‹ CorrespondanceChapitre 99 sur 112 · La fille de Madame de Saint-Maur · texte numérisé non relu

La fille de Madame de Saint-Maur

élégie d'André Chénier, une méditation de Lamartine. Et venez un soir prendre des glaces avec moi, avec elle et Jules, s'il n'est pas à Oran ce jour-là. Je l'écoulerai et après elle je relirai ce qu'elle aura lu.

Il n'y a (à ma connaissance) que six personnes en France qui sachent lire convenablement la poésie. Si vous voulez, elle pourra aspirer à être la septième. Avec ce talent de diction que tout le monde devrait avoir dans une nation moins mal élevée que la nôtre, la prose la plus éloquente serait toujours bien lue par elle et, sachant en faire sentir les beautés, elle en saurait jouir elle-même profondément et un bon goût juste et fin se formerait dans son esprit.

Rien n'est plus rare que ce que je vous conseille de lui faire acquérir ainsi. Les institutrices et les maîtres et professeurs n'y entendent rien, et il est rare qu'ils parlent français, quand on les examine attentivement. Le public des salons ne s'en aperçoit seulement pas.

Les deux plus beaux volumes de l'Anthologie française* sont ceux que vous n'avez pas lus encore. Si vous sortez dans la journée de deux heures à six heures, voulez-vous me donner un instant ici ?

J'ai beaucoup souffert cette nuit de mes cruelles insomnies et hier, dans le jour, du mal que j'éprouve encore en essayant de marcher.

En faisant ouvrir mes fenêtres au soleil, je vous parle un peu pour me figurer que je ne suis pas seul.

ALFRED DE VIGNY

1. Les Poètes français, d'Eugène Crépet, voir ci-dessus, p. .363.

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