‹ Correspondance, 1812-1876: 1812-1876Chapitre 51 sur 62 · A M. EDMOND PLAUCHUT, A PARIS · texte numérisé non relu

A M. EDMOND PLAUCHUT, A PARIS

Nolianl, 6 mil tS75.

Cette catastrophe ' me fait un grand chagrin et me 1. La mort de Michel Lév;.

D,mi,.=db,Gooylc

3ia CORRESPONDANCE DE GEORCE Si»D l)Oi)|eTerse. J'étais arrivée à avoir beaucoup d'amitié |ionrlui et une entière confiance. Je crois, en outre, 'qu'il ; aura beaucoup d'inconvénients pour moi i ne plus pravmr m'appnjer sur ce bras solide et dérooé. Que la vie est triste ! nue vie où il faut continuelle' i:icnt voir s'éovuter toules choses autour de soi, et où l'on n'est pas sûr de revoir le soir l'ami qu'on a quitté 1c maliii.

Tu as dû être bien troublé et chagriné aussi. Si lu l'.lais là, je serais nMÏns triste ; mais il faut s'habituer il i'êlrc, quelque courage que l'on ait. La destinée nombre déjoue toules nos volontés, et les courageux .•iont frappés comme les faibles.

Nous t'embrassons tous ; écris.nous.

^ U, CALUA.NN LÈV

Je ne m'associe pas seulement à votre douleur, mon ■cher Calmann : je la partage et je la ressens absolument pour mon compte. Je perds un ami dévoué, qui, ■dans ces dernières années, avait été pour moi un ■.nppui fraternel en toute chose et qui s'est occupé de 41101 Jusqu'à sa dernière heure. Faites que je ne le

CORKËSPONDAN'Cb DE GËORCK SiND 313

pwde pas tenl entier; f&Tànz-uioi uo peo de la bonne amitié qn'il me psriait et sup^jortez avec courage, pour voire famille, pour vos enfants et pour l'honneur de sa mémoire, ce coup terrible q«î nous frappe. J'en suis encore brisée et je ne peux pas me réveiller de «e qui me semUe un cauchemar. Croyez que je vous plains bien. Je sais comme vous ve«s aùntei ! A vous de cflBnr.

GEORGE SIND

Mon fils el ma beTle-fille le regrettent vivement et personnellement, et me chargent de vous dire combien Us sont alTeclés.

eux XXI

A II. EDHOND PLADGHDT, A PARIS

Nobanl, IS mil IBTÏ

Nousanssi, nous avons de grosses chaleurs, mais avec du bon air et de belles pluies d'erage qui rendent heureux les hommes, les bêles et les plantes. L'année s'anoMce abondante, sauf les foins qui, pourtant, se ragaillardissent depuis quelques jours. J'ai signé ce matîa un traité signé de la Comédie- Française qui «'assure Victorine et VUiemer conséculivemenl en bonne saison, en deux ans. M. Perrin

se résene de faire passer d'abord, soit Villemer, soit Vielorine, selon que les circonstances et la distribution seront dans l'intérêt de la pièce. 1) a été fort aimable dans toute l'aFTaire ; il m'assure madame Pless; pour la marquise de Villemer.

Hais, en même temps que Je faisais stipuler la chose, j'écrivais à madame Plessy pour la prier de l'agréer. Elle me répond : f Oui certainement ; mais, si c'est l'autre hiver après celui qui vient, je n'y serai plus : je prendsmaretraitelei5mat 1875, > Elle seraitdoncdéjà retirée et ne jouerait en ce moment que pour son plaisir. Je désire que tu la voies de ma part, que tu lui demandes explication du fait, afin que j'en écrive à M. Perrin en connaissance de cause ; car je ne sais si elle ne s'est pas trompée de chiffic en m'écrivanl.

Je suis seule à la maison tous ces joursH:i : c'est le concours agricole à la Châtre et ça dure plusieurs jours. Maurice est nommé expert à peu près pour tous les genres de produits, industrie, sciences et arls. Il te racontera la chose et mettra probablement BaUii}dard aux prises avec les incidents burlesques de celte solennité. Les petites sonttrèsrièresd'étreex/iosantes, elles ont mis des cadres de papillons et d'insectes.

Mais la grande splendeur du concours, c'est, pour elles, les chevaux de bois. Et puis le cousin Edme est avec elles pour trois jours, et un autre jeune ,homme de Nîmes, un ami de Titite, et elles font les fiérettes avec ces cavaliers de vingt-cinq ans. Gare à ta coilTure, mon vieux gendre !

