A M. CHAUTARD, MAIRE DE VENDOME
Ce 1-1 décembre 1867.
Monsieur ,
Je serais impardonnable d'avoir tant tardé à vous répondre, si l'état de ma santé qui n'est jamais bon, [mais
DE C.-A. SAINTE-BEUVE
qui est plus mauvais depuis quelques jours, n'était mon excuse. Ce même état de santé m'interdit absolument d'accepter toute part active dans un comité d'honneur ou de patronage. Veuillez remercier messieurs vos collègues et leur dire mes trop tristes raisons d'inutilité et d'abstention.
Le nom de Ronsard réveille d'ailleurs bien puissamment mes premiers souvenirs, mes premières amours littéraires. Ma pensée sincère est que, pour les poètes, un buste est souvent préférable à une statue. La statue est le fait des hommes de guerre, des hommes d'action, des hommes de dehors qui sont en vue volontiers de pied en cap, depuis le casque jusqu'aux éperons. Quand je pense au poète, c'est surtout sa tête et son front que j'interroge et il me suffirait d'en avoir une noble et fidèle image dans le jour calme de quelque bibliothèque publique, au milieu des livres et des objets d'étude qui sont l'encadrement le plus naturel d'une telle figure. Mais, puisqu'on est dans le siècle des statues et que le moindre traîneur de sabre a la sienne, va donc pour une statue aussi, — ne fut-ce que pour montrer qu'on n'est pas moindre; — que le poète vendômois se dresse donc de toute sa hauteur. Mais je ne pourrai, monsieur, figurer dans le cortège que comme un humble souscripteur.
Madame Blanchecotte m'a parlé de vous, monsieur, et des titres particuliers que vous apportez à cette œuvre de piété poétique. — Je ferai remettre ma souscription à M. Thillier, principal clerc de notaire que j'ai le plaisir de connaître et qui est, je crois, le fils d'un de messieurs vos collègues.
CDLXXXIII.
A M. R. CHANTELAUZE
Ce n décembre 1867.
Cher monsieur et ami,
L'état de ma santé qui n'a jamais été plus douloureux abrège nécessairement ce que je voudrais dire. J'ai reçu donc et j'ai lu, à travers mes misères, cette pincée exquise d'autographes.
Je fais rechercher tout un dossier Camille Jordan se rapportant aux années de la Révolution; car on a négligé de recueillir ce qui eût été le plus intérassant.
Mais savez-vous que ce ne pourra être un lundi que cet article, et surtout un lundi au Moniteur? Le chef de la race y apparaîtrait sous un trop triste jour; mais nous en ferons un petit épisode à part, et, une fois fait, il se trouvera bien moyen de le placer.
Je ne vous en dis pas plus aujourd'hui; mais vous réitère, cher monsieur et ami, tous mes sentiments de dévouement.
CDLXXXIV.
A M. CAMILLE DOUCET
Ce 13 décembre 1867.
Cher confrère,
Je souffre, depuis dix jours et plus, ce qui ne se saurait dire. Les médecins prétendent que c'est dans la règle,
DE C.-A. SAINTE-BEUVE
mais il faut faire son devoir jusqu'à la fin. Je viens donc rappeler à vos bontés le pauvre quinze-vingt La Halle, qui a le tort de vivre encore cet hiver et qui a été oublié je ne sais comment dans les petites gratifications que Robelin avait jusqu'ici négociées pour lui. C'est donc à vous qu'il recourt comme à sa Providence. Vous ne lui manquerez pas. Tout à vous, cher confrère.
P.-S. — J'ai à peine le temps et la force de vous remercier de vos bontés pour mon petit monde. Je ne sais, moi, quand je serai en état de causer.
Mes respectueux hommages à madame Doucet.
GDLXXXV .