A GUSTAVE FLAUBERT, A PARIS
Nohant, IS j»»lcr 18».
Je Teus tous les jours t'écrire; le temps manque absolu in eut. Enfin, voici une éclaircie; nous sommes ensevelis sous la neige; c'est un temps que j'adore : cette blancheur est comme une purification générale, et les amusements de l'intérieur sont plus intimes et plus doux. Peut-on haïr l'hiver à la campagne! La neige est un des plus beaux spectacles de l'année!
11 parait que je ne suis pas claire dans mes sermons; j'ai cela de commun avec les orthodoxes, mais je a'en suis pas; ni dans la notion de l'égalité, ni dans celle de l'autorité, je n'ai pas de plan fixe. Tu as l'air de croire que je le veux convertir à une doctrine. Hais dou, je n'y songe pas. Chacun part d'un point de vue dont je respecte le libre choix. En peu de mots, je peux résumer le mien : ne pas se placer derrière la vilra opaque par laquelle on ne voit rien que le refiet de son propre nez. Voir aussi loin que possible, le bien, le mal, auprès, autour, là-bas, partout; s'apercevoir de la gravitation incessante de toutes choses tangibles et inlangibles vers la nécessité du bien, du bon, du vrai, du beau.
rti ORRESPOHDAKCE DE CEORCE SkVD
Je ne dis pas que l'humatiitc soit en route pour les sommets. Je le crois malgré tout; mais je ne discute pas là-dessus, c'est inutile, parce que chacun juge d'après sa vision personnelle et que l'aspect général est momentanément pauvre et laid. D'ailleurs, je n'ai pas besoin d'être certaine du salut de la planète et de ses habitants pour croire h la nécessité du bien et du beau ; si la planète sort de celte loi, elle périra; si les:faHbrtailt8 s'y refusant, ils seront dàiruits. D'autres astres, d'aolres âmes leur passeront sur le corps, tant pis! Vais, quant k moi, je veux graviter jusqu'à mon deriiier sounie, non avec la certitude ni l'exigence de trouver ailleurs une banne place, mais parce que ma seule jouissance est de me maintenir avec le» miens dans le chemin qui monte.
En d'autres termes, je fuis le cloaque et je cherche le sec et le propre, certaine que c'est la kl de mon existence. C'est peu d'être homme; nous sommes encore bien près du singe, dont on dit que nous procédons. Soit; raison de plus pour nous éloigner delui et pour être au moins à la hauteur du vrai relatif que notre raee a été admise à comprendre ; vrai très ptuvre, très borné, très humble! Ëh bien, p«ssidon»-le au moins autant que possible et ne ^soaSroiw .pa& qu'on nons l'Ate.
Nous sommes, je crois, bien d'aceord;iinÊ je .-pratique cette simple Teligion et tu ne lapialiqnesipae, puisque tu te laisses abattre; tonnmur n'en est :pas pénéiré, puisque tu maudis la vie el drâtres la mort
caintESPONDAncE de GEORGE Sl.nD 37& comine un eaUiolique qaî aspire Ju dédommagflment, nefùl-ce que le repos étenisl. Tu n'es pas plus sAr qu'un autre de ce dMommagement-lJi. La fie txl penl-ïtre éternelle, et p&r' ronséquent le InTaJl étep- -nel. S'il en est ainsi, iitisoas bravement >notre étape. S'il va «it aatremeot, si le hoi périt :lout entiec, ayons Ittawineur d'tToir Gut.aolre corvce, c'est le devoir; car nous n'avons de devoirs évidents qu^enwFS aoDS^m^es etnoGwmblaUes. Ce que nous détruisons en nous/nonsle détruisonsen aux. Notre abaissement lesrabaisie.'nes cbutes lœ enlraluent; nous leur devons de Tester debout pour qu'îb^ne tombent pas. Le