‹ CorrespondanceChapitre 16 sur 112 · François Victor-Hugo est né le 21 octobre · texte numérisé non relu

François Victor-Hugo est né le 21 octobre

2. Mais celles-ci n'avaient pas encore paru. L'édition originale (Paris, Ch. Gosselin, H. Bossange, in-8°) est de janvier 1829.

3. Les Etudes françaises et étrangères d'Emile Deschanips (Paris, Urbain Canel, 1828, in-S") parurent à la fin d'octobre.

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9,ttendant, une annonce pour les Eludes françaises et étrangères^, et, sous peu de jours, je vous porterai un long article auquel vous donnerez la forme qu'il vous plaira lui imposer, selon les exigences du journal, et selon ses goûts particuliers, dont j'ignore les mystères. Nous signerons cela de toutes les lettres de l'alphabet si vous le voulez, excepté des miennes ; les nouvelles preuves d'une amitié, et d'une amitié qui se fait illusion, que vous verrez dans la préface d'Emile, vous expliqueront bien mon incognito. — J'ai appris avec peine que vous aviez été bien souffrant, double raison pour moi d'aller à l'Arsenal vous dire combien j'en ai eu d'affliction, et de quel bon cœur je suis tout à vous.

ALF. DE VIGNY

A VICTOR HUGO

9 février 1829.

Je vous ai, je vous tiens depuis longtemps malgré vous, cher ami, et je ne vous quitte pas, vous me suivez

1. Le livre d'Emile Deschamps est annoncé dans la Quotidienne, du 29 octobre 1828 ; et étudié dans une longue Variété, signée J.-B.-A.-S., publiée, le 29 novembre suivant, dans le même journal. — Dans une lettre du 28 novembre, Vigny écrivait à Soulié : « J'attends votre article pour mon Emile, comme les Juifs attendent le Messie, les Français la Messiade, le théâtre des auteurs et des acteurs ».

tout le jour jusqu'à la nuit et je vous reprends le matin. Je vais de vous à vous, du haut en bas, du bas en haut, des Orientales au Condamné^, de l'Hôtel de Ville à la tour de Babel, c'est partout vous, toujours vous, toujours la couleur éclatante, toujours l'émotion profonde, toujours l'expression vraie pleinement satisfaisante, la poésie toujours. Depuis trois semaines, retenu ici par une longue maladie de ma femme et un grand chagrin, car l'autre soir chez vous, tandis que je riais, je ne savais pas qu'elle allait perdre son enfant de deux mois dans son sein : elle a souffert autant qu'une mère et ne l'est pas, hélas! Vous devinez tout ce que j'ai souffert aussi. Je voudrais pouvoir vous dire tout ce que vos belles odes m'ont donné de consolations en m'enlevant à moi-même, quel enivrement elles me causent comme tous les parfums de l'Orient réunis dans une cassolette d'or, mais je ne cesserais d'écrire. J'ai aussi une étrange idée, vous ne sauriez croire combien je voudrais savoir l'air de la chanson d'argot pour la chanter. Vous me l'apprendrez, n'est-ce pas? Adieu, embrassez-moi ; sur vos deux joues je vous embrasse aussi l'une pour l'orient, l'autre pour l'occident de votre tête qui est un monde.

ALFRED UE VIGNY

On m'a demandé des vers que notre Lamartine a répondus à votre rêve'^. Les avez- vous? envoyez-les-moi.

1. Le dernier jour d'un condanmé, Paris, Charles Gosseliii. 1829, in-12, qui venait de paraître.

2. La Retraite (Secondes Harmonies poétiques et religieuses).

CORRESPONDANCE d'aLFRED DE VIGNY. 23

A SAINTE-BEUVE

28 mars 1829.

Je suis très décidé à vous faire subir une certaine quantité de vers anglo-français, si vous voulez venir lundi soir à huit heures précises chez votre ami bien sincère. Je vous répéterai le ravissement où m'a mis la vue de mon Eloa passée comme en proverbe dans vos vers plus beaux qu'elle. Quand verrons-nous votre beau petit mort^? Il est bienheureux, celui-là; nous allons être sa postérité tout de suite, et il aura son immortalité sur-le-champ, et il peut dire tout ce qui lui passe par la tête, et on aura mille égards pour lui par humanité. Mon Dieu! la bonne chose que d'être mort de cette manière ! Que je vous en félicite, et que je m'applaudis de penser que je tiendrai gaiement un des coins du drap mortuaire de ce pauvre garçon !

Votre ami.

ALFKEU DE VIGNY,

1. a 11 s'agissait du Joseph Delorme qui allait paraître » (Note de Sainte-Beuve). — Le livre de Sainte-Beuve : Vie, Poésies et Pensées de Joseph Delorme, Paris, Delangle, 1829, in-16, est annoncé dans la Bibliographie de la France du 4 avril suivant.

24 CORRESPONDANCE d'alFRED DE VIGNY,

A SAINTE-BEUVE

3 avril 1829.

Il m'empêche d'écrire, il m'empêche de sortir et de penser à autre chose qu'à ses vers : il faut bien que je vous parle de lui. Que d'impressions douloureuses, sombres et tendres 1 Quel plaisir et quel chagrin que de le lire! Pauvre jeune homme! souffrir et ne pas croire et être poète ! Tri])le douleur et triple doute ! — Le Suicide! les Rayons jaunes! que c'est beau! Il y a là plus qu'un grand talent, une âme blessée qui se montre tout éplorée et avec laquelle on vit. Il m'arrive | à chaque instant d'être emporté par elle et d'aller jusqu'à la fin en soupirant et en gémissant de ses mau:8 sans m'apercevoir un moment qu'il y ait élégance, sublimité, génie dans les mots; et puis, à la fin, je me réveille et je recommence une seconde lecture du même poème, pour y découvrir tout cela à chaque vers ; et, une troisième fois, l'émotion me reprend, et je me sens des larmes dans la tête. Dans ce moment encore, en vous écrivant, mon ami, je suis forcé de m'interrompre pour lire la Demoiselle infoîHunée ^ — Que j'aime cela encore ! Toutes les tristesses de la vie, il les a senties

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