INTRODUCTION. III
C'est à la vicomtesse du Plessis ou à Busoni, qu'il se confiait ainsi, qu'il s'oubliait jusqu'à ouvrir son âme ; par les lettres que Vigny leur adresse- nous apprenons que le grand écrivain n'a jamais cessé de travailler à des ouvrages nouveaux qui, pour notre plus grand regret et notre plus grand dommage intellectuel, n'ont jamais vu le jour. Dans maintes occasions et à différentes dates il revient sur ces écrits « qu'il amasse en silence », sur ces « caisses pleines de manuscrits », sur ces volumes qu'il a entassés dans ses vieilles tours : « Ils ne paraîtront que lorsque l'heure sonnera ».
Et, en 1860, lorsque Busoni insiste pour en avoir au moins quelques fragments, Vigny lui répond :
a Malheureusement, si j'en détachais une partie, elle ne serait pas comprise et, séparée du corps, n'aurait pas plus de sens que le torse sans tête et sans bras qui est au Louvre ».
Une seule fois, le 29 février 1848, au lendemain de la Révolution, il avait paru céder au désir de rompre le silence : « Bientôt, j'imprimerai mes pensées entières, délivré des censures d'un pouvoir ombrageux et insolent ».
Bientôt! cependant des années s'écoulèrent. Le poète passait une partie de ses nuits à écrire et, à part Les Destinées, jamais de ces « choses nouvelles » ne furent imprimées.
Survient aussi la cruelle maladie qui, durant plus de deux ans, l'accable de souffrances physiques et lui dicte ses lettres si douloureuses à lire. Nous voudrions retenir encore ce passage de l'une d'elles, passage important et que l'on pourrait considérer comme son testament intellectuel.
Le penseur s'est ému des tentatives importunes, réitérées, de tous ceux et de toutes celles qui cherchèrent à lui faire renier ses croyances philosophiques, il proteste avec sa courtoisie familière, avec sa grande bienveillance :
« Elles ne considèrent pas qu'un homme qui a écrit ce qui est publié dans mes livres a depuis longtemps construit