A GUILLAUME PAUTHIER
3 février 1862.
Vous avez laissé chez moi quelques lignes bien amicales et qui m'ont vivement touché, mon cher ami ;
1. Par suite de la mort de Scribe et de Lacordaire deux fauteuils se trouvaient vacants en 1861. Baudelaire dans une tentative, qu'il se plaît à qualifier de <r paradoxale », se porta candidat d'abord au fauteuil de Scribe, puis à celui de Lacordaire. Mais il devait retirer sa candidature sur les conseils de Sainte-Beuve et de Vigny qui lui avaient témoigné estime et sympathie. L'iiistoire de cet épisode académique se trouve raconté au long par E. Charavay dans son livre : A. de Vigny et Charles Baudelaire, candidats à l'Académie Française.
oui, assurément, j'accepte vos ofîres de dévouement, et elles ne m'étonnent pas, connaissant comme je le fais et depuis de longues années votre excellent cœur et votre ferme caractère. Je souffre beaucoup de cette gastralgie et des drogues surtout de nos seigneurs les médecins. L'empoisonnement me paraît assez à la mode. Mais, jusqu'ici, il n'a réussi ni à me tuer, ni à me guérir. Je crois que si j'étais à Pékin, je recevrais de meilleurs secours des mandarins.
Un jour, vers quatre heures après-midi (samedi prochain, 8 janvier ^, par exemple), venez, et venez seul me voir. Debout ou couché, je vous recevrai en ancien et sûr camarade, en compagnon d'armes, en fidèle ami surtout. Votre conversation me tirera du spleen qui commence à me gagner. Plus de lundi. Je n'en ai pas la force et ne peux rester debout.
Je ne serai pas à l'élection du 6 '. On saura bien faire un escamotage effronté que ma présence et ma voix n'empêcheraient pas. Je regrette moins ma réclusion par cette considération trop certaine et déplorable.
Votre jeune neveu ^ m'écrit en prose et en vers pour me prier de regarder comme erreurs d'imprimerie les fautes de son volume que je n'ai pas, qu'il ne m'a point