Reaé SimoDDCt, neveu de George Sand
su CORRESPONDANCE DE CEURGE StND prudence et le calme en personne, craignait aussi U donnée. 11 a été pris aux derniers actes, et il dit que j'ai raison de livrer celte bataille; qu'il le fant, et que je n'y peux pas tomber sans gloire.
£n résumé, ils m'ont fait des observations que je trouve bonnes.
Mon travail de modifications sera fait d'ici à deux ou trois jours, pendant lesquels vous agirez ou Duquesnel agira pour remplacer Berton, et, si je voos suis nécessaire pour prendre une décision, je partirai tout de suite.
Merci 1 merci ! merci ! Vous êtes le meilleur et le plus dévoué des amis. Vous mettez toute votre énergie à servir ma cause, el j'ai des remords d'être si calme. Hais je ne le serais pas pour une chose qui vous menacerait.
Tendresses de tout Nohaul. Lolo garde votre cœur. Plaucbut a enfin réussi à tuer un dindon attaché par les pattes, qui attendait, dans la cour, le couteau de la cuisinière.
Et la souscription eu faveur des Alsaciens? Donnei donc pour moi, sur non dû, ce que vous jugerez i
CORRESPONDANCE DE GEOftGU SAND 345
A HADAVE EDUONC ADAH, AU GOLFE lOUAN
Tout le monde va bien à Nohant, ma Juliette.
Maurice vient de repartir pour une excursion entomologtque dans la forêt d'Orléans, après avoir exploré la Sologne il y a quelques jours. Il ne va pas mal et c'est toujours la gaieté de la maison.
Nous avons élé à la mer en juillet et aoilt, je crois vous l'avoir écrit; les petites y ont laissé leur coqueluche. Moi, j'ai rapporté la mienne, mais j'y suis habituée, ça ne me gène plus. Nous avons eu, pendant tout septembre, quinze et vingt convives, danse, marionnettes, musique surtout. Ah! quelle musique! Pauline Viardot et ses deux lilles! Les joies du beau que vous avez eues à Venise, nous les avons eues à Holiant.
Tourguenef aussi est venu et notre ami le général Ferri; je ne vous parle pas des autres, que vous ne connaissez pas. J'ai eu avec tout cela un gros travail à finir. A présent, je me dispose à aller passer quelques jours à Paris, pour y retourner ensuite un peu pluslonglemps, et peut-être aurai-jealors la joie de vous y trouver.
W CORRESPONDANCB DE GftOftOB SAHD
Plaucliut est revenu ici en même temps que madame Viardol. Il m'attend pour retourner à sa niche du boulevard des Italiens. 11 chasse, c'est-à-dire son chien chasse, et il le suit nonchalamment ; nous le taquinons toujours et, comme toujours, il nous le rend en riant comme un gros bossu qu'il est.
Lolo rapprend à lire ; elle avait fait semblant d'oublier pendant les vacances; mais, comme je ne me âche pas et fais semblantde la croire, elle commence à s'ennuyer de ce jeu et à lire très bien. Elle est superbe de santé et toujours 1res bonne fille. Titite reprend aussi à vue d'œîl.
Voilà toute notre existence ; elle ne change pas au fond, on s'aime et on s'entend. Que Dieu vous donne ce bonheur, chère enfant I Que votre gendre soit pour vous ce que Lina est pour moi, et vous serez bien récompensée de votre amour pour cette charmante Alice. Je les embrasse tous deux, et je vous embrasse avec Adam. Saluez pour moi le cherBrujéres tout entier ; ma nichée vous envoie mille tendresses.
Je lirai votre Journal du siège en volume, je ne peux pas lire les feuilletons: — vousme le donoerest
AGUSTAVB FLAUBERT, A PARIS
HobuU, IS Mtoln mi.
Tes lettres tombent sur moi comme une pluie qui mouille, et fait pousser tout de suite ce qui est en germe dans le terrain; elles me dounent l'envie de répondre à tes raisons, parce que tes raisons sont fortes et poussent à la réplique.
