L'Incendiaire. Voir ci -dessus, paf'c 'lO
Pourquoi faut-il qu'une grande actrice et qu'un habile comédien soient condamnés à rendre digne d'admiration, dans le détail, ce qui, dans l'ensemble, est si digne de mépris, et vous condamnent à voir la pièce? — Bocage est d'une simplicité, d'une bonhomie, d'un bon ton extrêmement rares dans le rôle du curé; il a une amitié caressante et toute patriarcale pour ses paroissiens; il leur tape sur la joue, les mène éteindre le feu, bavarde avec eux, leur tire l'oreille, sait le nom de leur chat et de leurs chevaux de ferme; c'est un bon ministre d'Auguste Lafontaine. Madame Dorval fait une sorte de miracle, car elle met des paroles plates et totalement insignifiantes, sur un ton si pathétique si passionné, si chaleureux, que Ion se figure avoir compris et l'on pleure sur sa parole; on gérait à cause de sa pantomime, la scène de la confession en est un merveilleux exemple; l'auteur aurait écrit, au lieu du récit, l'histoire de Childebert ou la complainte de Fualdès ou des o et des n seulement, que c'eût été même chose; on eût pleuré tout autant avec une telle actrice.
Faisons deux pas de plus sur le boulevard, et nous verrons l'Ambigu-Comique jouer le Collier de la Reine^; de la reine Marie-Antoinette, la plus gracieuse et la plus parfaite des femmes; le collier de Boëhmer et du cardinal de Rohan, le scandaleux collier qui n'orna jamais le col de la victime. Ici du moins les bienséances ont été gardées. Si la reine est grande et gauche, du moins est-elle vertueuse; si le roi est empesé et parle comme un perruquier endimanché, du moins est-il honnête homme; si la pièce est médiocre, du moins il est certain que nul n'en sortira qu'avec un sentiment de vénération pour les personnages qu'elle ose singer. Cependant, c'est une malheureuse spéculation que celle qui se fonde sur de pareils ouvrages. On les appelle
1. Le Collier de la Reine, comédie historique en trois actes, par [Baudouin] d'Aubigny, Poujol et L. G..., représentée pour la première fois le 2i mars 1831.
ouvrages de circo)istances. ce n'est certes pas flatter le temps présent. Di meliora piis! Lorsqu'on contemple ces costumes bleus et roses, de velours, de soie et de dentelles; quand l'on entend des acteurs se donner gaiement, toute la soirée, des noms de martyrs; quand on cherche des ressemblances et qu'on se demande oIj sont tombées ces têtes parfumées, ce n'est pas une ritoui-nelle qu'on attend, mais le roulement d'un tombereau.