‹ CorrespondanceChapitre 114 sur 223 · A M. DUSSIEUX · texte numérisé non relu

A M. DUSSIEUX

Ce 20 novembre 1867.

Cher monsieur, Ce qui se passe chez nous est inouï. Le gouvernement prussien, par son historiographe Preuss, publie une édition monumentale des Œuvres du grand Frédéric, ses histoires,

DE C.-A, SAINTE-BEUVE

sa correspondance, etc., etc. Un autre tirage non nionumental est en vente depuis plus de vingt ans à Berlin chez Decker, Là-dessus, on publie en France, comme si de rien n'était, les anciens Mémoires tronqués de Frédéric, en les donnant frauduleusement comme conformes au texte de l'édition de Berlin, et nous gobons cela !

Pour connaître Frédéric, il faut l'édition Decker tout entière. Vous trouverez à la date, dans VHistoire de la guerre de Sept ans^ la phrase et le fait que j'en ai extraits K

Ce que je voudrais bien, c'est que, dans cette École militaire française, Frédéric le Grand fût apprécié comme il doit l'être. Prenez toutes ses admirables correspondances privées qui font partie de l'édition Preuss : comparez avec les lettres de Napoléon, aucune d'elles n'y perd, mais Frédéric s'y dessine comme le roi bon, humain, éclairé, se moquant

1. Voici la phrase et le fait dont il sagit, cités par Sainte- Beuve dans son dernier article sur le comte de Clermont [Nouveaux Lundis, t. XI) : « Frédéric, le royal historien, trop peu apprécié chez nous, raconte qu'au moment le plus critique de ses affaires, après Kloster-Zeven et avant Rosbach, obligé d'avoir recours à tout, d'employer la ruse et la négociation, il envoya à Richelieu un colonel Balbi déguisé en bailli. Ce colonel connaissait le duc pour avoir fait quelque campagne en Flandre avec lui. Balbi essaya de lui insinuer des propositions pour ramener la cour de Versailles à des sentiments plus pacifiques et moins autrichiens, et, voyant que le maréchal ne se croyait pas assez d'influence à Versailles pour s'y faire négociateur, il se rabattit à lui demander qu'il voulût au moins avoir quelque ménagement pour les provinces du roi où il faisait la guerre. « En même » temps, ajoute Frédéric, on régla avec lui les contributions; et il » n'est pas douteux que les sommes qui passèrent entre les mains » du maréchal ne ralentirent dans la suite considérablement son » ardeur militaire. » — « Vérifiez, si vous voulez (met ici Sainte- Beuve en note) sur l'édition Decker de Berlin, la seule authentique. — Ne pas se fier aux éditions françaises, qui se disent exactes et fidèles, mais qui en imposent. »

un peu des hommes, mais leur faisant le moins de mal possible et leur laissant après lui le plus de bien durable. Ses œuvres authentiques doivent être le second des ouvrages essentiels dans la bibliothèque de Saint-Cyr, Tout à vous.

CDLXXY.

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