Je ne prétends pas que mes répliques soient fortes aussi : elles sont sincères, elles sortent de mes racines h moi, comme les plantes susdites. C'est pourquoi je viens d'écrire un feuilleton sur le sujet que tu soulèves, en m'adressant cette fois à une amie, laquelle m'écrit aussi dans tOD sens, mais moins bien que toi, ça. va sans dire, et un peu i un point de vue d'aristocratie intelleclaelle, auquel elle n'a pas tous les droits tfoului.
Mes racines, on R'eitirpe pas cela en soi et je m'étonne que tu m'invites à en faire sortir des tulipes, quand elles ne peuvent te répondre que par des pommes de terre. Dés les premiers jours de mon éclosîon intellectuelle, quand, m'instruisant toute seule auprès du lit de ma grand'mère paralytique, ou k travers champs, aux heures où je la confiais à Des-
9iS CORRËSPONDtNGË DE GEORfiE SAN»
cliartres, je me posais sur la société les questions les plus élémealaires. Je n'étais pas plus avancée à dixsept ans qu'un enfant de six ans, pas même ! grâce à Deschartres, le précepteur de mou père, qui était contradiction des pieds à la tète, grande instruction et absence de bon sens; grâce au couvent où l'ou m'avait fourrée^ Dieu sait pourquoi, puisqu'on ne croyait à rien ; grâce aussi k un entourage de pure Restauration où ma grand'mëre, philosophe, mais mourante, s'éteignait sans plus résister au courant monarchique.
Alors je lisais Chateaubriand et Rousseau ; je passais de l'Évangile au Contrat lOcial. Je lisais l'histoire de la Révolution faite par des dévols, l'histoire de France faite par des pliilosopbes, et, un beau jour, j'accordai tout cela comme une lumière faite de deux lampes, et j'ai eu des principes. Ne ris pas, des principes d'enfant très candide qui me sont restés à travers tout, à travers Lélia et l'époque romantique, à travers l'amour et le doute, les enthousiasmes et les désenchanlements. Aimer, se sacrifier, ne se reprendre que quand le sacrifice est nuisible à ceux qui en sont l'objet, et se sacrifler encore dans l'espoir de servir une cause vraie, l'amour.
Je ne parle pas ici de la passion personnelle, je parle de l'amour de la race, dusentimentétendu de l'amour de soi, de l'horreur du moi tout seul. Et cet idéal de justice dont tu parles, je ne l'ai jamais vu séparé de l'amour, puisque la première loi pour qu'une société
CORRESPONDANCIi: DE CKORGE SAND 3i»
naturelle subsiste, c'est que l'on se serve muluellement comme chez les Tourinis et les abeilles. Ce concours (le lous au même but, on est convenu de l'appeler inslinct chez les bétes, et peu importe; mais, chez l'homme, l'instinct esi amour; <iiii se soustrait à l'amour se soustrait à la vérité, à la justice.
J'ai traversé des révolutions et j'ai vu de près les principaux acteurs; j'ai vu le fond de leur ftme, je devrais dire le fond de leur sac : Pas de principes I aussi pas de véritable intelligence, pas de force, pas de durée. Rien que des moyens et un but personnel. Un seul avait ùen principes, pas tous bons, mais devant la sincérité desquels il comptait pour rien sa personnalité : Baibës.
Chez les artistes et les lettrés, je n'ai trouvé aucun fond. Tu es le seul avec qui j'aie pu échanger des idées autres que celles du métier. Je ne sais si lu étais chez Magny un jour ou je leur ai dit qu'ils étaient tous des messieurs. Ils disaient qu'il ne fallait pas écrire pour les ignorants; ils me conspuaient, parce que je ne voulais écrire que pour ceux-là, vu qu'eux seuls ont besoin de quelque chose. Les mitres sont pourvus, riches et satisfaits. Les imbéciles manquent de tout, je les plains. Aimer et plaindre ne se séparent pas. Et voilà le mécanisme peu compliqué de ma pensée.
