‹ CorrespondanceChapitre 113 sur 223 · A M. LOUIS COMBES · texte numérisé non relu

A M. LOUIS COMBES

Ce i7 novembre 1867.

Cher monsieur,

C'était bien le moins que cette petite querelle * finît ainsi Je crois que Louis XVI avait tout simplement un phimosis et que, par bêtise et gaucherie, il laissait ce sourd obstacle s'éterniser. — Je désirerais que le Fort-Roijal trouvât accès par un point dans votre esprit historique. La méthode du commencement — d'un volume et demi environ — est un peu trop littéraire; il y a un peu trop de digressions, je le sens : cela tient à l'origine du livre, qui était un cours et où l'on était obligé d'intéresser des auditeurs par quelque variété. Mais, en avançant, vous trouverez réponse à toutes vos questions, et mes personnages vous agréeront au moins par le caractère, par leur admirable constance dans une persécution odieuse. Ils avaient le courage civil sous forme i chrétienne. C'est à nous de leur dégager cet éloge à la moderne. On a dû envoyer aussi l'ouvrage de ma part à Frédéric Morin, esprit sévère, dogmatique, élevé, qui était fait pour des époques moins dissolues que les nôtres. Je l'ai toujours

1. On peut voir les éléments de cette querelle, à propos d'une prétendue inflrmité de Louis XVI, dans une note sur M. Louis Combes, à qui Sainte-Beuve, mieux informé, rend toute justice. [Nouveaux Lundis, t. IX, article du 13 février 1865 sur Marie- Théi'èse et Marie- Antoinette : la note est la troisième de l'article '

DE C.-A. SAINTE-BEUVE

trouvé contraire : je ne voudrais cette fois que conquérir son estime. Que ce soit lui ou vous qui écriviez quelques lignes, je serai payé de ma peine, puisque je serai traité sérieusement.

Veuillez agréer l'assurance de mes sentiments sympathiques.

CDLXXIII.

A M. JULES CLARETIE

Ce 18 novembre 1867.

Je vous dois des comptes, puisque vous m'avez bien voulu faire un appel si amical ad hominem. Eh bien, non, je ne parlerai pas de Jacquemont et je laisserai ce soin à Lavoix ou à tout autre qui s'en tirera fort pertinemment. Pour moi, j'ai un léger pli : la première fois (et la seule à vrai dire) que j'ai vu Victor Jacquemont, c'était dans mon pays quand j'étais petit écolier à Boulogne. J'ai dîné avec les deux frères chez un de leurs cousins germains, mon camarade d'enfance. J'ai bien présente encore toute cette conversation où les jeunes Parisiens s'en donnèrent. Il y avait un mot qui faisait la scie à la mode en 1817 : ce mot revenait à chaque phrase. Depuis, en suivant ce jeune et libre esprit, j'ai pu d'ailleurs me convaincre qu'il avait un certain genre, une forme d'ironie et de moquerie à laquelle étaient sujets ceux qui avaient été mordus par Beyle. Il faudrait, pour être vrai, insister sur ce travers que M, Thiers, qui en était si loin, savait très-bien signa-

CORRESPOxNDANCE

1er dans le temps, et que partageaient d'autres encore que Jacquemont. Je ne nie pas, au reste, que ce défaut ou cette qualité n'ait donné à son esprit une trempe toute particulière. Farcy a eu du rapport avec lui par la destinée qui l'a enlevé à peu près au même âge; il avait de la hauteur d'âme, mais rien de ce travers que je signale dans la formation de Jacquemont. Tout cela se serait sans doute effacé et oublié, si les grands travaux avaient continué; si le talent et la force avaient eu tout leur emploi. La lecture de Jacquemont n'en est pas moins une des plus agréables qu'on puisse faire. Je vois qu'on le compare à Henri Heine, pour les lettres de celui-ci. Je crois qu'il aurait bondi s'il s'était vu accoler à un homme de ce caractère. Mais la postérité est une grande indifférente qui prend son bien et son plaisir partout où elle le trouve, qui cueille çà et là à son gré sur les différents esprits, et qui n'a guère de compte à rendre à personne, puisque les témoins qui sont à même de raisonner et de chicaner sur les caractères s'en vont chaque jour.

CDLXXIV.

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