GEORGE SIMO
t. De Hi auvrei.
CORRESPORDANOe DE GBORCE SAKD
CîtXLV
A U. EDHONIt FLAUCHOT. A PARIS
Je ne t'écris guère, mon gros enfaot. Je suis si souvent et si cruellement soafTrante, à présent! Enfin ça Unira par la mort ou la guérïson. En ce monde, rîen ne dure, que l'amilié, et je t'aime et t'aimerai toujours.
Tu Terais bien d'acheter nos cadeaux d'étrenaes dès à présent ; tu les payerais la moitié moins cher que dans un mois.
Tu m'apporteras des bibelots chinois ou autres à too idée, pour deux cents francs, et, pour Lolo, une papeterie formant écrttoire, pupitre, et garnie de tous les bibelots habituels. Quelque chose de joli, dans les cinquante francs.
Je te bige bien ; viens donc bientôt.
D,mi,.=db,Gooylc
CORRESPONDANGE.de GEORCE SAHD 8â3
& GUSTAVE PLAUBEBT, A PARI
Te Toilà donc à Paris, et tu as quitté le logement delà rue Murillo?Tu Iravailles? bon espoir et bon courage! le bonhomme se relèvera. Je sais qu'on répète Victorine aui Français ; mais j'ignore si j'irai voir cette reprise. J'ai été si malade tout l'été, et je soufTre encore si souvent des entrailles, que je ne sais pas si la force de me déplaceren hiver me reviendra à point. Nous verrons bien. L'espoir de te trouver làbas me donnera du courage; ce n'est pas là ce qui ine manquera, mais je suis bien détraquée depuis que j'ai passé ma septentaine, et je ne sais encore si je prendrai le dessus. Je ne peux plus faire un pas sans risquer d'atroces douleurs, moi qui aimais tant à me Servir de mes pattes I Je patiente avec ces misères, je travaille d'autant plus et je fais de l'aquarelle k mes heures de récréation.
Aurore me console etme charme. Pauraisbien voulu vivre assez pour la marier. Mais Dieu dispose, et il faut accepter la mort et la vie comme ill'entend.
Enfin, c'est pour te dire que j'irai t'embrasser si la chose n'est pas afisolumenf impossible. Tu me liras ce
qae lu as commeDcé. En attendant, donne-moi de tes nouvelles; car je ne me déplacerai que pour les dernières rËpélitions. Je connais mon personnel, je sais qu'ils feront tous bien, selon leurs moyens, el que, d'ailleurs, Perrin les surveillera.
Nous te bigeont tous bien tendrement et nous l'ai-
CHXLVIl
A U. BDHOIIU PLAUCHDT, A PARIS
NoïaDl, i9 noranibn ims.
Ois A mademoiselle fiarretta que, si on joue le Mariage de Yictorine aux Français, et qu'elle veuille jouer Yictorine, elle me fera le plus grand plaisir du monde. Le rdle est fait pour elle el elle est faite pour le rôle. Dis-lui que c'est, avant tout, un râle siucére et ingénu et plus attendrissant que dramatique.
La pièce devrait être intitulée le$ Amoureux sans le savoir; car les deu\ jeunes gens s'aiment sans vouloir s'en rendre compte; Yictorine surtout, qui souffre sans vouloir se dire à elle-même pourquoi elle souffre, et qui, dès que son père lui a fait comprendre son devoir, "est prèle à se sacrifier, dût-elle en mourir.
Tout cela est indiqué dans la pièce de Sedaine; o'fyt en lisant bien les deux pièces et en faisant atten-
CORRESPOHDAHCE DE GEORGE SAND 305 lion à tous les rAles, surtout à celui du père de Victorine, que l'actrice, admirablement intelligente comme l'est mademoiselle Barreltajenlrerafacilement dans la nature de son personnage. Au reste, si la représentation se décide, qu'elle m'avertisse; je lui écrirai i elle-même, prête à répondre à toutes ses questions.
CHXLVin
An HfiHB
Tes huîtres sont excellentes et tun bouquet embaume 1 Je ne croirai pourtant à la reprise de JUauprat que le jour de la première. Ma lettre d'hier a dû te renseigner sur ce qu'il y a à dire aui acteurs. Hais, avant oui, il faut que la reprise soit certaine.
Quant au buste', je l'ai vu et bien vu : il est très joli, ne ressemblant à personne, mais d'un charmant travail. Il est possible qu'aux lumières et en situation,il ne dise plus rien, et que la coiffure en dentelles ne soit pas d'un bon elTel; mais ce n'est pas une raison pour Taire à un arliste comme Carrier l'alTront de retirer son œuvre de devant le public, et je me console
1. Boil« qn« C«rrlBr-Bel1«uie vanait de fkire pour le fojcr de rOd^n.
tW COftREKPONDAHCB DK GEORGE SAHD aisi^metit de faire moins d'effet que les autres. N'estce pas ainsi dan^la réalité? Je ne m'en porte pas plus mal. Comme je l'écris à Charles Buloz, j'ai fini mon roman etje nTai.plus qu'à le retapoter en me reposant. Je l'ai lu hier «ux enfants, qui l'ont trouvé amusant. L«spetits-enEants auraient vouln rester; mais,comiBe il d'j avait pas de bétes dans l'actioti, Tilite a pris son parti de ne le connaître que dans une vingtaine d'années, et Lolo, la raison même, a été se coucher. Nous travaillons bien : la voilà qui devient forte en géographie et (a l'amuse. Si tu étais là, on serait tout k fait joyeui et content, car je me porte bien. Nous te btgeons tous bien tendrement et bien fort.
