‹ CorrespondanceChapitre 102 sur 223 · En 1863, dans son étude sur M. Octave Feuillet [Nouveaux · texte numérisé non relu

En 1863, dans son étude sur M. Octave Feuillet [Nouveaux

trouver, c'est que ma santé me dispose souvent à remettre ce que j'aimerais le plus faire. 11 faudrait toute une dissertation pour traiter avec vous les questions que soulève ce roman d'art et de st;yle. U y a des études doublement savantes dans votre tableau : celle du pays et des mœurs, celle du langage. Sur ce dernier point, vous avez pris, en

Lundis^ t. V), Sainte-Beuve, faisant tout en tête une revue rapide et sommaire des principaux romanciers du jour, parlait « des consciencieuses et fermes études de M. Ferdinand Fabre, un fort élève de Balzac, sur les curés de village dans le Midi, — Il s'agissait surtout ici des Courbezon, qui étaient encore, à cette date, l'œuvre la plus renommée de l'auteur. Quelques années après, réimprimant dans les Nouveaux Lundis^ t. IX, son Discours sur les prix de vertu, prononcé en 1865, Sainte-Beuve a eu l'occasion de tirer du roman de M. F. Fabre un rapprochement piquant et bien naturel. 11 lui était échappé de rappeler, dans son discours, à propos du respectable et charitable curé de Laviron, M. l'abbé Brandelet, un autre « bon vicaire de charitable et immortelle mémoire, » — le Vicaire de Wakeficld : — « .J ai été un peu grondé, a ajouté depuis Sainte-Beuve dans une note, j'ai été un peu grondé par quelques organes de la presse catholique pour cette réminiscence du vicaire de Waketield; que serait-ce si je m'étais laissé aller à un souvenir littéraire beaucoup plus voisin et si j'avais fait quelque allusion à un personnage d'un des meilleurs romans modernes, Tabbé Courbezon, que l'auteur, M. Ferdinand Fabre, semble avoir étudié d'après nature? L'abbé Courbezon a également la passion, — mais qu il pousse jusqu'à la manie, — des fondations, des constructions; ce faible l'entraîne beaucoup trop loin : avec un cœur d'or il lui arrive de commettre de sublimes, mais aussi d'irréparables imprudences. C'est précisément là le sujet du roman de M. F. Fabre. .1 aurais cru manquer de goût et de mesure en me permettant la moindre allusion publique à un livre dont le personnage-type n'est point suffisamment connu, et n'est pas apprécié comme il pourrait l'être; mais il n'est aucun des lecteurs du roman auquel ne soit venu en idée, en m'entendant célébrer le bon curé de Laviron, cet autre curé si touchant et si respectable, honneur et douleur de la famille des Courbezon; et je suis bien sur de ne point manquer au respect que j'ai pour mon sujet, en glissant ici cette note qui satisfera les littérateurs et que comprendront les moralistes. »

DE C.-A. î^AINTE-HKUVE. 213

quelque sorte, le taureau ou du moins le bouc par les cornes :• en soutenant la gageure pendant un aussi long temps, vous avez fait un tour de force. Mais, selon moi, ce n'est qu'un tour de force. J'aurais mieux aimé que cet essai de langage rustique composite, à la manière de George Sand ou de Paul-Louis Courier, ne régnât point durant toute l'étendue du livre. Si vous aviez pris la parole vous-même, si de temps en temps seulement vous aviez introduit vos personnages avec le langage observé et studieusement naïf que vous leur prêtez, vous auriez sauvé quelques invraisemblances, quelques incompatibilités, et donné, ce me semble, plus de satisfaction au lecteur. Il y a un peu de contention à vous suivre, tout en goûtant de charmants passages. Je ne vous donne point ces impressions rapides pour un jugement. Il faudrait aussi écouter vos raisons, car vous en avez eu; et, dans tous les cas, vous avez fait dans cette œuvre acte d'artiste.

Veuillez agréer, cher monsieur, l'assurance de ma haute estime.

CDLVI.

A M. DANTON

Ce 27 septembre 1867.

Cher monsieur,

Je viens vous remercier bien vivement pour la part importante que vous avez prise à cette nomination de l'ex-élève de l'École, M. Lallier, à une classe de seconde ;i Sens. Tout est ici concilié, et mieux que concilié: l'indulgence vient en surcroît à la justice.

Je reçois bien souvent des demandes pour recommander

îi vor-i'o bienveillance certains noms: môme en y mettant toute bonne volonté, je crains d'être importun à votre égard. Aiijourd'liui, au milieu de mon remercîment, permettezmoi de vous rappeler le nom d'un professeur d'histoire, l'un de mes anciens élèves à l'École, M. Ludovic Drapeyron, qui aspirerait à être rappelé de Besançon à Paris. Il me paraît avoir du mérite.

Veuillez agréer, cher monsieur, avec l'expression de ma gratitude, celle de mes sentiments dévoués.

CDLVII.

A M. R. CHANTELAUZE

30 septembre 1867.

Cher monsieur et ami,

Je vous renvoie les précieuses lettres ci-jointes. Enfin, tout est tiré et au brochage. Je pense que, dans une quinzaine, vous recevrez votre exemplaire. J'espère que nos critiques tiendront grand compte de votre Appendice et que "même ceux dits cléricaux ne vous sauront pas tro.p mauvais gré de l'association. Mais vous serez de toute part sommé de hâter votre publication de la correspondance Retz-Charrier.