J'ai la passion du bien et puint du tout de sentimentalisme de parti pris. Je méprise celui qui prétend avoir mes principes et qui fait le contraire de ce <|u'il dit. Je ne plains pas l'incendiaire et l'assassin
îô« COBRtSPOKDAHCE DE GEORGE SAHD qui tombent sous le coup de la loi; je plains profondément la classe qu'âne vie brutale, décbne, sans essor et sans aide, réduit à produire de pareils monstres. Je plains l'humanité, je la voudrais bonne, parce que je ne peux pas m'abstraire d'elle; parce qu'elle est moi ; parce que le mal qu'elle se fait me frappe au cœur; parce que sa honte me fait rougir; parce que ses crimes me tordent le ventre; parce que je ne peui comprendre le paradis au ciel ni sur la terre pour moi toute seule.
Tu dois me comprendre, toi qui es la bonté de la tËte aux pieds.
Es-tu toujours & Paris? Il a fait des jours si beaui, que j'ai été (entée d'aller l'y embrasser; mais je n'ose pas dépenser de l'argent, si peu que ce soit, quand il y a tant de misère. Je suis avare, parce que je me sais prodigue quand j'oublie, et j'oublie toujours. Et puis j'ai tant k faire I... Je ne sais rien, e( je n'apprends pas, parce que je suis toujours forcée de rapprendre. J'ai pourtant bien besoin de te retrouver un peu; c'est une parlio de moi qui me manque.
Mon Aurore m'occupe beaucoup. Elle comprend trop vite et il faudrait la mener au trjple galop. Comprendre la passionne, savoir la r^ute. Elle est paresseuse comme était monsieur son père. Il en a si bien rappelé, que je m'impatiente pas. Elle se prcmet de t'écrire bientôt une lettre. Tu vois qu'elle ne t'oublie pas. Le polichinelle de la Titile a perdu la tête à force littéralement d'être embrassé et caressé. Ou
GOnRBSPOHDANCE DE GEORCB SARD tSl l'aime encore autant sans tête ; quel exemple de fidélité au malheur ! Son ventre est devena un coffre où on met des joujoux.
Maurice est plongé dsns des études archéologiques, Lina est toujours adorable, et tout va bien, sauf que les bonnes ne sont pas propres. Que de chemin ont encore à faire les êtres qui ne se peignent pasl
Je l'embrasse. Dts-moi oà lu en es avec Àissé, rOdéon et tout ce tracas dont lu es chargé. Je t'aime; c'est la conclusion à tous m 3> discours.
DGCCLXXIT
AU HÊUB
Nohint, se «lobn ISTl.
Cher ami, Voilà encore un chagrin pour toi ; un chagrin prévu mais toujours douloureux. Pauvre Théo ! je le plains profondément, non d'être mort, mais de n'avoir pas vécu depuis vingt ans; et, s'il eût consenti à vivre, â exister, k agir, i oublier un peu sa personnalité intellectuelle pour conserver sa personne matérielle, il eût pu vivre longtemps encore et renouveler ton fonds, dont il a trop fait un trésor stérile. On dit qu'il a beaucoup souffert de la misère pendant le siège, je le comprends, mais après? pourquoi et comment?
