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Lamartine venait de perdre son père, aoûl

(]iii vous doit être encore trop cher (je sais cela par expérience), je vous dirai quelles sont celles de vos opiuions que je partage, si vous attachez aux miennes le moindre prix.

Adieu, je vous embrasse de tout mon cœur.

ALFRED DE VIGNY

Je conserve précieusement la notice^ biographique ([lie vous m'avez envoyée et qui retrace une noble vie. liriez bien Madame de Lamartine de se souvenir de

moi.

A JULES DE SAIiNT-MAUR

Mardi, 8 décembre -1840.

Lydia me charge de vous demander, mon cher Jules, si vous avez, dans votre tour de Babel "^ une fenêtre à lui donner pour le jour de la cérémonie funèbre de l'Empereur*. Comme je crois qu'il n'y a pas encore de

1. Cette notice nécrologique sur M. de Lamartine père est insérée dans la Coi-respondance de Lamartine, t. IV, p. 65.

2. Jules du Pré de Saint-Maur se faisait alors bâtir, au rondpoint des Champs-Elysées, à l'angle de l'avenue d'Antin, un hôtel qui existe encore aujourd'hui, mais considérablement transformé (Note de M. Paul Lafondj.

3 Le mardi 15 décembre.

96 CORRESPONDANCE d'ALFRED DE VIGNY.

portes et de fenêtres, on n'en verra que mieux et il sera facile de sortir et d'entrer.

Répondez-moi, je vous prie, un mot qui me fasse savoir là-dessus votre volonté souveraine. Si vous n'êtes pas en Laponie ce jour-là, vous serez sans doute vousmême dans votre forteresse nouvelle et vous en ferez les honneurs. Votre cousine se soucie peu de l'intérieur de l'église et elle croit pouvoir compter sur vous pour i l'extérieur.

Un mot, seigneur Jules, sur ce grand jour, afin que l'on puisse aviser pour elle à d'autres ressources si vous nous manquiez. Hélas ! tout cela ressemblera à une décoration d'Opéra, comme tout ce que nous faisons, et je ne serai point étonné si l'on applaudit la Garde impériale ressuscitée qui va défiler.

Bonsoir, mon ami ; rap])elez-moi à ceux de vos parents à qui je ne suis pas tout à fait indifférent, comme Monsieur votre père qui, j'espère, me conserve quelques bons sentiments.

ALFRED DE VIGNY

A VICTOR HUGO

Dimanche, 27 décembre 1840.

Je ne veux pas attendre qu'Emile* vous rende mes 1. Deschamps.

CORRESPONDANCE d'aLFRED DE VIGNY. 97

remerciements en retour de ce bel envoi qu'il m'apporle de votre part, Victor, et qui me rappelle le temps, trop éloigné, de notre amitié de première jeunesse et de nos échanges de première poésie. Je vais ranger votre livre ^ parmi les plus rares de ma bibliothèque et votre écriture, si rare aussi, parmi les clioses les plus précieuses que je possède.

ALFRED DE VIGiNY.

A MARIE DORVAL

14 février 1841.

En vérité. Madame, jusqu'à trois heures, j'ai cru pouvoir me rendre chez vous avant-hier. Voyant que je n'en avais pas le temps, je vous ai écrit à la hâte un billet très innocent que je ne me rappelle plus, mais où j'ai peine à comprendre que vous ayez trouvé la moindre ironie ; elle était loin de mes idées, très graves en ce moment. Lorsque je parlé de représentations où vous pourriez paraître, je suis accoutumé à me figurer toujours cet éclat si vrai et si sérieux qui vous accompagne partout.

1. Les Hayons et les Ombres ^Œuvres complètes de Victor Hugo Poésie, VII, Paris, Delloye, 1840, iii-S") ; ou Le retour de l'Empereur, Paris, Delloye, 1840, in-8°, qui venait de paraître.

