‹ Correspondance, 1812-1876: 1812-1876Chapitre 48 sur 62 · s AND · texte numérisé non relu

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CJIVIII

AU MÊUR

Votre lettre a rendu Aurore bien (lère ; maïs nous nous inquiétons de ia santé de voire lille. Va mot quand vous serez tout à fait rassuré ; jusque-li, nous serons tristes et tourmentés avec vous.

Non certes, mon ami, je n'ai pas été à Paris en même temps que vous. Je ne voudrais pas que vous pnissiei conserver un doute h cet égard. Je n'ai pas revu Paris depuis le 10 mai dernier. Si vous y étiez, aucune des personnes que j'y connais ne l'a su.

Vous dites que, même en politique, nous nous entendrions : je n'en sais rien, car je ne vois pas votre vision actuelle des événements et ne sais pas ce que rTOUs en espérez pour la France; si vous désirei noui voir chercher le remède à nos malheurs dans la personne d'un enbnt. — Non, vous ne pouvez pas vouloir

300 C0RBES1>0NDA.NCE DK GEORGE. SAHD

cela. Je comprendrais davanUge aaa ambitioa pM* EOmelle ; mais, quoique la T4lre fûtléf itimée {»r nue grande intelligence, vous auriez pour preiaiar eanemi Ift parti de ii, non et de l^enfaM. Ente, jftnA-Totspas du tout, (l'iciià'un temps impossible à déiernÙDer, Vimpérialisme réunir les snSrases.

Nous sommes trop près de trop grands désastres, et, pour moi, vos litres à une grande position seraient précisément ceux que vous ne pouvez probablement pas faire valoir : vos idées plui avancées que toxttes celtes des autres candidats à l'omnipotence. — Ah ' voilà le hic I Est-il résoli poor vous? Il ne le serait pas pour moi, si vous me consultiez au point de vue du succès matériel. Je dis seulement qu'il n'y aurait que cela à risquer avec succès moral, et.cehit>ci est généraiemeot le contraire d» l'autre. Quoi qu'il arrive, qne vous VMis (rompîezou. que vous sof ee. plus lucido que nous tous, mon affeclion pour vous reste et restera ce que vous l'avez. faite^ le jonr où, speiHaBéoteiit, vous VMS êtes mis eacent pour sauver mMaans (vos eniemis politiques) raalheoreui.

Je u'iii pas besoin que vous soyez uii grand priace pour vous aimer; fuites des bêtises si - vous : voulez-! vous aurez toujours, ce cœur généreui et c^esaisissanté inteiligenceque je connais. .

A vous donc, et tasjonci.

Mes lettres vous arrivent-elles intactes?

A U. BDUOND PLAUCHUT, A PARIS

Lioa. t'a écrit que les oeidide Pâques étaient arrivés au jour dJi et que nos filles étaient enchaatées. On te remercie et ia l'embrasse ; on Toudrait le voir, or trouve que ta oublies trop Nobant. Tu g&tes toqjonrSr mais de trop loi».

La compare n'est pas eiio}re lùen belle, mais le jardin se remplit de fleurs. Moi, je pioehe ferme; ma comédie m'amuse.. Je suis triste pour inoa gros Flaubert: il«'eet Irao^sur cequicoaTicBl antbéftire.

Quand à la Tentation d$ taint Antoine, succès ou non, c'est superbe l; .mais, dame, ça ne peut pas étfe pc^tilaire. .Les lettrée s'en vont !

J'ai retrouvéun amiquejen'aipasvndepuistrenlecinq ws. Il était professeur de musique el liaut enseignement, avec une bonne {^ace du gouvernement en Russie. U avait fait une petite fortune, une failUteU lui enlève; illmi reste le nécessaire pour vivre et il est en Italie. Il sait le russe comme Tourguenef et fait de très belles traductions. J'ai demandé à Buloz de l'employer. Buloz m'a répondu qu'il lui ferait une très bonne place à la Revue et qu'il pourrait gagner

308 COnnESFOHDAMCe DE GEORGE SASD cinq mille francs. Donc, cel ami va quitter le lac de Cômeet se rendre à Paris;je te demanderai de le bien accueillir e( de lui témoigner de l'amitié, il le raérile. C'est le frère de mon pauvre vieux RoUinat que j'appelais jadis fien^ali. Il chantait comme on ne chante plus, excepté Pauline !