Kt GOKRESPONDANCB DE GEORGE SAND
Je suis inquiète de n'avoir pas de tes nouTelles depuis longtemps. Es-tu à Croisset? Tu as dû venir à Paris pour l'enterrement de ce pauvre ami. Que de séparations craelles et répétées! Je t'en veux de devenir sauvage et mécontent de la vie. Il me semble que tu regardes trop le bonheur comme une chose possible, et que l'absence du bonheur, qui est noire état chronique, te lâche et félonne trop. Tu fuis les amis, tu te plonges dans le travail et prends pour du temps perdu celui que tu emploierais à aimer ou à te laisser aimer. Pourquoi n'es-tu pas venu chez nous avec madame Viardot et Tourguenef? Tu les aimes, tu les admires, tu te sais adoré chez nous, et tu le sauves pour être seul. Eb bien, pourquoi ne te marierais-tu pas ? Être seul, c'est odieux, c'est mortel, et c'est cruel aussi pour ceux qui vous aiment. Toutes tes lettres sont désolées et me serrent le cœur. N'as-lu pas une femme que tu aimes ou par qui tu serais aimé avec plaisir? Prends-la avectoi.N'y a-t-il pas quelque part un moutard dont tu peux te croire le père? Élève-le. Fais-toi son esclave, oublie-toi pour lui.
Que sais-jeî vivre en soi est mauvais. Il n'y a de plaisir intellectuel que la possibilité d'y rentrer quand on en est longtemps sorti; mais habiter toujours ce moi qui est le plus tyrannique, le plus exigeant, le plus fantasque des compagnons, non, il ne faut pas. — Je t'en supplie, écoute-moi! tu enfermes une nature exubérante dans une geMe, tu fais, d'un cœur tendre et indulgent, un misanthrope de parti pris, — et lu
D,mi,.=db,Gooylc
CORRESPONDANCE DE VEORGE SAHD S53 n'en viendras pas à bout. EdAd, je m'inquiète de toi et te dis peut-être des bêtises; mais nous vivons dans des temps cruels et il ne faut pas les subir en les maudissant. Il faut les surmonter en les plaignant. Voilà ! Je l'aime, écris-moi.
Je n'irai à Paris que dans un mois pour Mademoiselle La Quintinie. Où seras-tu?
A tl. CRARLeS-SDHOND, A PARIS
Cher ami,
Pourquoi ne m'écrïvez>vous plus? Que se passet-il? On m'écrit de tous cAtés toute sorte de choses à propos de ma pièce : la Censure aurait coupé tout un acte ; Daqnesnel ne voudrait plus la jouer ; le ministère lui conseillerait d'attendre que la subvention fût votée. Mais, si tout cela était vrai, pourquoi ne me le diriez-vous pas ?
Je désire Tort que l'Odéon garde sa subvention, et je consentirais très bien à un retard, pour n'y pas mettre obstacle. Quant à la Censure, je ne lui céderais pas, et la question se trouverait encore plus simpliflée.
K'égarez pas mon dernier manuscrit; car c'est la TU 15
D,mi,.=db,Gooy.lc
t^ COIlRESPONUAnCE DE GEORGE SAHD
EBule boane version, et, si la pièce était dérendue au tliéàlre, je [a publierais sans autre réflexion. Ne me laj^z pas ignorer la vérité ; avec moi,. Duquesnel n'a besoin de rien cacbcr, {iQisque je comprends et accepte toutes les nécessités de sa situation.
^t puis je m'ennuie de ne pas avoir de vo8 nouvelles. Je me demande si vous êtes chagriné ou malade.
Lolo, quand elle voit une grande lettre, — car c'est elle qui m'apporte mon courrier le matin, — me dit : c Ça n'est pas de Charles-Edmond. Je connais son écriture I >
On m'a écrit qu'on voulait reprendre Mauprat. Je ne le crois pas, puisque le ministère ne veut pas de reprises & prime. Duquesnel veut-il jouer la pièce de Ruzzante, que Maurice lui a lue ?
Içi> nous alloos bien tous, et je travaille k fQrc«.
