‹ Correspondance, 1812-1876: 1812-1876Chapitre 35 sur 62 · A0 MÊME · texte numérisé non relu

A0 MÊME

Nobam, 11 oclsbrs 1S7Ï.

Voici le Cinquième acte, refait tout entier et meilleur, je le reconnais et vous en remercie. Mais, à la fin, après mûre réfleïion à moi toute seule, — personne ici ne connaît la pièce — impossible de laisser Emile absent, Horéali seul et abandonné pour mourir. Je veux bien qu'Emile soit dans la coulisse ; mais je veux qu'il ait fait acte de générosité, et soyez sur que vous vous trompez sur l'opinion du public.

Horéali sera une victime de cette famille, si on ne sent pas la piété s'étendre sur lui à la fin. Je voudrais même quelques mots de plus, je voudrais qu'il se ra- Q' mât au dernier moment pour tendre à Emile sa main

D,mi,.=db,Gooylc

CORRESPONDANCE DE GEORGE SAKD 311 glacée et qu'il mourût dans ses bras ou à ses pieds en disant : « Kmmenez-moi! >

J'obtiendrai cela aux répétitions, j'espère. Je sais bien que le public se lève et qu'il s'en va; mais il reste à la première. D'ailleurs, il reste toujours pour moi, et il n'entendrait jamais la conclusion, que je serais tranquille si elle y est. Une pièce n'existe pas que pour la scène. On la lit, on en suit la logique avec une attention rigoureuse; songez que Moréali est sympathique à présent. Il est victime de l'Église, qui l'a retenu militant dans le monde. Il est surpris par l'amour, il parle malgré lui. S'il pouvait prier et pardonner à la fin de la pièce, il serait un saint et mon but serait manqué. Je veux qu'on lui offre le pardon et qu'il U refuse. Je veux qu'ayant mal compris Dieu, il n'y croie pins, quand ce Dîeti-instrument ne veut plus le servir k son gré. Je veux que le spectateur lui pardonne et s'en aille en disant: f Ce pauvre diable! c'est dommage que la religion l'ait jeté dans ce pétrin. Il méritait mieux que ça. »

Hais je ne veux pas qu'on dise : « L'ont-ils assez assommé I ont-ils assez abusé tous d'un moment de trouble et d'emportement I Ils sont tous égoïstes, lui seul valait quelque chose, ils le tuent et lui crachent au visage. »

Voilà toutes mes raisons, mon ami. Bonsoir; il faut que je ferme le paquet. Êtes-vous content des autres têtes?

CORRGSPOHDANCB DE GEORGE SAMD

Nshanl, a octobre ISIf.

Cher bon ami,

Ce qui arrive à Berlon m'altlige, mais ne me swpreod pas absolument. Une lettre de lui, à moi, écrite de Londres et que j'ai reçue i. Cabourg, était un signe de démence que nous avons d'abord attribué à an moment d'ivresseet dont nous avons ri; mais, ensuite, le désordre des idées danssesautreslettresm'elîrayail pour lui, etje vois que la bombe éclate! Il ne &ot plus songer à lui faire jouer le r&le de Moréalî.

Regrettons seulement, une fois de plus, le tort des pauvres artistes qui veulent mener de front les émotions de la scène et les excitations du désordre. Comme il faut toujours voir le bon côté des choses pénibles ou fàcbeuses, disons-nous que cette explosion, venaol au moment des représentations, eût tué la pièce, et qu'elle n'est pas tuée, puisqu'elle n'a pas commencé à vivre. Quant aux efforts de ce pauvre aliéné pour la faire tomber d'avance, cela ne peut causer aueuD mal. 11 y en aura bien d'autres qui, par an motif clérical, déclareront, la veille, que c'est un four. On le dira, on l'imprimera. C'est à la pièce de se défendre

COaRESPOHDiHCE DE GKORGE 6AND 343

et, si l'ennemi l'emporte, la dâfaite ne sera pas tans honoeor.

Fâchons donc que la pi^e soit bonne; tout est Ift. Vidons l'incident Berton.

Il me laisse tout à fait calme, en ce qui me concerne. Je n'ai de chagrin que pour ce malheureux, auquel je portais beaucoup d'amitié, malgré toutes ses folies. Je crains une triste fin, et j'ai fait tout ce qui était humainement possible pour la lui épargner. Après lui, il n'y a plus que Lafontaine.

Lafontaine jouera mieux certaines parties du rôle; l'ensemble sera peut-être moins distingué. 11 y a donc à réfléchir avant de faire une démarche auprès de lui. Je ne l'ai pas vu depuis longtemps snrla scène; et c'est à TOUS et à Duqnesnel de trancher la question sans moi.

Si nous n'avons ni Berton ni Lafontaine, comme il n'y a pas d'autres acteurs pour ce type, il nous faudra bien ajourner la représentation. Ce ne sera la faute d'aucun de nous. La mère aussi est difficile à trouven et je ne sais pas si vous la tenez. En un mot, la pièce est scabreuse à jouer, et, si Dnquesnel ne peut pas la monter, qu'il sache bien que je n'aurai pas la bêtise de m'en prendre à lui.

J'ai lu, hier soir, la pièce & mes enfants. Mauricer qui n'a jamais ainné le sujet, et qui l'écoutait avec humeur, a été fortement empoigné. René', qui est la

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