Il est vieux, il ne chante plus; mais c'est un vieux i;arçon de mérite, très littéraire, et qui a beaucoup vu. J'ai toujours eu sur son compte, pendant qu'il habitait la Russie, non seulement les meilleurs renseignements, mais l'éloge le plus complet pour l'honorabilité de son caractère. Je le recommanderai k Pauline, pour qu'elle l'admette à ses soirées, elle aura un auditeur passionné, l'ex-amoureux fou de la Malibran; je le recommanderai aussi & Tourguenef pour qu'il lui donne un roman à traduire.

Préviens-les pour que je n'aie pas à les ennuyer d'une histoire dans une lettre.

Sur ce, je te bige bien fort et toute la maison avec moi. Ces demoiselles ont plaint le trépas du pauvre Tom et tes regrets paternels.

Elles ont fait nn poisson d'avril à Fadet. EUIes ont mis un chat empaillé sur un arbre et elles l'ont mis après. H a fait semblant d'être attrapé.

11 fallait voir comme elles étaient contentes I

CORRBSPONDAHCK ȣ CEORGE SAHII 309

A M. GHARLES-EDHOND, K PARIS

On VOUS croyait guéri, mon pauvre ami, et la souTfrance continuelle était la cause de votre silencel Vous êtes par trop éprouvé dans vos jambes, dans votre •sprit par conséquent; car le cerveau broiA du noir quand le corps est privé de mouvement. Oui, certainement, je veux travailler pour le Temps, te suis reposée et mieux portante; mais, pendant que je ne Taisais rien, il m'a poussé dans la cervelle une pièce dont je n'ai pas pu me débarrasser sans l'écrire ; c'était une de ces obsessions que vous devez conndirc. Et pourtant je n'avais aucune envie de théâtre; c'est venu, il a fallu le mettre sur du papier. Le sujet est joli, je ne sais pas encore si j'en ai tiré bon parti; j'aurai une opinion là-dessus dans un mois; car je travaille fort peu, deux heures par jour tout au plus. Je voudrais pourtant bien reprendre mes feuilletons, qui m'amusaient et auxquels j'aï sacrifié \es présents d'Artaxeree de Buloz. Mais quoi dire sans touclier k la situation politique, qui m'irrite et m'écœure? Enfin ÇA viendra.

Quand vous verra-t-on i Nohaal, pauvre écloppé ?

3IU CORRESPONDAHCK De GEOIIOE SAND Hoi, je dois aller à Paris d je ne me décide pas; je suis trop en train de griffonner. Ces demoiselles vont bien, tous embrassent et envoient un baiser à Loulou.

Ne nous laissez pas ainsi sans nouvelles de vous.

Les amis sont faits pour qu'on se plaigne à eux 'juand on souffre.

Mes amitiés à votre femme.

A GUSTAVE FLAUKISItT, A CROISSSI

No1w■l^ 10 Mrll IBI4.

Cenx qui disent que je ne trouve pas Saint Antoine beau et excellent en ont menti, je n'ai pas besoin de te le dire. Je le demande on peu comment j'aurais été faire mes confidences aux commis de Lëvy, que je ne connais pas. Je me souviens, quant à L6vy, de lui avdr dit ici, l'été dernier, que je trouvais la chose iuperbe et de premier numéro.

Je l'aurais déjà fait un article, si je n'avais refusé à Mewrice, ces jours derniers, d'en faire un ponr le Quatre'vingt-lreize de Victor Hugo. J'ai dit que j'étais malade. Le fait est que je ne sais pas faire (Tarlicles-elquéj'cnai tant fait pour Hugo, que j'ai épuisé

OORRESPOMftiKCE DE OEOROE SAMO m lOMD'Siijet. Je me demande pourquoi il n'en a jamais foit ponr «MJ ; car, enfin, je ne suis pas plus journaliste ^oe lui, el j'aurais plus besoin de son appui qu'il n'a fbesoia du miea.