Vous avez bien raison, en effet, lorsque l'année dernière vous avez désiré jouer deux de mes ouvragesS je ne les regardais pas comme autre chose que deux costumes de voire toilette et j'ai mis tous mes soins à ce qu'il n'y manquât rien. Vous me trouverez toujours aussi prompt à vous être utile. Mais j'ai voulu seulement en vous parlant de ma répugnance pour le théâtre, vous empêcher de compter trop immédiatement sur une pièce nouvelle de moi. Je me serais trouvé coupable si je vous avais laissée dans une fausse attente qui pouvait changer vos calculs et vos plans. Je pensais être mieux compris de vous. Je ne me souviens pas que M. Buloz m'ait dit un seul mot à votre sujet depuis bien longtemps et vous me connaissez assez pour savoir que jamais je ne parle de vous que de manière à seconder vos projets et si par hasard j'étais consulté, ce qu arrive rarement, je conseillerais tout ce qui serait dans vos intérêts.

Il serait bon seulement de me les faire connaître, car, je vous le répète, je ne sais rien de ce qui se passe à la Comédie-Française, mais personne ne désire plus que moi d'apprendre que vous vous y trouvez établie d'une façon durable et qui vous rende heureuse.

ALFRED DE VIGNY

1. Chatleiion^ repris le 9 mars 1840, et la Maréchale d'Ancre, jouée pour la première fois à la Comédie-Française le 18 juin 1840.

A PAULINE DUCHAMBGE

Vendredi, 5 novembre 18U.

C'est un aimable et bon souvenir qui vous est venu Là, mais je crois que vous avez mal compris ce que je vous disais de cette excellente femme. Pour ne pas vous étaler les résultats de ce que j'avais fait et revendiquer un bien faible mérite, je ne vous avais pas dit, l'autre jour, que le lendemain de cet articleS le Gouvernemenl rendit à Mademoiselle Sedaine la pension qu'elle tenait de l'Empereur.

La publicité a fait ce que ses dix ans de sollicitations n'avaient pu faire. C'est un des bienfaits de la liberté de la presse que je vais adorer plus que jamais et que je voudrais plus complète encore qu'elle ne l'est, puisqu'elle peut abréger les distractions décennales du pouvoir.

Ce que je vous disais l'autre jour en passant, c'est que j'aurais trouvé convenable et digne que le théâtre de l'Opéra- Comique fit de lui-même l'offre d'une certaine redevance ou d'une représentation au bénéfice de la fille d'un poète qui a donné trente-trois opéras à Feydeau. Mais elle ne voudrait pas, je pense (et n'a pas de besoins

1. De Mademoiselle Sedaine et de la propriété littéraire. Lettre à Messieu^sles Députés {Bévue des Deux fondes, 15 janvier 1841),

assez urgents pour celaj, recourir à la Caisse de secours de la Société dramatique que nous avons fondée. Elle vit en Touraine et n'y pensait pas ; c'est moi qui y songeais pour elle l'autre jour.

Tâchez de piquer d'honneur cet Opéra-Comique qui chante de tout son cœur : 0 Richard, ô mon Roi, tandis que la fille de l'auteur pourrait répondre : L'univers m'abandonne. Si l'on se souvenait quelquefois du beau nom qu'a laissé le Philosophe sans le savoir et qu'elle a l'honneur de porter !

Tout à vous, aimable et bonne amie.

ALFRED DE VIGNY

A UNE AMIE

25 novembre 18U.

... Mon amitié, sachez-le bien, vous la conserverez toujours, en tout lieu, quelque chose que vous fassiez, quels que soient vos caprices, vos voyages, vos départs, vas retours. Quand vous le voudrez, vous reprendrez avec moi ces longues et douces conversations du soir, où vous dites qu'il y a pour vous du bonheur et où vous savez combien j'en trouve toujours. Vous avez bien raison, étant si belle, de dire que vous avez résolu d'être coquette aussi longtemps que vous vous verrez admirée.

Vous savez que j'ai des systèmes d'une indulgence presque sans bornes pour des êtres aussi charmants et riussi inoffensifs que vous l'êtes. A qui avez-vous jamais fait mal dans votre vie? Tout est grâce et charme autour de vous. Soyez donc libre et restez libre; et ne prenez de jougs que ceux qui ne pèsent point et ne sauraient blesser votre beau col.

Je ne sais si vous avez trouvé de la tyrannie dans l'amitié, ce qui arrive trop souvent. Fuyez-la quand elle est humoriste. La mienne ne se reconnaît point le droit d'être maussade.

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