‹ CorrespondanceChapitre 14 sur 112 · A GUILLAUME PAUTHIER · texte numérisé non relu

A GUILLAUME PAUTHIER

[Paris], 17 mai [1828].

Depuis longtemps, je me propose d'aller trouver M. J. P. G... ^ dont je ne connais encore que le nom à

1. G. Pauthier, sinologue distingué, né à Besançon en 1801, mort en 1873.

2. Le peintre Jean-François-Gigoux ; il est probable que l'autographe doit porter J. F. G.

mon grand regret. Sans la maladie d'une personne qui m'est très chère, je serais allé chez lui et j'aurais demandé son adresse dans ce but-là. Puisque j'ai encore la maladresse de me laisser prévenir par lui, convenons donc que mercredi 21, de midi à quatre heures, je vous attendrai chez moi avec une grande impatience. Peutêtre alors aurai-je retrouvé cette passion de la beauté dans tous les arts qui me soutient habituellement, mais qu'aujourd'hui je sens éteinte en moi par le souvenir de ma soirée d'hier. Devant Shakespeare, Othello et Kean ', j'ai entendu bourdonner à mes oreilles le vulgaire le plus profond que jamais l'ignorance parisienne ait déchaîné dans une salle de spectacle. C'en était assez pour me faire rougir d'écrire pour de tels Gaulois.

J'ai été tenté toute la journée de reprendre mon sabre rouillé et de retomber capitaine. Venez me relever un peu mercredi et me montrer que tout n'est pas perdu pour la cause de l'intelligence.

Tout à vous.

ALFRED DE VIGNY

A DAVID [d'aNGERS]

Bellefontaine, 8 août 1828.

Comment vous remercier assez de ces deux belles

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