A M. DAMAS-HINARD
Ce 22 octobre 1867.
Vous m'excuserez d'une importunité : il s'agit d'une vraie bonne action. Je ne sais si vous lisez les romans contemporains, vous que les poëmes du Cid revendiquent et occupent si bien ; mais, parmi ces romanciers du temps, il en était un, Charles Barbara, sombre, sincèrement triste, consciencieusement dramatique, qui avait marqué sa place par quelques eaux fortes effrayantes : je ne vous signalerai que l'Assassinat du pont Bouge. Eh bien , après des années d'obscurité, de lutte, de vie dure, âpre et honnête, il est mort dans la maison de santé du docteur Dubois. Il a laissé un enfant qui a aujourd'hui un peu plus de quatre ans. Le frère de Barbara, M. Gabriel Barbara, qui habite Besançon (rue Saint-Jean, 3), vient d'adresser une pétition
DE C.-A. SAINTE-BEUVE
à la très-gracieuse Majesté dont vous êtes le secrétaire; il y dit que, s'étant chargé, depuis un an qu'est mort Barbara, de ce petit neveu , il sent que ses ressources ne suffisent pas k l'élever comme il faudrait, et il réclame pour ce jeune enfant la faveur de l'Orphelinat du prince impérial. Ce sont d'honnêtes gens. — Oh! s'il y avait moyen qu'un sourire d'en haut vînt éclairer la destinée de cet enfant, né et conçu dans les tristesses et les sombreurs paternelles! A vous qui savez le prix des mots, je n'emploie que celui qui est juste.
Veuillez agréer, cher monsieur, l'assurance de mes sentiments dévoués.
CDLXII.