La Contredanse. X une deuiolselle infortunée
il en a joui pleinement avec son génie. Ce jeune homme. ce Joseph... Ah ! ma foi, bonsoir, ce masque me gêne; vos vers, votre prose, vos élégies, vos sonnets m'enchantent, me ravissent, comme André Chénier et La Fontaine, comme Young et Rabelais ; dussiez-vous vous fâcher, je vous le dis en face, mon cher Sainte-Beuve, vous êtes un poète qui ne périrez jamais; vous avez beau faire le mort, cela ne vous servira de rien. Je cesse de vous écrire pour vous relire, et si je sors aujourd'hui, ce sera avec Joseph sur moi, pour le relire en marchant. J'en aime tout, et il ne tiendra pas à moi que tous ne l'aiment.
Adieu, mon bon ami. Merci.
ALFRED DE VIGNY
A SAINTE-BEUVE
7 mai 1829.
Vous êtes le plus aimable des hommes. — Quoi ! vous avez pensé à cette misère I Vous en avez même parlé M Un autre s'en est occupé aussi, il en pense quelque chose, il en écrirai Tout cela est en vérité de bien bon augure pour ces pauvres Poèmes ressuscites
1. A propos de « quelque démarche que j'avais faite soit auprès de M. Magnin, du Globe, soit auprès de Paul Lacroix, le bibliophile, pour qu'ils parlassent des Poèmes, dont une nouvelle édition venait de paraître ». {Note de Sainte-Beuve.)
d'entre les morts. Je ferai très exactement tout ce que dit votre consigne. Je vous remercie dix fois de me la vouloir bien donner, et d'agir en ami avec un des hommes qui savent le mieux vous aimer et vous apprécier. Chargez-vous, si cela ne vous déplaît pas, de mes remerciements pour M. Lacroix qui veut bien perdre une minute de ses Soirées^ si dignes de Walter Scott. — Adieu, mon ami, si vous n'avez pas embrassé mon Victor sur les deux joues, j'irai vous chercher querelle.
ALFRED DE VIGNY
XYI
A SAINTE-BEUVE
14 juillet 1829.
Vendredi 17 ^ à sept heures et demie précises du soir, le 3Iore de Vejiise vivra et mourra par-devant vous, mon ami; si vous voulez faire asseoir l'Ombre de Joseph Delorme à ce banquet funèbre, sa place est réservée comme celle de Banquo.
1. Les Soirées de Walter Scolt à Paris, recueillies et publiées par M. P.-L. Jacob, bibliophile, membre de toutes les académies. Paris Rendue], 1829, in-8", venaient de paraître en avril.
2. Edouard Turquety a laissé uu récit de cette soirée : " Je passai la soirée de vendredi dernier chez le comte de Vigny : il m'avait fait écrire par Emile Deschamps pour m'inviter. C'était pour assister à la lecture d'une tragédie d'Othello. La soirée fui très brillante : on n'annonçait que comtes et barons : les apparte-
CORRESPONDANCE d' ALFRED DE VIGNY. 27
Ètes-vous assez bon pour vous cliarger d'inviter do ma part nos deux amis, Boulanger et Devéria, et les prier d'être d'une exactitude militaire, s'ils ne veulent revenir chez eux à quatre heures du malin ?
Tout ià vous.
ALFRED DE VI ON Y