Veuillez agréer mille bonnes amitiés.

DE C.-A. SAINTE-BEUVE

CDLYIII.

Ce 8 octobre 1867.

Cher monsieur et ami,

Voici enfin cet ouvrage que j'ai le plaisir de vous envoyer. Je n'en ai que d'hier au soir. Il y a toujours une chose que j'ai oublié de vous demander.

11 s'est fait à Lyon un petit travail sur Rabelais, ou du moins un travail dans lequel il a été dit que Rabelais, médecin, avait quitté la ville dans une épidémie et s'en était allé à Tournon ou ailleurs, ce qui l'aurait fait rayer de la Faculté. J'aimerais bien à savoir dans quel journal ou dans quel recueil scientifique ou académique cette petite découverte a été consignée : ceci ferait le pendant de Montaigne quittant Bordeaux, où il était maire, et n'y revenant pas à cause de la peste. On peut être de grands écrivains sans être des héros 1.

1. Le motif, pour lequel Rabelais avait abandonné son poste de médecin à l'Hôtel-Dieii de Lyon, est resté inconnu. Les procèsverbaux des délibérations prises au sujet de sa radiation ne font aucune mention de la peste ou d une épidémie quelconque, devant laquelle le célèbre conteur aurait lui. On no peut qu'attribuer à son humeur vagabonde la raison de son départ, et Sainte-lieuve, mieux informé par la réponse de M. Ciiantidauze, avait préparé la note suivante pour ajouter à 5>es articles sur Rabelais, en cas de réimpression : « 11 faut voir, dans le journal le Salut public de Lyon, la série d'articles sur Rabelais qu'y a donnés M. Philibert Soupé les IJ , 28 octobre ; 7, 20 novembnj ; G décembre 1858 ;

Veuillez agréer l'assurance de mes sentiments bien dévoués.

P.-S. — Je mets sur la feuille vis-à-vis une dédicace pour Port-Royal.

CDLIX.

A M, JOSEPH HORNUNG.

Ce 12 octobre 1867.

Je veux cependant vous remercier, cher monsieur, de cette lettre si instructive J'avais communiqué la précédente à M. Sauvestre 2, qui ne me l'a pas encore renvoyée. Ce sont documents précieux que ces comptes rendus

6, 15, 25 janvier et 1" février 1859. Rabelais, comme on le sait, lut médecin à l'Hôtel-Dieu de Lyon. Il paraît qu'il y entra en novembre 1532. Il était assez peu assidu. Il s'absenta plus d'une fois, notamment en janvier 1535, et sans en avoir demandé la permission aux conseillers de la ville de Lyon, directeurs de l'hôpital. On sut bientôt qu'il était à Grenoble, se disposant à partir pour l'Italie. Sa place était sollicitée comme vacante. Après quelques réunions du Conseil municipal qui y mit des lenteurs et des procédés, on pourvut à son remplacement. (On a retrouvé les procès- verbaux.) »

1. Au sujet de, cet orageux congrès de la paix, tenu à Genève en septembre 1867, et où l'on avait entendu la voix éloquente et passionnée de Garibaldi.

2. M. Charles Sauvestre, l'auteur des Congrégations religieuses dévoilées^ etc,

DE C.-A. SAINTE-BEUVE

sincères. Vous m'avez fait assister à ces scènes de Genève : il est bien difficile que beaucoup d'hommes soient assemblés, surtout d'une manière un peu tumultuaire, sans que toutes les folies sortent : et ce sont elles qui font le plus de bruit et qui étouffent la majeure partie des choses raisonnables qui auront pourtant leur lendemain. Mais le monde, tout en marchant et en avançant, ne va que d'accrocs en accrocs. Celui même dont les idées triompheront aurait peine à les reconnaître tout d'abord, tant elles arriveront, si je puis dire, l'habit déchiré. Ayons cependant confiance et tenons bon chacun sur la ligne où nous sommes en sentinelle et avec la certitude que, sur ce point-là, nous avons raison. Tout se retrouvera en fin de compte dans le résultat général à distance. J'aime du moins à l'espérer.

Veuillez agréer, cher monsieur, l'assurance de mes sentiments de haute estime et de dévouement.

CDLX.

A M. R. CHANTELAUZE

Ce 1 3 octobre 1867.

Vous êtes mille fois bon, cher monsieur et ami, de me servir à souhait et comme par enchantement pour tout ce détail sur Rabelais. Je crois, en effet, qu'il ne faut rien exagérer. Il n'est rien tel que de voir les pièces et de les lire à l'œil net et sans lunettes, sans verres de couleur. —Vous

serez très-pressé au sujet de Retz ; il n'y a pas de mal à cela. Tous ces aiguillons qui impatientent font en définitive qu'on accouche un peu plus tôt. — Je me suis remis à mon train d'articles et de réimpressions pour de menus ouvrages : tout est délivrance après ce gros paquet de Port- Royal. — Je ne vais ni pis ni mieux, trop heureux d'avoir des heures du matin où je puis vaquer à la pensée. A vous de tout cœur.

CDLXI.

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