D,mi,.=db,Gooylc

CORRËSPOHDAHCE DE GEORCE SAND 315

Pour la qnesUon Paris, je te répondrai demain on après-demain. Il faut que je voie Maurice, que je ne peux plus saisir un instant depuis qu'il est affairé à la Châtre; je voudrais emmener Lolo, qui a toujours ses maux de tête et que je voudrais faire examiner à Favre. S'il dit oui, je te prierai de venir nous chercher, je ne me sens plus assez forte pour voyager avec un enfant. S'il dit non, je ne veus pas te déranger pour moi seule, je me tirerai hien d'affaire; ce serait, en tout cas, pour les premiers jours de juin. SiJ'aimon Aurore, j'irai aux spectacles de jour, et je me lèverai de bonne heure pour la promener.

Sur ce, je te bige bien fort, au son d'une aubade dont la musique de Gbàteauroux me régale en se rendant au concours de la Châtre ; ce n'est pas trop mauvais.

A U. LB DOCTBDR HBKRl FAVRE, A PARIS

Sihaat, 16 jula 187S.

Cher am!,

Nous sommes arrivés à bon port; la petite point

fatiguée. Nous commençons le traitement. Rien à vous

dire encore d'intéressant, à propos d'elle. La présente

est pour vous apprendre qu'à la requête demes éditeurs,

8M CORRESPOHUANCE DE CKORGE 3ANB qui projetleat une belle éililion, cette Sma. complète, de mes onvrages, je mets de» fasears roses à chacuo d'eux, c'est^-dire que je dédie louâ ceux qui n'oal été dédiés à personoe, à des amis de choix. Je vous ai dédié aujourd'hui Leone Leoni; mais il faut peiu-taal que la chose vous agrée. Un mot, et, ai l'œuvre v«is déplaît, nous vous en oCTriroas uae autre.

A vous de cœur bien vite avant l'heure de la poste. Tendresses et remerciements de nous tous.

cuxx&in

AU HËUE

Cher ami,

Spiridion a été dédié dfes le principe à Pierre Leroux et les Maîtres sonneurs à Eugène Lambert. Je n'y puis donc rien changer. Je voudrais bien avoir quelque cherd'œuvre à vous oiVrir; mais... mon être est absolument passif et ce que je produis est quelque dàose de boM on de mauvais sur lequel je n'ai aucun pouvoir. Sans doute c'est le résultat de réflexions ou d'impressions antérieures ; mais ce n'est pas le produit iounédiat de ma volonté.

CORRESPO:iDANCE DE GEORGK SAHD 3iT

C'est là un pmbl^e que Vous sauriez peut-être résoudre, mais cela n'en vaut guère la paîne. .

Ce qu'il y a de net et de clair en moi, e'est l'afliection que je vous porte et dont je vous renouvelle la. vive assurance.

A U. bE neOHTS D>B SPOBLBERCll DE LOVEMJOUL, A DnnXELLBS

Noliuil. 97 JHla ISTï.

Cher monsieur,

Ne vous tourmentez pas de la visite de ce brave homme, lequel ne m'a pas tourmenté du tout. II voulait me voir et me demander encore pour l'acquit et lesuracguit de sa conscience si je ne désapprouvais pas ses recherches'. Il paraît que je lui ai rendu autrefois un grand service. Je ne m'en souvenais pas plus que des pages éparpillées par moi dans tous tes coins. Enfin il s'est fait reconnaître et j'ai Tait bon accueil à ses scrupules et à ses remerciements. .

Je n'ai pas retrouvé la Paix. S'e l'aurai peut-être

t. tleUtÎTei aux écrila perdus de George Saiid,

)18 CORRESPONDANCE SE GEORGE SAND :létruî[. J'ai envoyé à Calmann plusieurs dédicaces, et la'apprëte à lui en envoyer d'autres.

Merci toujours, cher bibliophile, et au revoir. Votre amie, G. S. bibliopkobelU

A H. JOSEPH DB38AUI

Cher Favilla bien-aimé, Ton écriture est superbe ! tu vois ; mais tu souffres encore, puisque tu dis que les yeux vont mal; espérons que la guérison viendra vite. Ton petit bouquet est encadré dans ma chambre à cAl6 de ses prédécesseurs. C'est toujours une joiepour moi de le voirarriver. C'est la marque de la jeunesse toujours florissanie de ton cœur, et mes enfants me demandent chaque année, au 5 juillet, si j'ai reçu les fleurs d'Ischl. Tout mon monde t'aime et te serre la main avec tendresse. Le temps humide nous rend tous un peu malades, j'espère que nous touchons à la fm de ce déluge qui a fait tant de malànos pauvresprovincesdu Midi.Avezvous iussi ces pluies torrenlielles dans vos montagnes î Tourguenef m'a dit n^e tu faisais des vers char-

D,mi,.=db,Gooylc

rORHESPONDANCE DE GEORGE SAND 3J9 mants et parfois très beaui; est-ce vrai? Que je suis béte de ne pas savoir un mot d'allemand ! Je le lirais arec (ant de plaisir. Écris-moi quand lu le peux, sans te fatiguer, et crois à l'inaltérable tendresse de la vieille sœur.