Cher ami, Nos lettres se croisent. Je reçois la vèlrece matia. Que de choses vous faites pour moi I Sans doute, tout est au mieux, vons êtes meilleur juge que moi des
COr>RESPO:4DAI4CB Q£ CEORG^ 8.4n« 26%
dis^sîtjqosrdes artiaifis» et si. labatMaa tous, paraît dewir ëlr« pcéfàrô, préfécone-le, el «lions deravaotl S'i] Lui faut huit jpurs de réflaxiou et d'étude^ don- Uftos-lui buit.jouESr ttw je b« demande pas à, passer eo^décembre, n ni6a^ au commeoceatenit de jaDuer.. Cft w»ii, a» cootriùi») )wa néeesutà que je, as, subirais pas sans regret.
La seule chioRqui m» prénccupe un peu, c'est desa¥QiA'lBqpel>^demiEU)o i»v«panLJL]a laisoB» qu d»- Lafonlaine s'embarquant avec espoir et courage, pmt< terait ce! ràlft difûcilA. Vraiment, je ne sais pas. Je craindrais moins Berton, et jl^pËre pluA de Lafonlaine. Il aura des choses à lut; seulement aura-t-il le finto ' ! jusqu'au bout? C'est le grand' intérêt de Duquesncl' d» peser cela^ Quant à Toas, wus ète» comme moi devant cette question ; mais, si vous avez confiance, je tous suivrai.
Je serai dimanche-^tPacispour la, lecture, ou lundi, ou (et autre jour qu'on voudra dans la semaine. Mais^ si le retard devait être plus considérable, envoyez-moi un télégramme avant dimanche. Je tiens à être à la lecture, et k lacollalion des rftles ; c'est mon ouvrage, cela. Pour les répétitions et Ia nsise en scène, je ne rs'j entends pas beaucoup, tant que ce n'est pas dé- ^.x'-ltroujllé et que les rôles s'ftnonnent. Je m'en reviendrai donc ici, pour retourner à vous quand on aura vraiment besoin de moi.
D,mi,.=db,Gooylc
oc CORnKSPOHDlNCE DE GEORGE SAtfD
Je tiens aussi à Toir la distribution, qui n'est pas faite, qae je sache. Le portrait que vous m'envofez est très beau, et, si la personne a du talent, c'est bien la femme qu'il faol. Le général, qui ? Le grand-père, on me propose quelqu'un que je ne connais pas et on me refuse Clerh, dont je ne doute pas. Pour le reste, je ne sais rien.
Donc, à dimanche. Vous me trouTcrez chez moi à cinq heures et demie. Puis-je espérer tous emmener dinerchez Magny?
A vous de cœur, cher bon ami. Lolo tous rend sa conGance. Amitiés de tous.
Pierre pourre-t-il lire? Tftchei qu'on ne lise pas «u foyer des acteurs : on y attrappe la mort.
A u. JULES CLARBTIE, A FAItlS
Cher monsieur, Malgré ma bonne Tolonlé, je ne Tois pour moi aucun moyen de tenir ma promesse*. Je Toulais
1. Il l'iigijsail d'un arlicle qui lui avait été dcmoadé par 1* Comité de U Sadété des gens de lettres poar l'Ohote de» tonlatrt, volume deiliné à ttre vendu ru preUt dei Aliacieni- Lorraio*.
CORRESPOHDAHCIi DE C£ORGE SIKD «57
readre comple des travaux de M. Terquem ; mais la modestie outrée de ce digne savant me reAise absolument les documents nécessaires. Il ne veut pas figurer parmi les illustrations de son pays, et sa famille m'écrit qu'il en serait Téritableroent alTecté. Me voilà donc sans sujet aucun; car je ne connais ni l'Alsace ni les Alsaciens, autrement que par le désastre qui nous frappe en eux, et je n'ai plus le temps de faire les études nécessaires pour dire quelque chose de spécial et d'intéressant.
Il n'y a pas de ma faute. Agréez tons mes regrets et toutes mes fraternelles sympathies pour vons et pour votre œuvre.
