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334 CORRESPONDANCE DE GEOBGE SAHD
portes de la liberté. Il t'a manqué d'avoir des enruU. Cest la punition de ceux qui veulent être trop indépendants; mais cette soulTranee est encore unegrloire pour ceux qui se vouent à Apollon. Ne te plains dose pas d'avoir k piocher et peîn«-nous ton marljre ; il jr a un beau livre k faire li-dessui.
Renan désespère, die-Iu ; moi, je ae croîs pas celi : je crois qu'il sAuffre, comme tous ceux qui voient btal et loin ; mais il d«it avoir des forces en proportion de sa vue. Napoléon (JérAœe) partage ses idéeSi il fait biea s'il les partage toutes. Il m'a écrit une très sageet bomie lettre. Il voit maintenant le salut relatif dans une république sage, et, moi, jeta crois encore possible. Elle sera très bourgeoise et peu idéale, mais il faut bien commencer par le commencement. Nous autres arlistes, nous n'avons point de patience. Nous voulons tout de suite l'abbaye de Thèlème; mais, avant de dire : « Fais ce que veux! > il faudra passer par : c Fais et <|iie peui! >
Je t'aime et je t'embrasse de tout mon coeur. Mes i?iifants grands et petits se joignent à moi.
l'ns de faiblesse, allons ! Nous devons tous exemple à nos amis, à nos proches, h nos concitoyeas. El moi, crois-tu donc que je n'aie pas besoin d'aide et de soutien dans ma longue tâche, qui n'est pas fiuief .^'aimes-tu pins personne, pas même ton vieux InHtbadour, qui loujoars chante, et pleure souvent, mail qui s'en cache, comme font les chats pour mourir î
A U. GEORGES ViLLOT, A PARIS
Hitliut, Il Hniat IB7S.
Mon cher enfant,
C'est un profond chagrin pour moi. C'était la meilleure et la plus dévouée des amies^ eu même temps que la plus aimable. La bonté est si rare 1 bien plus rare que l'esprit. Je suis bouleversée d'un malbeur auquel je m'attendais si peu! j'en redoutais un autre qui vous sera peut-être épargné. Espérons-le; mais quoi coup terrible pour ce pauvre malade! Je voi:s plains bien de la cruelle situation où vous êtes, et je vous supplie de ne pas me laisser sans nouvelles de lui.
Il y a si peu de jours qu'elle m'en donnait encore I je suis navrée et brisée. Mais, devant votre douleur, j'ose à peine vous parler de la mienne.
A vous de cœur bien tendrement.
GEORGE SAND
Ne m'oubliez pas auprès de madame Olga, dont l'immense affection vous soutient dans celle épreuve.
336 COHRESPONDANGE DE GKOKCE SAN»
l EDHOND PLADCHDT. A PA1US
D£pëche-lai d'en Unir avec ton volume, d'empocher Ion argent et de revenir passer le printemps avec nous. Les petites ne sont pas contentes de toi ; elles ne se consoleront pas de l'absence de leur Plauchut, même avec des dindes et des huHres faites à son image. II faut venir, entends-tu, le plus tôt que lu pourras. Je vais avoir fini Flamarande dans huit ou dix jours.
Quel travail que d'écrire à mesure qu'on imprime I 11 ne faut pas s'arrêter un jour, et on est toujours dans la crainte d'être arrêté par quelque chose d'imprévu. Je lutte depuis huit jours contre ce chien de rhumatisme qui, deux fois déjà, m'a paralysé le bras droit. Maurice prétend que c'est la fatigue d'écrire qui offense Iç muscle; mais, comme je me guéris aussitôt que la gelée cesse, je crois au rhumatisme. J'espère en triompher cette fois et achever ma tache sans me refroidir. On m'écrit que le roman amuse beaucoup, est-ce vrai ?
Ta lettre me tourmente fort à l'endroit de Charte» Rollinat. Qu'est-ce qu'il y a? Je n'en sais rien. Je n'ai pas de ses nouvelles depuis 1res longtemps et il ue
CORRESPONDANCE DE GEORGE SAHD 337 m'expliquait rien j je lui ai répondu, lui ofTrant mes services comme toujours. Plus rien ; j'en élais inquiète et je comptait sur toi pour m'expliquer sa posilîon. Tu m'écris, comme lui, par réticences et parénigmes.
Quant à ses Deux Hussards, la chose en ellemême estun chef-d'œuvre et, si ce n'est pas fidèlement traduit, ce que je ne peux pas savoir, c'est dix Toîs plus agréable à lire comme français que la forme doiiiiéc par les traducteurs aux ouvrages de Tourguenef, qu'il faut souvent deviner au lieu de comprendre du premier coup. Tu peux dire cela à Tourguenef de ma part. Ses ouvrages ont l'air d'être traduits par un russe. Le génie d'une langue ne se traduit dans une autre langue que par des équivalents, et, quand on s'attache à l'exaclilnde, on ne le rend pas.
Enfin je compte sur toi pourvoir mon pauvre Charles et pour me dire ce qu'on peut faire pour lui; je ne sais pas s'il est toujours à la Revue, tu ne m'en dis rien.
Ahientôt, n'est-ce pas? au moins, écris-nous souvent pour nous faire prendre patience. Nous te btgeons tous, je vois que tu n'as pas regu une lettre (le moi, que je t'ai adressée à Antibes. Toute la nichée t'aime et t'appelle.