A GUSTAVE PLADBSR1, A PARIS
Nahinl, IS «t » UMnbre tSTS.
Enfin, je retrouve mon vieux troubadour, qui m'était nn sujet de chagrin et d'inquiétude sérieuse. Te voili sur pied, espérant dans les chances tontes naturelles des événements extérieurs et retrouvant enloi-mème la force de les conjurer, quels qu'ils soient, par le tra^ vail. Qu'est-ce que tu appelles quelqu'un dans,Ia haute
/fnauce?Je.n'ea~saîs rien, moi; je sais liée avec Victor Borie. Faut-il lui écrire î
Tu Tas donc te remettre A la pioche? Hoi aiust; car, depuis Flamarande, je n'ai rien Tait que peloter en attendant partie. J'ai été si malade tout l'été ! Hais mou bizarre et excellent ami Favre m'a guérie merveilleusement, et je renouvelle mon baH.
Qoeferons-nous? Toi, à coup sûr, tu vas faire de la désolation et moi de laeontolation. h ne sais à quoi tiennent nos destinées; tu les regardes passer, tw les critiques, tu t'abstiens littérairement de les apprécier, tu te bornes k les peindre en cachant ton sentiment personnel avec grand soin, parsjstëme. Pourtant on le voit bien à travers ton récit, et tu rends plus tristes les gens qui te lisent. Moi, je voudrais les rendre moins mathenreux. Je ne puis oublier que ma victoire personnelle sur le désespoir a été l'ouvrage de ma volonté et d'une nouvelle manière de comprendre qui est tout l'opposé de celle que j'avais autrefois.
Je sais que tu blâmes l'intervention de la doctrine penonnelle dans la littérature. As-tu raison? n'asl-ee pas plutôt manqne de conviction que principe d'esthétique ? On ne peut pas avoir une philosophie dans l'àrae sans qu'elle se fasse jour. Je n'ai pas de conseils littéraires à te donner, je n'ai pas de juf^emeDt ji formuler sur les écrivains tes amis dont tu me parl«. J'ai dit moi-même aux Concourt toute ma pensée; quant aux autres, je crois fermement qu'ils ont plus d'étude et de talent que moi. Seulement, je crois qu'il
m VORRESPOHDAHCB DE GEORGE SAHD leur maoque et i. toi surtout, une vue bien arrêtée et bien étendue sur la vie. L'ail n'est pas seulement de la peinture. La vraie peinture est, d'ailleurs, pleine de l'Ame qui pousse la brosse. L'art n'est pas seulement de la critique et de la satire : critique et satire ne peignent qu'une face du vrai.
Je veux voir l'homme tel qu'il est. Il n'est pas boni ou mauvais, il est bon et mauvais. Hais il est quelque chose encore,.., — la nuance 1 la nuance qui est pour moi le but de l'art, — étant bon et mauvais, il a une Torce intérieure qui le conduit à être tris mauvais et nn peu bon, — ou très bon et un peu mauvais.
Il me semble que ton école ne se préoccupe pas du fond des choses et qu'elle s'arrête trop à la surface. A force de chercher la forme, elle fait trop bon marché du fond, elle s'adresse aux lettrés. Mais il n'y a pas de eflrég proprement dits. On est homme avant tout. On veut trouver l'homme au fond de toute histoire et de tout fait. C'a été le défont de l'Éducation sentimentate, à laquelle j'ai tant réfléchi depuis, me demandant pourquoi tant d'humeur contre nn omTage si bien fait et si solide. Ce défaut, c'était l'absence d'action des personnages sur eux-mêmes. Ils subissaient le fait et ne s'en emparaient jamais. Eh bien, je crois que le principal intérêt d'une histoire, c'est ce que tu n'as pas voulu faire. A ta place, j'essayerais le contraire, tu te renourris pour le moment de Shakspeare, et bien lu faisl c'est celui-là qui met les hommes aux prises avec les faits; remarque que, par eux, soit en
D,mi,.=db,Gooylc
CORRESPONDIIIGE DE. GEORGE SÀHD 360 bien, eoU en mal, le fait est toujours vaincu. Ils l'écrasent ou ils s'écrasent avec Iui.~
La politique est une comédie en ce moment. Noua avions eu la tragédie, finirons-nous par l'opéra ou par l'opérette? Je lis consciencieusement mon journal tous les matins; mais, hors ce moment-là, il m'est impossible d'y penser et de m'; intéresser. C'est que tout cela est absolument vide d'un idéal quelconque, et que je ne puis m'intéresser à aucun des personnages qui font cette cuisine. Tous sont esclaves du fait, parce qu'ils sont nés esclaves d'eux-mêmes.
Mes chères petites vont bien. Aurore est un brin de fille superbe, une belle âme droite dans un corps solide. L'autre est la grâce et la gentillesse. Je suis toujours un précepteur assidu et patient, et il me reste peu de temps pour écrire de mon état, \u que je ne peux plus veiller après minuit et que je veux passer toute ma soirée en famille ; mais ce manque de temps me stimule et me fait trouver un vrai plaisir à pïocber; c'est comme un fruit défendu que je savoure en cachette.
Tout mon cher monde t'embrasse et se réjouit d'apprendre que tu vas mieux. T'ai-je envoyé Flamarande et les photographies de mes fillettes ? Sinon, un mot, et je t'envoie le tout.
Comment ! Litlré est sénateur? c'est à n'y pas croire, quand on sait ce que c'est que )a Chambre. Il faut loni de même la féliciter pour cet essai de respect d'elle-même.