logique qui passe pour moi avant TelTetde la scène et qui doit, si cela est bien exprimé, triompher de l'usage. Le public de l'Odéon m'écoute toujours jusqu'au bout avec une grande patience et me lient compte des bons sentiments avant tout. C'est donc dans les bras du jeune philosophe que j'aurais voulu faire mourir le mystique, comme dans le roman, c'est en serrant les mains du philosophe père, que le prêtre retrouve la nolion de la vérité et l'espérance. Ce qui est dît dans le roman en beaucoup de pages pouvait se résumer eu un mot à la scène. Je regrette beaucoup ce mot, et qui sait si l'auditoire ne s'apercevra pas qu'il manque ? Consultez-vous avant de faire copier la ûa. 11 est si naturel que Lucie, prise de pilié pour Horéali,envoie Emile pour le reconduire à Aix, et qu'Emile se fasse un devoir de ne pas le laisser sans secours ! Je les trouve tous féroces de le laisser mourir seul, vous me l'avez fait faire sympathique; on le plaindra, on lui donnera raison contro

celte famillede philosophes et de chrétiens désabusés. Si j'ai le temps demain, je vous proposerai deui scènes dernières, vous réHéchirez et vous choisirez; je paris qu'aax répétitions d'ailleurs, vous retomberez danr mon avis, comme, à la lecture approfondie, vous ëfet retombé dans ma première notion du caractère de Moréali.

A vous de cœur, cher boa ami.

DCCCLXX

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