Est-ou content à Paris de la République qui l'emporte?
336 lORRESPÛNDÀHCE DE «EORGE SÂHD
Cher ami, Avec une bonne distribution, une bonne mise en scène comme vous savez les faire, et avec des coupares, qui sont toujours utiles, je crois que Mauprat peut avoir un resuccès. J'ai lu aujourd'hui même la |)ièce, que j'avais fort oubliée, et toutes vos observalions me paraissent absolument justes; vous êtes nn collaborateur précieux.
L'intérêt se soutient jusqu'au troisième tcte, oa, jiour mieux dire, jusqu'au quatrième tableau. Ce qui fait longueurdans ce troisième acte, c'est que l'intérêt se retire du caractère de MaupraL C'est trop nature pour le théâtre.
lase du pédantisme, sans inconvénient dans n, surprend trop le spectateur qui n'a pas i nuances écoulées pendant l'entr'acte. Il faut Icurer et non accuser le mauvais résultat pase l'éducation intellecluelle, et faire que les ù le neveu blesse l'oncle soient plutôt comie douloureuses. Les deux premiers tableaux
CORRBSPOHD&nCE DE GEORGE SANK 3»
sont agités. Le deuxième scte est s^ti. Il faut que le troisième soit ailendrissant et non navnot. IV)ut que Rernard s'en aille en Amérique en fôchant fidisée, et pour qu'à son retour on puisse le croire capable d'un crime, il suffit bien de sa jalousie, qui le rend ass» coupable, sans qu'elle dotTe le rendre haïssable. Ce tableau est à refaire, tous avez raison, et je vois c* qu'il y faut. Je me mettrai an traTail dés que tous commencerez vos répétilions.
Cette pièce réussira certatnemest, surtout si elle est mieux jouée qu'elle ne l'a été dans le principe; certains rôles étaient insuffisants. Préoccupez-vous donc de la distribution : Le rAle d'EHmée surtout a de l'importancs. Il faut aussi qu'elle soit rageute, comme l'est tonte sa famille. — On vous a enlevé Sarah, c'est grand dommage! — Regaîer me recommande fort mademoiselle Léonide Leblanc; mais elle me semble plus jeune femme que jeune iille. Je connais peu mademoiselle Hélène Petit ; elle est jolie, louchante, mais sa voix est bien faible. Avez-vous encore Antonine? elle serait chtrnianbe, dans les parlies de comédie surtout.
Le chevalier, bien qu'il n'en ait pas très long k dire, est le premier rOIe après Bernard. Lacressonnière, avec ses grands airs aristocratiques, serait un superbe chevalier Hubert. A son défaut, je voudrais un comédien ne détaillant pas trop, jouant simplement, ni précieux ni plus fm qu'il ne faut, mais avec de la rondeur et de la spontanéité. On me parle d'une
de T08 nouvelle recrues, un comédieD de proviace do
nom deDalis?
Pour Marcasse, vous ne sauriez avoir mieus que Talien ; le rAle est fait pour lui : ses grands bras, ses grandes jambes feront merveille, c'est un acteur consciencieux qui compose bien ses rôles, et, dans Hai^ casse, ses dérauts seront des qualités; tout lui servira, jusqu'à son accent un peu traînard. Je tiens beaucoup JiGii-Naza pour le personnage épisodique de Jean le Tors ; je le connais fort peu ; mais il m'a paru original eltrës intelligent. Il est venu me voir il y a quelques mois et m'a bien amusée; il a un grand talent d'imitation, et, tout en causant, il m'a fait votre charge en me jouant une conversation qu'il a eue avec vous. — Pensez aussi à Léonard : il y a une scène terrible au second tableau, il faut savoir mourir d'une façon dramatique.
Reste le rAle de Bernard, qui est toute la pièce. Pierre fierton aurait pu le jouer ; je n'y voyais qu'un inconvénient : il aurait été trop joli pour le premier acte, il aurait fallu qu'il se Ht une tête déjeune bandit pour les autres actes, son physique eût été naturellement sympathique; il vous a quitté, il n'y faul donc plus songer. Worms jouerait le rAle, si vous repreniez la pièce à une époque où il aurait sa liberté. Vous :ivez Masset : il a de larges épaules, un assez bon physique; la voix est un peu sourde, peut-être, et il semble jouer sans grande conviction.
Tout cela, d'ailleurs, n'est que de la caaserie. Dé-
...Gooylc
CORRESPONDANCE DE GEORGE SAHD 341 cidez vous-même votre distribution; je ne veux pas vous troubler de mes doutes; vous connaissez voire monde mieux que je ne le connais. Je ne vous parle pas des décors, des costumes, de la mise eo scène; je me repose sur votre bon goût et votre science.
Dès que vons serez prêt à entrer en répétitious, écri- Tez-moi, je viendrai.
V TOUS de cœur, cher ami, et bons souvenirs de tout Nohant.
GEORGE SAHD.
P.-S. — Nous ne nous sommes pas occupés d'un acteur bien nécessaire, le chien t Y pensez-vous? s'en passer, c'est enlever un côté amusant dans une pièce qui, par elle-même, ne peut être gaie. Avez-vous toujours voire pelit Blaireau ? Il a des yeux noirs si expressifs et un si joli petit museau de renard, qu'on ne saurai! avoir mieux. Je le vois à côté des grandes jambes de Talien I
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