‹ Correspondance, 1812-1876: 1812-1876Chapitre 8 sur 62 · S&HD · texte numérisé non relu

S&HD

AH. ADOLPHS CRÉmBDX, HINISTRB DS LA JUSTICE, A BORDEAUX

Nabinl, tS Mtvabn 1870.

Cher maître et ami.

Cette réquisition de chevaux est trop rigonrense dans certaines localités : chez nous, par exemple, où elle nous livre à la famine oa aux Prussiens. L'arrondissement de la Châtre ne laboure qu'avec des bœufs et fait peu d'élèves de chevaux; chaque personne n'a que le strict nécessaire, surtout cette année, privée de fourrages. Votre décret, pris à la lettre par les officiers de remonte, apportera une perturbation profonde, surtout dans nos hameaux éloignés des villes. Quant à nous, personnellement, qui n'avons, pour toute notre régie, que deux juments et qui sommes très isolés , campagne, que ferons-nous si nous sommes i ? Je veux bien qu'on me débarrasse de la vie; la belle-fille et mes deux petits-enfants, les li-je exposés aux injures et aux cruautés de

? Notis avons une grande voiture et deux pauvres bêtes qu'il nous sera complètement impossible de remplacer ; ea temps ordinaire, ce serait déjà difBcile. Nous comptions sur cette ressource de pouvoir sauver la famille en cas d'invasion ; car les chemins de fer sont inabordables et les voilures de communication, qui sont des entreprises particulières, vont cesser leur service dès qu'on prendra leurs chevaux. Des centaines de familles sont dans le même cas. Par dévouement pour le pays qu'elles font vivre, elles n'ont pas voulu s'éloigner avant la. dernière extrémité, et elles n'ont pas d'autre moyen de locomotion que leurs modestes véhicules. Parler de luxe et de carrosses dans la vallée Noire, c'est une moque> rie! Et nos fermiers, avec quoi sauveront-ils leurs denrées de l'ennemi ? Et nos malades, qui ira leur chercher le médecin ? Sommes-nous perdus â ce point qu'il faille nous mener si durement? Ces mesures le font croire et ajoutent le découragement à la panique.

Ne poarrait-on admettre des exceptions pour ceux qui ne tirent aucun profit de leur écurie?

Pour ceux qui ont une petite aisance, ne pourrait-on admettre qu'ils contribueront en argent ponr une somme égale à l'évaluation des animaux? Si vous ne donnez pas d'instructions particulières, à cet égard, aux fonctionnaires, ils feront du zèle mal entendu ou n'oseront vons avertir des malheurs que le décret nous Btsure, et de la désaffection qui en sera la suite. Je

M COHREaPOMAtNCB bt flEORGB iAJIti

ne sais pas suspecte d« cupidité on de réactloa. Je

tons dis ce qni est trai.

Ce qni est vrai ans», c'est mm affection «t mon dévooenient ponr \ota.

GEORGE SAHD.

A H. BDKOR* rbitUCUOT, A TARI»

J'essaye un nourean rttùjea qu'on indique et ^ue f ignore. J'ai écrit Iiier pour qn'on te dise ce que Jo le confirme aujourd'hui. Ton Trire es! saiu et saur, mais prisonnier de guerre à Cobléntz : sa fille me l'a écrit de Hantes; c'est un bonlieur quand on a craint davantage! Nuus noas portons tous bien, à Nohant encore ; l'invasion nous en cliassera-t-ellef La guerre est un va et oient sur la Loire; on ne sait si c'est bon ou mauvais. On garde le secret des opérations et un fait bien; mais éire à vingt on vingt-cinq lieues el ne rien savoir, c'est bien irritant, et il y a (les jours où on perd l'espérance. Ponrlanl nous avons encore de belles chances el de beaux corps d'armée.

Le malheur est qu'il y ail eu si peu de temps pour Taire des soldats de tant de jeunes gens qni ne comp-

CORRBSPOnBâNCK »E flKORGK 9AH» H fnieni jamais servir! El pttit eet bher d« Rif*ri« tes éprouve cruellement.

