‹ CorrespondanceChapitre 12 sur 112 · Cinq-Mars venait de paraître en avril · texte numérisé non relu

Cinq-Mars venait de paraître en avril

ment, je veux faire un grand acte d'humilité en vous 1 les offrant. Les voici tels qu'ils sont venus au monde, avec toutes les souillures baptismales : leur date de naissance est leur unique mérite et ma seule excuse. Il me restait encore un de ces livres, je ne pouvais le mieux placer que dans vos mains ; j'aurais voulu y joindre Eloa, mais elle n'exisle plus, même chez moi.

Serez-vous assez bon pour dire à mon cher Victor, votre voisin S je crois, qu'il invile Monsieur de Sainte- Beuve, à l'accompagner lorsqu'il pourra passer un quart d'heure chez moi à parler de tout et de rien comme nous faisons ? J'irai vous en prier chez vous encore comme je fais ici, en vous assurant de ma haute estime.

ALFRED DE VIGNY

A PAUL FOUCIIER

Paris, 20 avril 1828.

Ma vie est bien simple, Monsieur, et si obscure que je m'étonne qu'on veuille bien s'en occuper. Voici, quoi

1. Victor Hugo logeait rue Notre-Dame-des-Champs, au n" 11 et Sainte-Beuve au n° 19.

2. Paul-Henri Foucher (1810-1875), journaliste et auteur dramatique, beau-frère de Victor Hugo. 11 avait publié, au sortir du collège, des articles biographiques ; c'est à propos de celui qu'il voulait consacrer à Vigny, que la présente lettre lui fût adressée.

qu'il en soit, les détails que vous m'avez demandés pour une biographie. Ils ressembleront à des états de service.

Resté seul enfant d'une famille de Beauce très nombreuse et anéantie par la Révolution, où périrent mes sept oncles ; amoureux (mais en vain) de la gloire et de la gloire des armes, élevé au bruit des canons et des Je Deum de Bonaparte, je n'atteignis l'âge de porter l'épée qu'en 1814 ^ c'est-à-dire lorsqu'elle était inutile. Je la pris cependant, et j'entrai au service, que je viens de quitter, las d'attendre ces guerres que j'avais rêvées dans mon enfance et qui semblent refusées à ma génération.

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