G. SAKD.
DCCCLXXVIII
A GUSTAVE PLAUBERT, A CR0I83BT
Je ne pense pas aller à Paris avant février. Ha pièce est retardée, par suite de la difficulté de trouver l'interprële principal. J'en suis aise, car quitter NohanI, mes occupations et les promenades si belles en ce temps-ci, ne me souriait point; quel automne chaud etbienfaisantpourlesvieux! Nous avons, à deux heures d'ici, des bois absolument déserts, où, au lendemain de
9» CORRESPONDAKCE DE GBORCE SIKH \a piflfe, il Tsilnssi sec que dans iTne chambre, et a% ■1 j fi encore Aes fleurs pour moi et des insectes ptmf Henrice. Les petites filles courent comme des lapina dans -des brnjïres [Aas hautes qu'elles. Mon Dieu, qne 4b vie est bonne qaan<d tout ce qn'on aime est vivairt et ^rouillarit'! Tu es mon seul point noir dans ma vie du ïffinr, parce que tu es triste et ne ïeux plus regarder lesoïéil. Quant à ceux dont je ne me-souàfe fias, jene me^uciepss davantage des malices ou des bêtises qu'ils peuvent me faire ou se îaire à eoxmém«s. Us passeront comme passe U pluie. La chose dentelle, c>st le sentiment du beau dans uu bon •cœur. Tu as l'un et l'autre, sacredié ! tu n'as pas fe droit de n'âtre pas heureux. — Peut-être eût-il fallu dans la vie l'emboitement du sentiment féminin dont tu dis avoir fait fi. — Je sais que leféinininne vaut rien; mais peut-être, pour être heureux, faut-il avoir été malheureux.
Je l'ai été, moi, et J'en sais long; mais j'oublie si fcieni
Enfin, iriste ou gai, je t'aime et je t'attends toujours, bien que tu ne parles jamais de venir nous voir et que tu en rejettes l'occasion avec empressement ; on t'aim« chez nous quand même, on n'est pas assez littéraire pour toi, chez nous, je le sais: mais on aime et ça emploie ta vie.
Est-ce que Sat'nMtitoine est fini, que tu parles d'nh ouvrage de grande envergure? on si c'eît le Sarni Atitoine qui va déployer ses ailes sur l'univers entier? Il
CORRCSPOItDANCB DK GEORGE SAND VS le pent, le sajet est immense. Je l'embrasse, dirïi-jtt encore, mon vieux troubadour, quand tu es résolu % tourner au vieui bénédictin? Alors, moi, je reste trotibadour, il n'y a pas à dire .
Je t'envoie deux romans pour ta collection de moi ; In n'es pas obligé de les lire en ce moment si tu es plongé dans le sérienx.
DCCCLXXIX
AU UÊMK
Maurice est tout heureux et très fier de la lettre que tu lui as écrite ; il n'y a personne qui puisse lui faire autant de plaisir et dont l'encouragemenl compte plus pour lui. Je t'en remercie aussi, moi; car je pense comme lui.
Comment! tu as fini Saint Antoinef Eh bien, faùlil s'occuper de l'éditeur, puisque tu ne t'en occupes pas? Tu ne peux pas garder cela en portefeuille. Tu ne veux pas de Lévy, mais il ; en a d'autres; dis un mot, et j'agirai comme pour raoî.
Tu me promets d'être guéri plus lard ; mais, en attendant, tu ne veux rien faire pour te secouer. Viens donc me lire Saint Antoine, et nous parlerons de la |iublication. Qu'est-ce quec'est que de venir de Croisset
MO CORkESPOHDAHCE DE GEORCBSAND ici pour un homme? Si tu ne toux pas Tenir quand nous sommes en gaieté et eu fêle, vieag pendant qu'il (kil doux et que je suis seule.
Toute la famille t'embrasse.
DCCCLXXX
AU MftKB
NohiDl, 19 winafen IVIt.