Voaa avons passd bien trislcmenl le Jour â« NMl, et le jflar de l'an sera non moins Irisle. L« petit Gdme et Antoine sont partis, mobilisés. Le premier est Bous-lieutenan(; Fitalre, sergent. Ils supportenl bien cède première épreuve et ont toqIu la supporter. Eenri, notre petit jardinier, est sergent-major. Maurice voulait s'en aller aussi; mais il a compris qu'il ne pouvait laisser, sous le Cfup de l'invasion, une jeune femme, une vieille mËre et deux petits enfanta tout seuls ; car on a pris tous nos hommes valides, en les emmène au loin. Les familles sont abandonnées à la garde de Dieu, pas d'hommes, pas de fusils, pas de chevaux. On réquisitionne tout. Je ne dis pas qu'il ne le faille pas; mais il ne faut pas appeler lâches ceux qui ne penfenl défendre lenrs foyers. SI l'ennemi vient, nous nous éloignerons. Pour le moment, il est Dceapé allletirs et peot'étre aora-t'on Ift bonne Shince de lé repousser (mit à fatt. On i tant de eha- |rin d'être séparé de ions ceux qu'on aime et d'être inquiet de tous, que, dans la solitude, on n'a pas de quoi réagir. Kans pensons à loi sans cesse, tous les jours, a toute hearé. Lolo t'appelle son pauvre mignon Plauehnf, et Tltile, qui bavarde eomme une pie, te demande aussi tons les jours. Nous nonS reproebons de bien dîner eneore et de dormir encore dans nos lits en pensant à vos privations et k vos fatigues et à ce froid terrible des longoes nuits. J'id écrit à

&S CORRESPONDANCE DE GEORCE SAN'D Juliette*, que sa Glle était en bonne santé à Jersey; a-t-elle nçuJ

Nous t'embrassons tous mille fois; il ; a longtemps (lue je n'ai rien reçu de toi. Mais, bier, j'ai reçu une lettre d'Harrisse, qui me dit qae tu vas bien, et auss Marchai. Nos tendresses à tons nos amis.

Quand se reverra-t-on !

l SQH ALTESSE LE FRINCB NAPOLÉON (JÉROktB) A AIGLE (iltISSE)

Mon cher grand ami,

Je veux TOUS embrasser au jour de l'an, quand même 1 Malgré tant de catastrophes, de douleurs et de fatalités qui ont fait de 70 une date effroyable dans l'histoire el dans nos existences; je venx espérer encore et croire que nous serons moins malheureui en 71. D'ailleurs, l'affection fait toujours des vœux sincères qui ne prouvent pas leur efGcacité, mais lémoignenl de leur lidèle sollicitude.

Vous me dites que votie consolation personnelle est d'être redevenu un libre citoyen; je comprends cela, j'avais prévu qu'il en serait ainsi. Mous n'avons

t. Madainc Edmond Adun.

D,mi,.=db,Gooylc

pis en Frauce cet allâgemeal & nos peines, nous sommes entre l'oppression étrangère et la dictatare aa dedans. Dictature inévitable aujourd'hui, mais que la réunion d'une constituante en temps utile eût pu rendre légale jusqu'à un certain point et par conséquent moins rigoureuse.

Hais qui sait ce qu'eût produit celte assemblée ? Les représentants improvisés de la République ont-ils cm rermument qu'elle seule pouvait sauver le pays ? Us ont bien pu se tromper, on n'aime pas les O[iinions imposées et on serait plus patriote si on n'était pas forcé à l'être. Seulement je ne crois pas qu'ils aient assumé cette t&che et cette responsabilité pour satisfaire leur ambition; ce serait un trop mauvais calcul. Ils seront emportés avec perte par le premier suffrage universel qui pourra fonctionner. Au lendemain de Sedan, ils eussent eu des chances ; à présent, après ce qu'on a souffert, la multitude, gouvernée par les intérêts, les maudira, quelle que soit l'issue de la guerre. Elle croira toujours qu'on pouvait l'éviter on la faire mieui. — Qui prononcera?

Là o& nous sommes, il nous est impossible de juger, et il faudra le temps d'une longue et difficile enquête pour porter un jugement vraiment historique sur ces marcheselconlremarcbes, sur ces ordres bien ou mal donnés, sur ces mesures utiles ou fatales. Chaque localité aura son histoire, chaque combat sa chronique parliculiêre; sur plusieurs points, il jahérolsmo; sur les autres, mystère et confusioD. Le Français est

S8 C0ftRK8P«li»ifICI{ OK CEOBGK ftil»

toujours brave, mime ceux qui. trop neufi an danger, E6 (Betleid en débandade ; qaaai on les ramèse au combat, ils prenneiat leur reranche. Enfio, la parlje ge ne cenuble pu perdue. Paru «si adisirabie, sf CJuszy ptriU faire des Durveillw de coofitanu et de bravoure.