désir de la 'mort prochaine, comme «elni d'une longue vie, «stdoBc uiw laiblesse, etje neveux pas que tu l'admettes plus longtemps comme un droit. J*al cru l'avoir autrefois; je crojûs pourtant ce que je crois aujourd'hui ; mais je mamjuais de force, et, coniine'tot,je disais : «Je a'; peux-rien. > Je me mentais à mm-n^me. On y paît tout. On a la force qu'm crc^it De pas avoir, quand on désite ardemment gravir,'moiiter'un échelon'toas les jours, se dire : < Il fodt que le Flaubert de demain soit supérieurà celui d'hier, et celui d'affres- demain plus solide et plus lucide encore. > Quand tu te sentiras sur l'escalier, tu monteras très vite. Tu vas «ntrar peu à p«u dans l'âge le plus heureux et le plus favorable de la vie : la vieillesse. C'est là que l'art. se révèle danssa douceur; tant qu'on est jeune, il se manifeste anc an^issp. Tu préfères une phrase bien faite & toute
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la métaphysique. Moi aussi, j'aime à voir résumer eji quelques mots ce qui remplit ailleurs des volumes; mais, ces volumes, il faut les avoir compris à fond (soit qu'on les admette, soit qu'on les rejette) pour trouver le résumé sublime qui devient l'art littéraire à sa plus haute expression; c'est pourquoi il ne fanl rien mépriser des efforts de l'esprit humain pour arriver au vrai.
Je le dis cela, parce que tu as des partis pris excessiù enparoles. Au fond, tu lis, tu creuses, tu travailles plus que moi e( qu'une foule d'autres. Tu as acquis une instruction à laquelle je n'arriverai jamais. Tues donc plus riche cent fois que nous tous; tu es na riche et ta cries comme un pauvre. Faites la charité à un gueux qui a de l'or plein sa paillasse, mais qui ne veut se nourrir qne de phrases bien faites et de mots choisis. Hais, hâta, fouille daos la paillasse et mange ton or. Nourris-toi des idées et des sentiments amassés dans ta tâte et dans ton cœur; les mois et les phrases, la forme dont tu fais tant de cas, sortira toute seule de ta digestion. Tu la considères comme un but, elle n'est qu'un effet. Les manifestations heu* reuses ne sortent que d'une émotion, et une émotion ne sort que d'une conviction. On n'est point ému par la chose à laquelle on ne croit pas avec ardeur.
Je ne dis pas que tu ne crois pas, au contraire : toute ta vie d'affection, de protection et de bonté charmante et simple, prouve que tu es le particulier le plus convaincu qui existe. Unis, dés que tu manies la litléra-
CORBESPOHDANCB DE GEORGE SAHD 377
ture, ta vcox, je ne sais pourquoi, ëlre un aulre homme, celui qui doit disparaître, celui qui s'anaibile, celui qui n'est pas. Quelle diAle do manie I quelle fausse règle de (on goûtt Notre œuvre ne vaut jamais que par ce que nous valons uous-mémes.
Qui te parle de mettre ta personne en scftne?Cela, e& etTet, ne vaut rien, si ce n'est pas fait franchement comme un récit. Hais retirer son âme de ce que l'on fait, quelle est cette fantaisie maladive? Cacher sa propre opinion sur les personnages que l'on met en scËne, laisser par conséquent le lecteur incertain sur l'opinion qu'il en doit avoir, c'est vouloir n'être pas compris, et, dès lors, le lecteurvous quitte ; car,s'il veut entendre l'histoire que vous lui racontez, c'est i la condition que vous loi montriez clairement que celui-ci est un fort et celui-là un faible.