A UADAHB BDUOKD ADAU, A PARIS

Nabint,ll JniUct ISTS,

Chère Juliette, vous avez dû recevoir toutes les photographies publiées. Nous avons encore à recevoir des épreuves du salon de Nohant, de Tilite vue de face, (te moi, et Vautres marionnettes. Si l'envoi ne vous arrive pas, c'est qu'il s'est égaré. Dites-moi demain ce que vous avez reçu, et je compléterai la collection qui vous est destinée. C'est le photographe de Ch&teanroux que j'avais chargé de vous expédier la grande vne. Elle est très réussie. Le jardin était tout fleuri et il n'y avait pas un souffle de vent dans les branches, circonslaace rare chez nous au printemps. Dans le Hidi, il j a un autre inconvénient : la lumière est Irop franche et les objets viennent trop noirs et trop secs. Des arbres réussis comme douceur et netteté sont ditllciles partout à obtenir, el j'ai jugé cette photographie digne

350 C*RRESBOKIUIlC£'BE^afiOR&E U,KD

-d'Atre eneadrée parce qu'nUe. esl^ itiriaei^uâment très belle.

La rougeole est si bien installée au pa;s« <]u& tout le inonde j passe.: Titite eu est sottie très vit» etbéDignemeat. Maintenant, c'estLina qui est surdeflancMec la fièvre et un masque de rougeurs très vives. Nous la soignons, en attendant le tour d'Aurore, qui se préserve jusqu'à présent. Ma fête aélégaie quand même. Tititeétait guérie et Lina n'aviiit rien encore. Plauchut nous a régalés d'un baillant feu d'artifice, et, celte fois, Titite, devenue grande et brave, n'a pas mouillé ses chausses. On a mis tous les petits cadeaux et bouquets dans votre beau plateau de laque et on l'a ad* miré comme une merveille.

Hons n'avons pasdeisiaislres idaus iu>s p^s< de ^[daioe, et les ora^>n!ont paa^au de.witdaace.ti.e,Jar- .din est une oasis de fleurs, et de verdure. Le jardinier quî.n'a plus à arJvser^inoHS disaiUont.à llheure: — ij'angraiue!

iTittte>eetmarteiDeaufatiTd'baî,avec EHauehut pour eomp^. Elle œt pourtant protcslaote ; mois .le curé n'y rait^sialtealioUd II»s«it partis pour ViciJea petites poctant.des bouquetsplns gras qiï'elh^, l'snâiDt et liesageTtfanuneavec ellesdans L'omaibus, et'Ie cornemuseux. faisant brailler sa miksettesun l'impériale; la-noumce demes filles, Âiiii£, etc.,.toB9«arubaniiés et'cliarséa;desous neufs. et. da.di!^ées;iea.icbevaux ptafTant et reniflaiU, très embètéapar cette musique bcnjanlej les passants épatés!.. i C'était vraiineDtiun

nORRÏBPOKDAHtK SEt:CX(}'R«U SAND 33t

beas'départ. J'attends le retour etje-vousquîlt» pont* allerdanner de la tisane àiLfoaa.

Je' vous embrcs» 1008 etipoatrtatUjbiaB'ttaBdr»*inent.

Merci de la bonne chère lettre, mon Benjamin^i'y veux répondre inoi-màmedi'àatant plus qu'aujourd'hui je suis seule à la maison avec mes deux petites filles. Maurice, Lini et les amis ont été faire de la gi^ologie aui environs. C'est te dire que tout mon monde se porte bieu, quoique ma petite Lina et ses deux filles aient eu la rougeole coup sur coup: A présent, toutes les santés sont bonnes ; seulement ce jeune monde a un peu maiii'ri. On nous décommande les haîns de mer pour cette année; mais peut-Ëtre une autre fois ironsnous vous rejoindre à Villcrs, qui est un lieu charmant et où W nous serait si doux d'être près de vous. Je Il 'icais certainement pas vous fourrer toute ma «mala; mais vous nous trouveriez bien une maisonnette à louer l>our an mois, paa trop loin de la vôtre. J'ai par là un

