‹ CorrespondanceChapitre 124 sur 223 · A MADEMOISELLE COURIARD, DE GENÈVE · texte numérisé non relu

A MADEMOISELLE COURIARD, DE GENÈVE

Ce 24 janvier 1868.

Chère mademoiselle,

J'ai été heureux de votre souvenir. Le mien va quelquefois vous chercher un peu au hasard. Je vois que vous êtes toujours fidèle à votre Léman. Êtes-vous à la même campagne au bord du lac ? J'ai reçu votre volume et je

DE C.-A. SAINTE-BEUVE

vous en remercie. Mais laissez-moi vous dire : pourquoi donc me prêchez-vous? qu'ai-je fait pour cela? Et laissez-moi vous soumettre une singularité qui me frappe.

J'ai à Boulogne-sur-Mer une cousine, une vieille cousine de beaucoup d'esprit, qui s'était mise, il y a deux ans, à rentrer avec moi en commerce de lettres, renouant ainsi avec mes souvenirs d'enfance. Et puis, tout d'un coup, un jour, elle m'a proposé de me recommander aux prières de tout un couvent, dont la supérieure, disait-elle, était une de nos parentes. En un mot, elle a fait preuve à mon égard du zèle catholique et monastique le plus intempestif et le plus déplacé. Je le lui ai dit.

Or, comment se fait-il aujourd'hui qu'il m'arrive de Genève, et d'un côté non catholique, la même insinuation, la même tentative de prédication? 11 y a de quoi faire réfléchir un philosophe.

Je sais bien la différence : vos vœux sont d'une âme tout individuelle, et il n'y a pas de communauté derrière. Mais, enfin, je vous aime mieux sans cette complication qui me paraît une chose un peu acquise et qui ne se produisait pas aussi à nu dans nos précédentes relations. Soyez vousmême, telle que je vous ai connue, avec ce sentiment religieux qui convient à votre nature, mais qui peut-être ne convient pas à toutes au même degré. Je ne voudrais rien diminuer chez ceux qui croient ; mais pourquoi cette ingérence, — tant de ma cousine de Boulogne-sur-Mer ultracatholique et ultramontaine, — que de ma douce et intérieure amie, calviniste ou pauliste, de Genève? Yoilà ma vengeance, elle est dans ce rapprochement.

A vous bien respectueusement.

CDXCIII.

A M. R. CHANTELAUZ E.

Ce 24 janvier 1868.

Cher monsieur et ami,

J'ai reçu avec bien du plaisir la brochure sur le baron de Staël, et me voilà tranquille aujourd'hui sur la taille de Camille Jordan. C'est qu'en fait de taille on n'est pas Thiers ou Beugnot impunément. Je vous remercie de tout et je suis maintenant en mesure; je ne demanderai rien de plus à M. de Gérando, car il y a de petites réserves de la part même de madame de Staël sur le père, brave et excellent philanthrope que j'ai d'ailleurs connu...

Je ne vous dis rien de ma santé, allant mieux réelle* ment; mais veuillez songer que ce mieux et cette convalescence ne sont que relatifs, j'en reste toujours à ma précédente et pénible infirmité. Ce n'est que la complication qui est en convalescence. — J'ai reçu un témoignage d'intérêt auquel j'ai été bien sensible de la part de votre spirituélle amie, madame Roger Des Genettes.

Travaillez ferme, cher monsieur et ami, tandis que Milierve vous sourit, et agréez ^assurance bien sincère de mes sentiments dévoués.

CDXCIV.

Ce 4 février 1868.

Cher monsieur et ami,

J'ai commencé à me mettre au travail. C'est, à vrai dire, Camille Jordan que j'étudie; madame de Staël ne vient qu'après... Je ne crois pas qu'il faille chercher sa trace dans aucun livre de madame de Staël. Madame Récamier m'a autrefois conté les éléments d'Oswald. M. de Barante y est pour quelque chose. Elle ne m'a jamais nommé Camille... Le tout n'en est pas moins infiniment curieux, et je vous le dois.

