‹ CorrespondanceChapitre 53 sur 112 · A L F R E I» DE V 1 G N Y · texte numérisé non relu

A L F R E I» DE V 1 G N Y

LXXXYII

Paiis, mercredi, 8 mars 1848.

Il n'y a rien de plus charmant que vous dans la création, et rien de plus haïssable que moi. Il est vrai que si je suis silencieux (mon seul crime envers vous), c'est à force de tristesses et d'ennuis. Quand vous m'avez dit : « Êles-vous malade ? » je ne l'étais pas ; mais j'étais, comme cette nuit encore, garde-malade de votre bonne et toujours souffrante cousine. Elle avait une fluxion de poitrine de la plus effrayante nature. Andral, après Dieu, est celui qui l'a sauvée, dans de nombreuses consultations avec d'autres médecins, mais aujourd'hui encore elle est au lit et de nouveau souffrante. — Cette révolution de quatre heures a jeté ses premiers troubles dans notre paisible quartier ; j'ai mis Lydia à l'abri des cris et des balles, et je suis allé

seul, parlent, voir comment tombent les gouvernements qui croient à la force contre une telle nation. L'ouragan est passé, il a emporté ce trône de carton, et à présent on se regarde, on attend. L'Assemblée nationale sera la vie politique réelle ; jusque-là on est paralysé. — Vous nous en voulez donc d'avoir interrompu vos danses ? Eli quoi ! y a-t-il tant de gaîté dans mon pays natal

Comment espérer que vous quittiez toute cette cour d'adorateurs pour venir voir des débris de barricades nouvelles et un champ de bataille à peine balayé ? Si cependant j'ai ce bonheur enfin, je vous fais une prière : c'est de m'écrire un mot avant de venir chez votn cousine, et que ce billet me dise : « Je suis à Paris dans telle rue, telle maison ». Je suis jaloux, ei demande à entendre seul vos premières paroles, ma qui entends encore les dernières que vous m'avez dites chère Alexandrine.

J'espère qu'on n'a pas fait de barricades à Tours ave< les pierres de la maison de Tristan, qui m'est si chère '

Est-ce chez votre chère Elise que vous dansiez s souvent ? L'aimez-vous toujours d'amour tendre ' L'autre jour, quand vous me parliez d'elle, c'était ave( tant d'effusion ! Qui ne se figurerait un ange gardien"^ assis près de vous ?

Oui, c'était Vautre jour, c'était hier. Le temps n'existe pas pour moi. — Voilà un peu de soleil qui va venir. Vos ailes vont peut-être s'ouvrir et vous viendrez ici. Vous me trouverez tel que j'étais pour vous, ma belle cousine, à Tours, où vous m'avez montré tout ce que mon pays a de plus charmant.

r.OnUESPONDANCE D ALFRED DE VIGNY. 137

Page 1