SIRS
C(HnrES»OIIDiïlGB DE GEOBGK SXm «9
DCCCXCI
A CDSTAVB PLADBEBT, A PARIS
Enfin, «ma mv% troubodenrr, on peut t'espérer prochainement, j'êt8Î9 inqBiète de 1m. l'en sais toajoars inquiète, h Trai dire, je ne 9vis pas contente de tes colères et de les partis pris. Ça dore trop longtemps et c'est en effet comme an état maladif, ta le reconnais tot-m6me. Oublie doiw; ne sais-lu p3souMier?Tn\ïs trop en toi-même et tu arrives à lovt rapporter à toimême. Si lu étais nn égoïste el un ranileaz, je me dirais qne c'est un état normal; maïs, chez loi, sj bon et si généreos, c'est nne anomalie, nn mal qu'il fnrt combattre. Sois sâr qne la vie est nnil amaigée, pé^ nible, irritante pour (ont le monde; mais ne méco»nais p»s les innoenses compensations qn'il est ingiat d'onblier.
Que tu te mettes en colère contre celui-ci on celuilà, peu importe si cela te soulage; mais que tu restes fnrieux, indigné des semaines, des mois, presque des années, c'est injuste et cruel pour cen:t qui l'aiment el qui voudraient t'épargner tout souci et toute déception.
Tu vois, je te gronde; mais, en t'embrr.ssnnt, je ne
S80 CORRESPOHDAKCE DE GEORGE SkKÙ songerai qu'à la joie el à l'espérance de te voir refleurir. Nous t'attendons avec impatience et nous comptons bien sur Tourguenef, que nous adorons aussi.
J'ai beaucoup souffert toas ces temps-ci d'une série de fluiions très douloureuses ; (a ne m'a pas empêchée de m'amuser à écrire des contes et à jouer a?ec mes fanfans. Elles sont si gentilles el mes grands enfants sont si bons pour moi, que je mourrai, je crois, en leur souriant. Qu'importe qu'on ait cent mille ennemis si on est aimé de deux ou trois bons êtres 1 Ne m'aimestn pas aussi, et ne me reprocherais-tu pas de compter cela pour rien ? Quand j'ai perdu Rollinat, ne m'a»-ta pas écrit d'aimer davantage ceux qui me restaient? Viens, que je t'abitne de reproches ; car tu ne fais pas ce que tu me disais de faire.
On t'attend, on prépare une mî-carême fantastique; tâche d'en être. Le rire est un grand médecin. Nous te costnmeroos; on dit que tu as eu an si beau succès, en pUissier, chez Pauline ! Si tu vas mieux, sois sûr que c'est parce que (u t'es secoué et distrait. Paris l'est bon; tu es trop seul li-bas dans la jolie maison. Viens travailler chez nous; la belle affaire que. de faire venir une caisse de livres!
CORRESPOMOANGE DE GEORGE SAND SSI
DCCGXGII A N. CHARLBS-EDHOND, & PARIS
Hgbut, SS Dun ISTl
CerlainemenI, cher ami, nous avons tous travaillé Ji ee panvre petit envoi, qui n'a pas d'antre mérite que d'avoir employé tout Vargent de ces demoiselles. Vous Tojez que la fortune n'était pas grosse. Hais c'est bien votontairemenl et sans l'invitation de personne qu'elles se sont joyeusement exécutées. Il y avait si longtemps qu'elles tourmentaient pour aller à la ville faire cette fameuse emplette, et la petite y a été d'aussi bon cœur qaelagrande;car votre Louloul'intéresse aussi, etl'instinct maternel de ces jeunes êtres — je ne dis pas des nôtres seulement, mais de la plupart des petites filles, — est une chose touchante; d'autant plus touchante, que c'est la large projection d'une lot de la nature. Ce n'est pas pnrce que Loulou a été à l'hospice qu'elle fait la sœur infirmière. Je n'entends autour de moi qu'histoires d'enfants malades, et je ne vois que poupées couchées avec des cataplasmes sur le ventre, ou des compresses sur la tête. Le chapitre des bains et des clystëres inonde ma chambre, et on y met une sollicitude, une agitation comme si on croyait réellement lear sauver la vie. Je suis sûre que, si un véritable
i« CORRESPONDANCE DE GEORGE SAKD enfant, si Loulou était confiée à Aurore, avec cette idée d'un enfant abandonné de ses parents, idée qui l'étonné el qui l'émeut beaucoup. Loulou serait admirablement soignée tout le long^du jour. La nuit, oht dame, on dort serré I On fait, avec le papa, un métier de naturaliste qui porte an sommeil; on trotte sans cesse, on chasse toutes les bêles du monde, on en élève, et l'on apprend mille choses curieuses, sans se douter qu'on apprend.
Hisr, Titite vient h nous t»ute rouge, et nous dit : < Il j a lit un* grosse vipère bien méchante l Je n'ai pas voulu y touehw; j'ai bùn vu que ce n'était pa» une couleuvre: elle estjaune avec des anneaux noirs; elle a un gros ventre et la tête plate. > Nous y all«08, el nous tuons une énorme vipère, qu'elle avait parT^ teiaent décrite et regardée, non avec sang-froid, — elle avait eu peur, — mais avec la présmee d'esprit d'une personne in»truite, et cette perssfise a cin^ ans. Piaacfant ea était émerveillé.
Ah I les enftnla, on en partenit toste la vi^ et pins on vieillit, plus os les aime.
Vous faites bien de me dire que Piet»rdu a eu du. succès; je n'en savais rien du tout, et j'en doutais! fort. J'ai eofflmencé mcm roman ; car j'ai la maliérs d'un vélum» de etntet, et je crm que c'est assoc FandTO't-il vous' le gwder, ce riMnsnj si je le mène mp»rl, euédée des tempêtes que me soulè.ve sans ees». la RevfU. Os m'éerit que le vieux Bidoc est màki» ;
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La mort prématurée du pauvre Berlon me rend bien triste. Quoi I si vile, et sans remède ! Je vois l'Odéoti bien dégarni avec l'entrée de Pierre * aux Français, et c'est un théâtre qui a besoin d'une si bonne troupe pour lutter! Vous n'y avez pns eu le succès sur lequel le passe devait vous faire compter. Il ; a donc de la faute du local ou de l'exécution?
Vous ai-je dit que d'Ennery m'avait Tait demander par Solange si je voulais qu'il Ht une pièce avec f Somme de neige f Tai répondu oui ; mais je ne crois pas que ce soit autre chose qu'une velléité passagère.
Nous avons vu, & la mi-caréme, notre aimable et cher général *, qui nous a demandé de vos nouvelles. Nous l'avons entraîné à faire des folies, danses et déguisements.
Hais voilà un chagrin d'intérieur qui nous arrive. Notre petit Edme s'en va, employé à la banque de Lyon. II faut se réjouir parce que c'est une carrière et un bon poste d'avancement; mais on se quitte le cœur gros. C'était mon enfant g&lé. Vous voyez que Nohant, ce nid suspendu aux palmiers du désert, ce navire en panne an delà des mers explorées, a aussi ses peines et ses ëvfinements.
Amitiés et tendresses de nous Ions.