A 11. CHARLE3-EI1H0KD, A PARIS
Nobint, 16 uptembro 1S75.
Cher ami,
Je suis contente d'avoir enfin de vos nouvelles; vous m'écrivez une lettre charmante, comme vous seul savez les écrire. Vous savez donner des encouragemenis qui ne s'adressent pas à l'amour-propre, mais qui vont droit au cœur, et qui consolent de beaucoup d'in- . justices ceux que le cœur seul a inspirés. Je rends donc grâce à votre Turc de vous avoir induit à relire ces livres dont je ne me souviens pas et sur lesquels je n'ai plus aucune opinion. Ils vous ont ému, donc ils valent quelque chose.
Il y a une idée de roman dans votre lettre. Ce serait la vie d'un homme racontée comme vous le faites k grands traits; un homme subissant l'influence ou lu réaction, dans les grandes crises de sa vie, de certaines lectures. Voulant se suicider avec Werther parce qu'il se trouve être Werther dans ce moment-Iii-, se reprenant d'un amour d'enfance depuis longtemps oublié, en relisant Paul et Virginie, et ainsi de suite. Ce serait une étude curieuse des nuances qui différencient profondément les situations analogues en raison de la
CORRESPONDANCE DE GEORGE SAND Sbl dissemblance des caractères. Je me souviens aussi, moi, de l'émotion que m'oiil causée les œuvres de Byron, de Gœthe et de Walter Scott; c'étaient là mes lectures de jeunesse avant d'avoir songé à écrire. J'aurais Toulu être, en ce temps romantique, un être dévoré de douleur et accablé d'un immense remords; j'étais embêtée de n'avoir pas commis un crime qui me permit de connaître l'ivresse du désespoir! Puis je me calmais avec ces bons romans écossais où il y a tant de droiture et de courage. J'aurais voulu être le jeune montagnard entrant tout naïf et tout brave dans la vie (l'aventures. Je passais ainsi d'un typeà un type opposé, sans pourtant cesser d'être moi, c'est-à-dire un esprit curieux et toujours vivant hors de lui. Vous feriez très bien ce roman-là, en prenant votre propre viepour type.
Je suis en arrière d'un feuilleton avec le Temps. Les derniers contes que j'ai faits étaient trop longs et je les ai donnés à la Rame. J'ai clos, pour cette fois, la série des contes; mais j'ai retrouvé des pages de jeunesse que je ne crois pas ennuyeuses et qui demanderont, je crois, peu de corrections. Je laisse une petita lacune et je reprendrai mes feuilletons le mois prochain si on les désire toujours.
Est-ce que vous ne viendrez pas nous donner quelques jours du reste de vos vacances ? Il (ait si beau chez nous, et nous aurions tant de joie à vous voir? Ticbez donc, c'est promis depuis si longtemps déjàl Tout Mohant vous embrasse et vous désire.
G. SAND
353 CORKESCOnDANeS DE CEDRCSSiMD
Nohiinl, S iittibtt lîTK
II fautétreioidimaDchei Balaitâardie mal abaolumKnt! C'est la'TéouYsrhmedesoDthéUre, qaL ferme en été: URarioe» qni a fait de la géologie pendant la ■ belle saison, est roatnlenant dans sesdéeors «t accessoires, que les souris et les rats lui détériorent Ions les ans. Il est tout dans son théâtre k lui toat seul, auteur, acteur (tons les acteursà luisenl), décorateur, lampiste, machiniste, etc. Il a inventé un sysièmo nouveau pour mettre, à lui seul, trente personnages en sc6ne. Il est vrairaent «lêrreilleux et c'est à veir. Dalandard vous enverra- une- lettrer-d'inritntion em régie.
Ne parlez pas d'tifi' jour h nous donnw, c'est insensé, et c'est fttam/ Nous voulons vous garder- aa moins une«emaine. Âarorele veiit,'el ans» Bolandard, les deux autorités do la famille.
Je suis contente que mes barbouillages vm> con^ viennent. Je craignais que ce nefâl trop i/aintw, ceqse j'ai été un bon temps de ma vie j je n'étais •pa9>iDa méchant gars, mais je ne songeais qu'à sortir du con-
OORRESPONDANGE DE CEORGE. SAND 359 Tena-en raisonide moarîlfe et je creias qu'oa ue s'en scandalise.
Vercide-lapeias que tous a-uz prise.de foua.iufornierde- Viitnaer.Je xma que j'auiai Jetemps de.fiuir leroman qne j'ai entrain. Venez, surloul, cher amj ;.fa me meHraeDcore plus en goût .de. travailler et de tme.
'ToulMobantious appelle el vous^embraese.
GEORGE s AHD.
A U. EDOUARD .CHAHTON, SÉNATBUR, A PARIS Hohul, It oclobre ISIS.
^a-est chaemaote, votre petite fiUe.£lle £st âpeu près de l'âge de mon aînée. La mieune est une forle paysanne, franche et bonne. La vAtre est candide et spirituelle. Noussommes très heureux de voir pousser ces enfants-là, n'est-ce pas? Uoi, je n'ai plus d'autre bDkdBBs la vie que de meidévouer à cas..ctkers âtres. JJawnt tout ponrjnoi.
(Merci p«arla.baiiBepntntt3se<que.Tauâiuias faites. JiOMagatitt piUorjf yuAnous-sera plusagréable venant ■dsvous.Ke dites pa&qua vous n'avez rien.faiL de bon: -waiiues veMéiUne soinnia.âDorn)e.d.'initructLoiLdans
160 CORRESPONDANCIi DE OEORGE SAMD
le courant civilisateur. Qui peut se vanter d'avoir aussi
bien rempli sa tSche et honoré sa vie?
Nous ne nous voyons guère. Je ne vais à Paris que rarement et pour quelques jours; j'ai à peine le temps d'y voir mes amis : j'y tombe malade tout de suite d^ puis quelques années et je reviens toujours au bercail clopin-clopant. Vous êtes bien plus jeune que moi; vous devriez venir me voir à Nohant, quand vous avez un peu de liberté et quand il fait beau. Je n'ai plas beaucoup d'années à vivre. Il faudra me donner cette t-alisfaclion.
\ vous de cœur, cher excellent ami, et merci ea- «ore.
G. SARD