A JULES DE SAIM'-MAUR
Mardi, 26 novembre 1850.
Je vous prie, mon cher Jules, de mécrire, dès que vous aurez reçu ma lettre, un mot qui me fasse savoir si ce jeune architecte que vous m'avez fait connaître et dont vous avez depuis longtemps éprouvé les mérites et les connaissances est à présent à l^aris.
Je crois ne pouvoir mieux trouver qu'eu lui des avis qui me seront nécessaires et je n'ai rien oublié du bien que vous m'avez dit de lui.
j J'attends de vous une prompte réponse et je ne doute pas que je ne la reçoive dans peu de jours. Gardez-vous de croire que je vous demande toute une lettre; je vous connais trop pour penser que j'en puisse recevoir une, à moins que vous n'ayez une violette à m'envoyer du Cap Nord comme vous avez fait, à mon grand plaisir, car nous avons encore la fleur et la lettre ; mais à Paris je ne sais trop si vous prenez la peine d'avoir des plumes.
Peut-être, êtes-vous en Algérie; alors je vous prie encore, Sidi Saint-Maur, de me répondre d'Oran ou bien d'en charger notre chère et gracieuse cousine qui, j'en suis sûr, est votre secrétaire perpétuel pour bien des correspondances.
J'honore le silence, vous le savez, mais je vous prie, n'en abusez pas avec moi, en cette circonstance qui n'est pas sans importance pour moi. Sitôt que vous m'aurez envoyé le nom que je craindrais de ne pas écrire correctement, et l'adresse de ce jeune architecte, je lui écrirai directement, où il sera, pour l'alFaire qui m'occupe.
Lydia se trouve si bien de l'air doux et pur de ce pays que je ne puis la ramener encore à Paris. Elle me charge de mille gracieuses choses pour vous et sa cousine.
Adieu, cher ami, tout à vous, quand même vous auriez été un peu oublieux, ce que vous ne serez plus, j'en suis sûr, car il y a bien des choses que vous avez à me dire,
n'est-ce pas? ne fût-ce que des nouvelles d'Edouard qui était assez soulîrant à notre départ.
Adieu, encore, répondez et répondez bien vite à votre cousin.
ALFRED DE VIGNY
Au Maine-Giraud, Blanzac (Charente).