En somme, les arlicles ne seri-ent à rien, à présent, pas plus que les amis au théâtre. Je te l'ai dit, c'etî la lutte d'un contre tous, et le mystère, s'il y en a un «'est de provoquer un courant électrique. Le sujet importe donc beaucoup au théâtre. Dans uil roman on a le temps d'amener à soi le lecteur. Quelle différence! Je ne dis pas comme toi qu'il n'y a rien de mystérieux; si fait, c'est très mystérieui par un côté : c'est qu'on ne peut pas juger son effet d'avance, el que les plus malins se trompent dix fois sur quinze. Tu dis loi-même que tu t'es trompé. Je travaille en ce moment à une pièce, il m'est impossible de stTOirsije oe me trompe pas. E( quand le aam-ai-je? Le lendemainde la première représenUtion, si je la fais représenter, ce qui n'est pas sûr. Il n'y a d'amusant que le travail qui n'a.enoore été lu à personne. Tout le reste est corvée et métier, chose horrible !

Moque-loi donc de tous cospotins; les pins coupables sont eenx qui te les rapportent. Je trouve bien étraiçe qu'on. dise lanl contre tel à les amis. On ne me

:<dit juDtis rien detd, à moi : on sait qne je ne le laisserais pas dire. Sois vailiaat et content, pnisqse Saint Antoine va bien et se vend supérieurement. Que l'on

t'éreinte dans tel ou tel joumaJ, qu'est-ce-que ça fait?

iJ«dis,,(ja faisail quelque cbose ; à préseBlj rien. Le pa-

Stï CORRESPONDANCE DE GEORCE SAND blic n'est plus le public d'autrefois, et le journalisme n'a plus la moindre influence littéraire. Tout le monde est critique et fait son opinion soi-même. On ne me fait jamais d'articles pour mes romans. Je ne m'en aperçois pas.

Je l'embrasse et nous t'aimons.

K U, CHARLES DUVBRHBT, A LA CRATRB Hohint, M mal IBTt.

Chers amia, j'ai été bien contente de recevoir de vos nouvelles. le vois que tout est pour le mieux (ju'Eiigine se marie dans les meilleures conditions qu'il pût souhaiter, que sa fiancée est charmante et que voilà une paire de gens heureux. Il méritait bien cela, le brave garçon. Dites-lui combien je m'en réjouis avec lui et avec vous.

Je ne sais pas si j'irai à Paris le mois prochain, je retarde le plus possible, car c'est à présent une grosse fatigue pour moi. Moins j'y vais, plus j'y ai d'occupations quand j'y suis. Et puis quitter la campagne au mois de mai ! il faut, pour cela, avoir un fils i marier. Nous avons un si beau printemps ! Pas assez de pluie pour nos herbes, mais des averses excellentes po«r nos (leurs. Pas encore de mouches ; le griffonnage avec

CORRKSPONUANdli DIS GEORGE SAKD 313 les fenêtres ouvertes et le conort des rossignols et des fauvettes est souverainement a^^réable. Le métier est agréable en lui-même et quel que soit le résultat. Il ; a plaisir à inventer des faits et des personnes logiques, tandis que, dans la vie réelle, le contraire est continuel et insupportable.

Jamais la France n'a présenté un tel spectacle de désaccord avec elle-même. C'est si navrant, que je ne me sens pas le courage d'écrire une ligne sur une pareille situation, et qu'en dehors de rintimilë, j'évite d'en parler, pour ne pas avoir à le constater une fois de plus; c'est une souffrance pour nous autres vieux, qui avons cru il quelque chose. Lesjeunes, qui sont nés dans le brouillard du scepticisme, croient qu'il n'y a jamais eu de soleil et ils s'en moquent. J'élève quand même mon Aurore dans la lumière autant que je peux. Elle aura des déceptions; mais, comme il y en aurait tout autant si je la nourrissais de réalisme, je m'occupe de lui faire aimer le beau et le bon quand même. Sa puissance de perception est extraordinaire ; il faut donc lui montrer aussi loin que le regard peut aller sans se troubler.

Et toi, mon Chariot, qui ne vois plus que par les yeui de l'esprit, lu es mains à plaindre que ceux qui ne voient que par les yeux du corps. Voilà ce que je pense quand je regarde tes yeux éteints, et je me rappelle que, quand tu décris une chose que tu n'as pas vue, tu la fais mieux voir que les autres. VoiU aussi ce que tu dois te dire pour te consoler de cette grande

3(4 CO-RRESPONDAHCE DE GEORGE SAIID

nnit qui s'e^t-foite autour de toi^ mais ([ne Ion eeinit toujours éveillé et riche des obserratiDiis el des impressions passées remplit d'étoiles et de soleils à ton usage.