L'Éducation sentimentale a été un livre incompris, je te l'ai dit avec insistance, tu ne m'as pas écoutée. Il y fallait ou une courte préface ou, dans l'occasion, une expression de blâme, ne filt-ce qu'une épithète heureusement trouvée pour condamner le mal, caractériser la défaillance, signaler l'effort. Tous les personnages de ce livre sont faibles et avortent, sauf ceux qui ont de mauvais instincts; voilà le reproche qu'on te fait, parce qu'on n'a pas compris que tu voulais précisément peindre une société déplorable qui encourage ces mauvais instincts et ruine les nobles efforts ; quand on ne nous comprend pas, c'est toujours notre faute. Ce que le lecteur veut, avant tout, c'est de
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pénétrer noire pensée, el c'est là ce que lu lui refuses avec hauteur. 11 croit que tu le méprises et que ta veux te moquer de luL Je t'ai compris, moi, parce que je le eoonaissais. Si on m'edt apporté ton livre sans si(;nature, je l'aurais trouvé beau maîsétrange, et je me serais demandé si tu éleîs un immoral, un sceptique, un indifférent ou nu navré. Tu dis qu'il en-doil Atre ainsi et que H. Flaubert manquera aux règles du bon goât s'il montre sa pensée et lebut de son entreprise littéraire. C'est ùiax, archilaus. Du moment que H. Flaubert écrit bien at sérieusement, on 8*attacbe à sa personnalité, on veut se penlre ou se sauver avec lui. S'il vous laisse dans le doute, on ne s'intéresse plus à son œuvre, OD.la méconnaît ou on la délaisse.
J'ai déjà r«mbattu ton hérésie favorite,>qui est que l'on écrit pour vinpft personnes iutelligeates et qu'on sefithe du reste. Ce m'est pas^Trai, puisque l'jibseBce de succès t'irrite et t'aL^cte. D'ailleurs, il n'y a paseu vingt critiqua favorables à ce livre si bien fait etai considérable. Donc, il ne faut pas plus écrire Lponr Ttagt personnes que pour trois ou pour cent.mille.
Il faut écrire pour tous ceux qui ont soif de lire si qui peuvent profiter d'une bonne lecture. Donc, il faut aller tout'dinità la moralité la plusélevée qu'on aitensoi-mémeet ne pas faire mystàie du sens moral et profitable de^on œuvre. On.a trouvé immoral celui àe'Madamt Bovary. Siune partie du public ctiait ou scandale, la partie la plus saine et. la plus étendue y voyait^une rude et frappante Isfon donnée àia femme
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tans conscience el sans foi, à la vanité, àil'ambition, à la déraison. On la plaignait, l'art le voulait ; mais la leçon restait claire, et elle l'eùtété davantage, elle l'eût été pour fous, si lu l'avais bien voulu, en montrant davantage l'opinioD que tu avais, et qu'on devait avoir de l'héroïne, de son mari et de ses amants.
Cette volouté de peindre les choses CMnme elles sont, les aventures de la vie comme elles se présentent à la vue, n'est pas bieu rseonnée, selon moi. Peignez en réaliste ou en poète les choses inertes, cela m'sst égal; nnis, quand on aborde les mouvements du cœur humain, c' est autrecbose. Vousne pouvez pas vous abstraire de cette contemplation; car rhomme,c'esl vous, et leshummes, c'est le lecteur. Vous aurez Jieauloire, Totre'réctt es! une causerie entre vous et lui. Si tous lui montrez froidement le ma] sans lui montrer jamais le bien, il sef&che. Il se demande si c'est lui qui est mauvais ou si c'est vous. Vous travaillez pourtant à Kémouvoiret à l'attacher; Tom n'; parviendrezjamaîs H TOUS n'êtes pns ému T(iu9-méme,.oasi-vouB>le «uihez si bien, qu'il vous juge indilTérent. Il a raison : la suprême impartialité est une chose antihumaine et u i roman doit être humain avant tout. 6'il ne l'est pas,, on ne lui sait point de gré d'être bien écrit, bien composé et bien observé dans le détail. La qualité essentielle Ini manque : l'intérêt.
Le lecteur se détache aussi du livre oiitoiB les personna^^ sont bons sans nuance el sans faiblease ; il voit bien que ce n'est pas humainnonplus. Je crois
MO CORRESPONDAHCE DE GEORGE SAHD que l'arl, cet art spécial du récit, ne vaut que par l'opposition des caractères ; mais, dans leur lutte, je veux voir triompher le bien; que les faits écrasent l'honnête homme, j'y consens, mais qu'il n'en soit pas souillé ni amoindri, et qu'il aille au bûcher en sentant qu'il est plus beureui que ses bourreaux.
a Janvier 1876.