362 CORRESPONDANCE DE GEOBGE SAND endroit favori, les Vaches-Noires, avec les grandes falaises où je me plaisais tanl. Pour celte année, nous ne bougeons plus. Hoi seule irai à Pari!i vers la fin de septembre, pour les dernières répétitions du Slarquis de Villemer, qu'on va jouer au Théâtre Français ; serezvous revenus de Normandie ? je veux l'espérer. Je compte sur ta promesse de nous envoyer tous vos portraits quand vous les aurez sous la main, et, en attendantjevousenvoietousles nôtres, avec la maison, le jardin et le village, le nid avec la nichée- Embrasse pour nous ta cliannante femme et ta charmante lille, sigracieuseset si bonnes toutes deux. Je suis heureuse de te savoir beureux; tu le mêiitais bien, toi qui as toujours été le meilleur des êtres et le plus fidèle des amis

A toi de cœur,

CMXXXVIII

A UADAUE UARIE BOUCOIRAN, A NIHCS Noh*nl, SO août ISTS.

Clière Marie, Je n'avais pas compris le terrible télégramme '. J'ai

.. Annonçant la mort de Jules Raucairan.

COItllESPONDAHCli; Db OEORGE SAND 353 cru qu'il s'agissait du pauvre enfant, et c'est aujourd'hui, par H. Sagnîer, que nous savons (ouïe l'étendue de votre malheur et du nôtre ; car c'est pour nous une perte de famille des plus cruelles. Je suis navrée et je m'attends à voir mon fils, qui est actuellement en vojage, éprouver une douleur égale à la mienne. Combien nous vous plaignons, pauvre chère amie! Justement nous nous flattions de faire accepter àvolre mari de passer avec voos quelques années près de nous à Nohant, pour nous aider à élever mes petites filles, comme il m'a aidé à élever leur père. Nous pensions que le malheur nous rapprocherait tous, et nous voilà accablés devant cette éternelle séparation, si peu prévue ! '

Soyez certaine, chère Marie, que notre amitié pour vous est doublée par le chagrin que vous éprouvez et que nous partageons avec vous. Il était si bon, si ju^^ si grand et si vrai en toute chose! II vous chérissait et TOUS respectait. Vous avez rendu son existence heureuse : c'est la seule consolation qui vous reste, mais elle est sérieuse, et vous assure notre fidèle amitié.

GEORGE SiHD,

3Si COARESPOHDAIICE DE GEORGE SAHD

CMXÏXtl

k H. charlessaghibr; a iiniBs

Mon cber eafaQl,

JasHÎg nantie jusqu'au, fond. du.cœur. Mvrci de» (lâlails affectuflui.que tous noasjloaDez. J'avais reçu un tQlégranune.J'aTUS compiisqua f ''était Eon. pauvre enfant qui était moit.. Je lui. auia.éeEit pour lui dira ma sympathie el lui faire pressentir le projet qoenoufi avions foruié ici ^dele ranienar.diez.:nou& avec sa femme pour plusieurs années. C'est -votreletlFe de ce matin qui nous détrompe. C'est bien lui.qui n'est plusl C'est une douleur véritable pour moi et que Maurice partagera profondément. Liua a dd vous écrire qu'il était absent. Je vous envoie quelques mots que je vous prie de faire insérer dans le Journal du Gard ou dans tout autre journal du pajs que vous jugerez convevenable, et je vous demande de vouloir bien vous charger de corriger l'épreuve vous-même.

Je viens d'écrire à mon ami Adolphe Jeanne, pour lui communiquer votre désir et vous recommander à lui particulièrement. Je pense qu'il vous enverra tout ce que vous demandez et qu'il se rendra avec empressement h votre désir.

CORRESPOn&'ANCf: DE GEOfiGEi SAHB 3SS.

Merci pour les earants et pour moi de votre bonne et constante amitiË pour nous.

A CnSTAVB FLAUB.ERT, A-CROISSBT

Ta te désirfmy tu te décourages, tu me désoles aussi. C'est égal, j'aimeimienx que tu le plaignes que de te tJire, cheT'ainî,!etîe veux que lume' cesses pas de m'éerire.

J'ai de gros chagrins ausà et souvent. Mes vieux amis meurent avant moi. Un des plus chers, cduî qui avait élevé Maurice et que j'attendais pour m'aider à élever mes peliles-rilles, vient de mourir presque subitement. C'est une douleur profonde. La vie est une suite de conpsdans le cœur. Mais le devoir est là : il faut mareber et faire sa tâche sans contrister 'ccni qui Eouffrest avec non s.

Je le demande absolument de vmthir et de ne pas élre indifTérentaux peinesqne nous -partageons avec toi. Dis-aous que le calAie ï'est fait etique rh'«rizan s'esta édairei;'

Nbna -t'aimons, triste ou gai,

Dbnn» de 4efl nouvelles:

356 CORHESPOtiDANCE DE GEORGE SAHD

Page 1