Je ne te dis rien de la part de mes enfants ; ils eoa> renl les champs & cette heure ; mais je sais que, comme moi, ils se réjouiront de tous voir revenir bienfAt.

Je vous embrasse [oas de leur part et de la mienne.

A HADBH H3E:LL& AUnORB 3AHD, A NOBANT Pu-lt, juu 187*.

Ma Lolo chérie, je te btgerai lundi soir; je t'apporte des jolies affaires! il; a un tout petit aquarium pour toi, qui te fera plaisir, el j'espère que Mirliton mignon sera contente aussi de ce que je lui apporte. Je suis bien contente de m'en aller et bien pressée de vous revoir.

COnHESPONDlNCE DE GEORGE 3ÀH1) 31&

A GtrStAVB FLAUBERT, A LUCBRHB Nl>hll■^6jBilI«llSU.

J'ai éléàParisduSOiuaiau 10 juin, tu n'y étais pas. Depuis mon retour ici, je suis malade, grippée, rhumatisée et souvent privée absolument de l'usagedu bras droit. Je n'ai pas le courage de garder le lit: Je passe la soirée avec mes enfants et j'oublie mes petites misères, qui passeront; tout passe. Voilà pourquoi je n'ai pu t'écrire, mfime pour te remercier de la bonne lettre que tu m'as écrite à propos de mon roman. A Paris, j'ai été surmenée de Tatigue. Yoilà que je vieillis et qoe je commence à le sentir; je ne suis pas plus souvent malade, mais la maladie me met plus à bas. Çà ne fait rien, je n'ai pas le droit de me plaindre, étant bien aimée et bien soignée dans mon nid. Je pousse Uaurice à courir sans moi, puisque la force me manque pour l'accompagner. Il part demain pour le Cantal avec un domestique, une tente, une lampe et quantité d'ustensiles pour examiner les micros de sa eireonscription entomologique. Je lui dis que tu t'ennuies sur le Righi. Il n'y comprend rien.

316 COnRESPONDANCIi: DK GEORGE SAND

Je reprends ma lellre, commencée hier; j'ai encore beaucoup du peine à remuer ma ptume, et même, en ce moment, j'ai une douleur au c61ê, et je ne peux pus...

A demain.

Enfin, je pourrai peut-6lre aujourd'hui ; car j'enrage de penser que lu m'accuses peut-être d'oubli, tandis que je suis empêchée par une faiblesse toute physique, où mon cœur n'est pour rien. Tu me i'i> qu'on te trépigne trop. Je ne lis que le Temps, et c'est déjà beaucoup pour mot d'ouvrir un journal et de voir de quoi il parle. Tu devrais faire comme moi et ignorer la critique quand elle n'est pas sérieuse, et même quand elle l'est. Je n'ai jamais bien vu à quoi elle sert à l'auteur critiqué.

La critique part toujours d'un point de vue personnel dont l'artisle ne reconnaît pas l'aulorité. C'est à cause de cette usurpation de pouvoirs dans l'ordre intellectuel que l'on arrive à discuter le Soleil et la Lune ; ce qui ne les empêche nullement de nous montrer leur bonne face tranquille.

Tu ne veux pas être l'homme de la nature, tant pis pour toi I tu attaches dès lors trop d'importance au détail des choses humaines, et tu ne te dis pas qu'il y a

CORRESPONDANCE DE GEORGE SAHD :tlT ei) loi-méine une force naturelle qui délie les si et les mais du bavardage humain. Nous sommes de la nature, dans la nature, par la nature, et pour la nature. Le talent, la volonté, le génie, sont des phénomènes naturels comme le lac, le volcan, la montagne, lèvent, l'aslre, le nuage. Ce que l'hbmuie tripole est genlil ou laid, ingénieux ou bêle; ce qu'il reçoit de la nature est bon ou mauvais ; mais cela est, €ela existe et subsiste. Ce n'est pas au tripotage d'appréciation appelé la critique, qu'il doit demander ce ([u'il a fait et ce qu'il veut faire. La critique n'en sait rien; son affaire est de jaser.

