A M. PAUL MEYER
Ce 20 novembre 1867.
Monsieur,
Vous me faites un très-précieux cadeau par la réunion de ces ouvrages et opuscules, et vous répondez à l'un des vœux de mon esprit qui est de lire autant que possible tout ce que vous écrivez et d'en faire mon profit. C'est ce que je fais journellement dans la Revue critique^ et j'y apprécie chaque fois cette rectitude pénétrante qui ne laisse rien passer et à qui rien n'échappe. Je le disais l'autre jour à M. Gaston Paris: « Il n'est pas d'auteur consciencieux et ami du vrai, qui ne vous désirât pour lecteur, pour censeur presque nécessaire; mais ce n'est pas sans une sorte de crainte qu'on passe sous vos yeux après l'impression ; on aimerait que ce fût avant, afin de n'avoir pas trop à rougir de certaines fautes. » Acquérir l'estime et mériter les critiques motivées d'un esprit aussi exact et aussi bien armé que le vôtre, est une ambition qu'on ne peut s'empêcher de concevoir, bien qu'elle ait
DE C.-A. SAINTE-BEUVE
son péril : mais la pierre de touche est certainement en vos mains. Vous me permettrez de vous offrir le moins imparfait de mes écrits, celui du moins auquel j'ai pu apporter le plus de soins réitérés et d'attention, mon livre de Port- Royal. J'espère que vous y verrez la trace des efforts et des instincts d'un esprit ennemi du vague et du faux, et qui, lorsqu'il le peut, cherche à serrer de près les choses. Mais la méthode nous est venue tard, si toutefois elle nous est venue.
Veuillez agréer, monsieur, l'assurance de ma haute estime et de mon dévouement.
CDLXXVI.