Il y a trois jours que jo t'écris cette lettre, et, tous les jours, je suis au moment de la Jeter au feu ; car elle est longue et diffuse, et probablement inulile. Les natures opposées sur certains points se pénètrent diflicilement et je crains que tu ne me comprennes pas mieux aujourd'hui que l'autre fois. Je t'envoie quand môme ce griffonnage pour que tu voies que je me préoccupe de toi presque antantque de moi-même.
11 te faut un succès après une mauvaise chance qui l'a troablé profondément; je te dis où sont les conditions certaines de ce succès. Garde (on culte pour la forme; mais occupe-loi davantage du fond. Ne prends [las la vertu vraie pour un lieu commun en littérature. Donne-lui son représentant, fais passer l'honnéle et le fort à travers ces fous et ces idiots dont tu aimes & te moquer. Montre ce qui est solide au fond de ces avorlemenls intellectuels ; enfin, quitte le convenu des réalistes el reviens à la vraie réalité, qui est mêlée de beau et de laid, de lerne et de brillant, mais où la volontA du bien trouve quand m4me sa place et son emploi.
Je t'embrasse pour nous tous.
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CORRESPORDANGB DE CEOIICK SAHD U1 CMLIV
AHAuniCB-PAUL ALBBIIT, A PAIIIQ
Cher enfaDt,
Je t'enToie un volume qui contient un catalogue •ù Ion pire trouvera les explications qu'il désire, depuis mon premier roman jusqu'au Château des désertes. S'il veut la date des ouvrages, très nombreux encore, que j'ai publiés depuis, dis-le-moi, je Terai recopier la liste et la lui enverrai. Dis-lui que je suis bien reconnùssanle de la sympathie qu'il me témoigne, en s'ocenpanl avec tant de soin de cette critique. C'est un honneur pour moi, et je n'aurai jamais été traitée avec tantd'indulgenceet de bonté par un homme de si haute valeur.
Je suis contente d'avoir de tes nouvelles, et heureuse de l'amitié tendre que tu me témoignes, mon GHeul chéri. Nous allons tons bien ici; j'espère que, chez vous, il en est de même.
Ta vieille marraine,
CORRESPONOAHCE DE GEORGE SAHD
A UA'DAHE P^, A AUXBnflB<
Notint, » tirtint KK.
Or me dit, madame, qu'une lettre de moi tous serait agréable et vous ferait qnelque bien. Je le voudrais beaucoup, mais puis-je l'espérer? Qu'est-ce qu'une personnalité étrangère peut apporter de clarté dans votre «e intime?
■ N'importe ! je ne veuï pas me refuser à un effort pour TOUS distraire un instant et pour tous dire au
I. Au commencement de l'année 1676, U. Edouard Charton BTiil Tait une visite à madame P***, qui, depnù la mort de ton fili, reliait inseniible A tout oe qne Ma patrenla et lei aniit
tentaient pour atténuer sa douleur. En entrant chei elle, il [Ut frappé de voit qu'il n*; avait dans sa chambre qu'une leuls e^ lampe, le portrait gravé de George Sand, et sur la table qu'un seul volume, le Marquis de ViUemer. Dans le coun de la «>»• Tcraalion, madame P*** dit qu'il lui était devenu preiqm impoiaible de lire des Œuvrei d'imagination, mais que quelquesunes de celles de madame Sand l'avaient intéressée et fortifiée : elle ajouta qu'elle aurait été henreuia d'entrevoir cet auteur d'un Ei grand génie et de poaaéder quelques lignes de son écrlLure. St. Edouard Cbarton, prenant conGance dans ion amitié pour George Sand, osa la prier d'écrire quelques mots i madame P*"; ce qu'il obtint immédiatement avec toute la bonne grise possible.