La nature seule sait parler à l'intelligence une langue impérissable, toujours la même, parce qu'elle ne sort pas du vrai éternel, du beau absolu. Le diffl> cile, quand on voyage, c'est de trouver la nature, parce que partout l'homme l'a arrangée et presque partout gâtée; c'est pour cela que tu t'ennuies d'elle probablement, c'est que partout elle t'apparafl déguisée ou travestie. Pourtant les glaciers sont encore intacts, je présume.

Mais je ne peux plus écrire, il faut que je te dise vile que je l'aime que Je l'embrasse tendrement. Donnemoi (te tes nouvelles. J'ëspére que, dans quelques jours, je serai sur pieds. Maurice atlend pour partir que je sois vaillante : je me di'pêche tant que je peux! Mes petites t'embrassent, elles sont superbes. Aurore se passionne pour la mythologie (George Cox, traduction Baudry). Tu connais cela ? Travail adorable

318 CORRESPONDANCE DE CEOBGE SAND pour les enfaols et les parents. Assez, je ne peux plus. Je t'aime ; n'aie pas d'idées noires et résigne-toi à t'ennuyer si l'air est bon là-bas.

X V. HACRtCË-PAUL ALBERT, A PARIS

Je suis bien contente, mon cher enrant, de la bonne Rouvelle que tu me donnes, quoique tes succès, dus à un grand piochage, me causent toujours de l'inquiétude pour ta sanlé. EnGn, te voilà au vert, comme tu dis; repose-toi bien et refais-toi des forces. J'aurais été bien heureuse de te voir pendant les vacances; mais je comprends que les chers parents veuillent partager avec toi leurs jours de liberté. Nos petites, qui sont en vacances un peu toute l'année, t'appelaieat à grands cris. J'ai eu de la peine à leur Taire comprendre que tu ne t'appartenais pas tant que ça. Nous espérons cependant que Nohant te reverra ; car tu as là aussi une famille qui a la prétenlîon .d'être à loi.

Nous t'embrassons tous bien tendrement. Présente nos bonnes amitiés à ious les tiens.

Ta vieille marraine.

Je n'ai pas depuis longtemps de nouvelles de ta bonne maman.

A H. CUARLES-BDUOND, A PARIS

TonI Nohant va bien, sanfdes rhumes qui finissent et recommencent avec les variations folles de l'atmosphËre. On se réjouit de vous savoir revenu sain et sauf de vos voyages. Maurice aussi est revenu en bon état de ses ascensions, oii le vent a failli l'emporter. Nous voilà tout seuls, car le seul de mes ^ands pelits-ne^cûr qui nous fût resté au pays, s'en va substitut k Châteauroui. C'est tout près, mais c'est tout de même une séparation ; car sa mère le suit et sa faible santé ne nous permettra pas de la voir bien souvent. Il nous reste nos filles. C'est quelque chose, direz- TOUS, ah I oui certes, et, chaque jour, elles nous donnent plus de joie et de bonheur. Le travail aussi va son train et l'ennemi ne peut pas entrer chez nous; mais le cœur se casse un peu chaque fois qu'on donne la volée à un de ces enfants qu'on a si longtemps couvés. Vous viendrez nous voir, n'est-ce pas? pour nous rendre un peu de compensation.

Vous me parlerez de ma chère Venise, que ie ne

3!0 CORRESPONDANCE DE GEORGE SAND reveri'ui plus, car je la verrais autre. Elle est libre et doit ressembler à d'autres villes. Jadis c'était un monde à pail, à nul autre pareil, une ville du passé, avec des regrets formulés dans tous les cœurs et dans toutes les boucbes, un repos de mort avec des voix invisibles qui chantaient, la nuit, les splendeurs d'un autre âge. En somme, avec des guides cl des compagnons comme ceux que vous aviez, vous avez vu aussi bien qu'on peut voir, et je vous envie.

A présent, vous remettez-vous à la pioche? avezvous retrouvé votre jardin refleuri par les pluies et Loulou grandie et l'orlifiée comme vos rosiers? Le vieux Nuhant l'attend toujours avec sa mère adoptîve, cette chËre petite plante. Nos fllles lui seront maternelles aussi, vous verrez.

A TOUS de cœur, cher ami, moi et les miens.

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