Ëspéroafi «icore que la Frases ee cauvara pv sa propre vltaUté. Ûuant au leademajn, toal ed eifptire, el les pluf aa^ floajedurea serMt probablMaent déjouées comme toujours I I4 parti légilûniate ae met beaacAHp m ieèn* «t le «Aie aristocrate n'est pas éteint en previaee. La république r«Hge est ea partie revenue au p^riotisme pur. La BMdérée, celle qvi gouverne A préeest, est beaucoup tr*^ cstlulique. Enfin Dieu sait où noue alloas. Au £eiur de la Frauce, livrés à aauB-méuies laus Paris-B9UUoU, omis avons peur de BAtre propr* judieisire, puisque les faits BOUS échappaal et nous sent mal rapportés. Écrivez ce 4«« MUS saves, ce que *«h* avez va.

Tous J'écnrea bien, vous l'aurei «u de btat. Pour ce qui ce passe à présent, attendez encore, mou ami m «éfiM-vatts des nensiigoeni^ts, jiuqu'à nouvel wdre. C'est une immente bataille par petite épisodes; pas de cemmaaicatioas pMir comultre cba^jue scène d'un drame embronillé, tenible, k la fois splendide «t misérable, et dont oaas ne eorliroas que par le splendide. Aatremeat, c'est la fis d'no moode. Le inaoL^e de la Pnaee, c'est l'Earope en servage.

Les nouvelles qui u'amTeati l^taot sont bonnes ;

CORneSP»H&A|j£E BE fiKiQBCK «ANtt U depuis quelques jours, la lutte se soutient bien.

Cher ami, nous pensons bien à vous dans noire solitude. Nous ne savons pas comment et quand nous vous reverrons. On est prisonnier chez soi en France, taal les communicalions sont encombrées. Il y a certes, une grande activité, un grand mouvement pour la défense . Est-ce bien conduit ? nous ne savons pas.

Dites-moi, si autour de votre lac, à Aigle ou dans les vtféw abritée! ^i jaboulàscul, dfl boNverait A eiser tr4a nwdestemeat notn fettie &mtUe, pour de* pris mnikré*. Dîtes qu'on fons Jn&rine de cela. Si nous tna^tBMwme étiùràe, bom trioat quelque part bmb TopBier ée lut ^ soscii ; M aaos dit qic, putem, ks («fardsofiteacombrëla SiHS»e ; est-ce vrai? Notn seriass heareas à» vaas voir, si nous deviMis sortir de France, et il le faadratt liien si nous étions coB' dannée à4tK Pimneas ou jésuites.

Ma belle-fille vov« «aveie ses afTectaeax goafaails et ntre filleule vans eafarasse; elle ett t<mj«ws safe «t ehanBaste, et ne vms ««blie pas.

& wn tevjoups.

V«tn ^eîHe Mme,

CORRKSPOHbANCK DK G&ORGE SIMD

DGCLXXV k IL CHARLES PONCV, A TOULON

Ne nous découraj^eons pas trop, mes enfants. Souhailons-nous quand même ane meilleure année. Noire honneur s'est bien relevé. Paris est admirable, et, ailleurs, nos troupes tiennent mieux et supportent héroïquement l'horrible hiver. Quelle douleur de songer à tous les maux que ces pauvres enfaots endurent ! Et tant de morts, de malades et de blessés ! Nous payons dier l'Empire. Pourvu que nous n'y retombions pas!

Nous sommes toujours à Nohant , bloqués par le froid et la neige, et par l'impossibilité de voyager, puisque les chemins de fer ne fonctionnent plus que p3ur l'armée. Si l'ennemi, qui nousamenacésplusieurs fois de bien près, revient sur nous, nous serons forcés de nous en aller à petites journées. Ce sera dur pour nos enfants dans celte saison, et Dieu sait si les chemins sont praticables aux voilures.

El puis où irons-nous î Si la peste noire, qui nous a dernièrement chassés de chez nous, sévit i. Toulon, nous n'irons pas là. Et puis encore, avec quel argent voyagera-l-on, puisque la campagne ne rapporte plus rien et qu'on ne peut ravitailler sa maigre bourse i

CORRESPONDANCE DE GEORCE SAHD « Paris? Si j'étais seule, je ne quitterais certes pas mon nid, dnssé-Je être brûlée avec. On est si las de la vie I Hais les enfants ! Il faut les sanver à (out prix.

Enfin, on vit au jour le jour. On tâche de soutenir le courage autour de soi et d'espérer pour la France.

Embrassez pour nous la pauvre Solange. Son fiancé reviendra et il jaura peut-être encore de beaux jours.

Nos tendresses et nos remerciemeRts pour te bon (ouvenir.

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