CO&RKSPONDlTtCE DE GEORGE SMTIh 3S3
moina qna ja voudrais ce quer je ns peui pas, vous consoler ou vous fortifier. Je sais que voire vie est vouée à' un deuil éternel; La mienne a été écrasée par des douleurs profondes, et ce que l'on a ptt me dire n'a pas pénétré en moi bien avant. Je n'ai trouvé de soulagement que dans l'espoirde rejoindre ailleurs ce qui m'a quitté ici. C'est" en vous qne réside la force que je chercherais eu vain à vous donner.
Ne voyez donc, dans ces quelques mots qne je vous adresse, que le témoignage d'une respectueuse sympathie pour votre malheur et le vif désir de vous marquer ma sollicitude attendrie et sincère.
GEORGE SAHn,
& II. HENRI AUIC,
Mon enfaut, J'ai réfléchi à voire découragement : vrai, je ne l'approuve pas. J'ai beau retourner dans mon esprit les raisons que vous me donnez, je ne leur trouve aucune valeur sérieuse. Est-ce que vous êtes paresseux? Non, c'est impossible, puisque vous avez du cœur et de rintelllgeace. La paresse est une impuissance, une infirmité d'&me pauvre, et vous avez justement l'àme
su CORRESPONDANCE DE CEORCE SAKD grande I Non, tous ne reculez pu devaat l'ariilitê inévitable des commencements.
Vous faîtes de la critique et tous tous foirez un autre idéal. Votre critique ne tombe pas juste : vous dites que la théorie et la pratique du Droit se contredisent. Supposons que ce soit vrai! raison de plus pour savoir la théorie du droit et connaître l'histoire de celte théorie dans l'esprit humain. C'est l'histoire de l'homme civilisé sur la terre que tous dédaignez d'apprendre, et tous croyez que vous pouvez devenir un bon écrÏTaïa en décidant d'avance que vous voulez l'ignorer; mais c'est vouloir surprimer en vous votre raison d'èlre. Ne vous aî-je pas dit plusieurs fois que celle 'gnorance était une des misères de ma vie, non pas seolament, comme être civilisé et agissant, mais comme écrivain et artiste? II y a lA pour moi une porte fermée ; on vous l'ouvre toate grande et vous r^ fusez d'entrer, quand vous avez la jeunesse, c'est-fcdire la facilité, la mémoire et le tempt! oui, le temps, enfant g&lé que vous êtes.
Vous TOUS plaignez d'une vie trop mondaine : & qui la faute ? On vous distrait parce qu'il vous platt de vous laisser distraire. Quand on veut s'enfermer, on s'enferme j quand on veut IraTailler, on travaille au milieu du bruit; il faut même s'y habituer, comme on s'habitue à dormir k Paris au milieu du roulement des voilures.
Vous voulez être littérateur, je te sais bien. Je vous ai dit: « Vous pouvez l'être si tous apprenez tout. >
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L'art n'est pas un don qui puisse se passer d'un savoir immense étendu dans tous les sens. Non exemple vous est pernicieux peut-éire. Vous vous dites : f Voilà une femme qui ne sait rien et qui s'est fait un nom el une position. > Eh bien, cher enfant, je ne sais rien, c'est vrai, parce que je n'ai plus de mémoire; mais j'ai beaucoup appris et, à dix-sept ans, je passais mes nuits à apprendre. Si les choses ne sont pas restées en moi fc l'état distinct, elles ont fait tout de m^roe leur miel dans mon esprit.
Vous êtes frappé du manque de solidité de la plupart des écrits et des productions actuelles : tout vient du manque d'étude. Jamais un bon esprit ne se formera s'il n'a pas vaincu les difRcultés de toute espèce de travail, ou aa moins de certains travaux qui exigent ta tension soutenue de la volonté.
On sonne lo dtner. Je veut que ma lettre parle ce soir. Je la reprendrai demain, el je vous embrasse aujourd'hui, en vous suppliant de faire un grand appel k vous-même, avant de dire ce mol honteux : f Je ne peux past »
C0RRESI>O:fl>ANGE DE GEORGK SANII
CMLVII