Tu me gâtes I je n'osais pas l'envoyer ces romans, qui étaient sous bande à ton adresse depuis bnit jours. Je craiipiais de te déranger d'un courant d'idées et de l'ennuyer. Tu as tout l&clié pour lire Maurice d'abord, et puis moi. Hous aurions des remords si nous n'étions pas des égoïstes, bien contents d'avoir un lecteur qui en vaut dix mille! Cela fait grandbien; car, Maurice et mol, nous travaillons dans le désert, ne sacbanl jamais que l'un par l'autre si c'est réussi ou gAché, échangeant nos critiques, et n'ayant pas de rapports avec les jugeurs patentés.
Michel ne nous dit jamais qu'au bout d'un an ou deux si ca s'est rendu. Quant à Buloz, si c'est à lui que nous avons affaire, il nous déclare invariablement que c'est maarais ou médiocre. Il n'y a que Charles-Edmond qui nous encourage en demandant de la copie. Nous écrirons sans préoccupation du public;
CORRESPONDANCE DE GEORT.K SAHD «1 ce n'est peut-être pas mauvais-, mais, chez nous, il y a excès. Aussi un encouragement de loi nous rend le courage, qui ne nous quitte pas, mais qui est souvent un courage triste, tandis que tu nous le Tais brillant et gai, et sain à respirer.
J'ai donc bien fait de ne pas jeter Nanon au feu, comme j'étais près de le faire quand Charles-Edmond est venu me dire que c'était très bien et qu'il le toulait pour son journal. Je le remercie donc et je te rends tes bons baisers, pour Francia surtout, que Buloz n'a inséré qu'en rechignant et faute de mieux : tu vois que je ne suis pas gâtée, mais je ne me fâche jamais de tout ca et je n'en parle pas. C'est comme cela et c'est tout simple. Du moment que la littérature est une marchandise, le vendeur qui l'exploite n'apprécie que le client qui achète, et, si le client déprécie l'objet, le vendeur déclare à l'auteur que sa marchandise ne plaît pas. La république des lettres n'est qu'une foire où on vend des livres. Ne pas faire de concession à l'éditeur est noire seule vertu; gardonsla et vivons en paix, même avec lui quand il rechigne, et reconnaissons aussi que ce n'est pas lui le coupable. 11 aurait du goût si le public en avait.
Voilà mon sac vidé et n'en parlons que pour aviser à Saint Antoine, tout en nous disant que les éditeurs seront bétes. Lévy ne l'est pourtant pas, mais tu t'es thcbi avec lui. Je voudrais parler de tout cela avet, toi; veui-tu venir? ou remettre à mon voyage à Paris? Mais quand irai-Je? Je ne sais pas. Je crains un peu
D,mi,.=db,Gooylc
33j CORnESPONDANCE DE GEOnCE SANS
ïes bronchites l'hiTer, et oe me déplace ^ue quand tl le faut absolumenl, par devoir d'état.
Je ne crois pas qu'on jone MademoiêeHe La Qainiinie. Les censeurs ont déclaré que c'était un ckef~ Sœuvre de laplui haute et de iàphts saine moralité, maisqu'îlsnepouvaieritpasprcndreSMrcuœd'eiiairtoriser la représentation. !I faut que cela aille plus kaitt, c'est-à-dire au ministre qui renverra au général Ladiniraull ; c'est à mourir de rire. Hais je ne consens pas à tout cela, et j'aime mieui qu'on se tienne tranquille jusqu'à nontel ordre. Si le nouvel ordre est la monarchie cléricale, nous en verrons bien d'antres. Pour mon compte, (a m'est égal qu'on m'empêche; mais pour l'avenir de notre génération?...
A B. cnAKLBS-SDMOHD, A PAtt»
NoitiAi, dMmhN (an.
Cher ami,
Voici le n° 22'. Que faites-vous? jou6't-on('>4ïMif0
il l'Ambigu? Pourquni nejoue-t-on pas le Fantôme
rose è. l'Odéon ? On dit que, comme afTaires, ce thé&trc
va bien mal ; qu'il ne peut se relever des désastres 4a