A propos, il était de taille plutôt élevée que moyenne. Voyez l'incertitude des souvenirs !

Amitiés de tout coeur.

P.-S. — Non guéri, mais je suis mieux, peut-être aussi bien que je serai jamais.

CDXCV.

AU MÊME

Ce 6 février 1868.

Cher monsieur et ami.

Je vois qu'il est fort parlé, dans les Notices et dans les Lettres, des Essais de Camille sur Klopstock. Ils ont été lus

à l'Académie de Lyon en 1809 ou 1810. Ils n'ont jamais été recueillis. Ne seraient-ils pas, en tout ou en partie, dans les Mémoires de cette Académie? En tout cas, il en doit être fait mention dans les procès-verbaux des séances.

Voilà encore une indication et un service que je viens réclamer de votre inépuisable obligeance. On n'a pas ici ces Mémoires de l'Académie de Lyon au complet.

A vous de tout cœur.

P. -S. — ^.Les gros livres vont lentement: j'ignore à quand un second tirage.

CDXGYl.

AU MÊME

Ce 10 février 1868.

Mon cher ami,

Je reçois vos excellentes communications, mais n'en faites pas trop : vous êtes trop bon. J'ai moi-même l'analyse de cette Étude sur Klopstock. Ce que vous médites des .travaux de Camille en 1810 m'est utile. Vous pourriez me dire encore s'il n'a rien lu, cette année-là, à la séance publique qui avait lieu, je crois... à quelle date du mois de mai ? Votre extrait me donne un aperçu des séances du 27 mars, 3 avril, 17 avril et 15 mai. 11 semble qu'il y ait eu une séance publique dans l'intervalle du 17 avril au 15 mai.

Tout cela n'a qu'un but, éclaircir un passage de lettre

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de madame de Staël; mais je ne dois pas trop m'étendre, et, Camille une fois dessiné en pied, c'est à sa correspondante que je dois laisser la parole, me bornant au rôle d'encadreur. Mille et mille gratitudes encore et amitiés.

CDXCVII.

AU MÊME

Ce 14 février 1868.

Vous m'envoyez de vrais trésors dont je profiterai seulement quand je réimprimerai en volume et par d'utiles appendices. Le grand article qui tire à sa fin doit être plus allégé.

Le Moniteur étant impossible à cause de la tendance antinapoléonienne inévitable; — le Journal des Savants étant trop savant et trop éloigné des échos un peu trop vifs et trop voisins, j'ai dû penser à la Revue des Deux Mondes...

Vous m'avez déjà dit et je voudrais que vous me redissiez ce qu'était le frère de Camille Jordan, à qui tout le monde fait des compliments et qu'on cite comme plein d'obligeance. N'était-il pas banquier? Vous voyez que j'en suis venu, de question en question^ aux infiniment petits.

Travaillez ferme. J'ai trop remis à vous dire que je connais M. Faugère et que je ne doute pas qu'il ne soit moins dragon que le sanglier X. . .

Mille amitiés.

P. -S.— Tous mes remercîments et compliments à Soulary.

CDXGVIII.

AU MÊME

Ce iU février -1868.

Cher ami,

En relisant de plus près la lettre de madame Récamier, je m'aperçois qu'au lieu de Resonat^ il faut lire Revouai, lequel nom n'est autre chose que celui du peintre Revoit mal écrit. Ainsi rayez vite ce point de la recherche que je vous ai imposée. J'use et abuse bien assez de vous.

Tout à vous.

En toute hâte.

CDXGIX.

AU MÊME

Ce 17 février 1308-

Merci, mon cher ami, pour tout ce surcroît de peines et de soins... — J'ai terminé le travail, et, pour l'époque de la Restauration, j'ai dû me borner à un résumé. VHistoire parlementaire de Duvergier de Hauranne est une bonne source à consulter. — Sur la maladie qui a enlevé Camille Jordan, je dis que c'était un mal de poitrine, et je ne puis me rappeler si j'y ai été autorisé par quelque témoignage

DE C.-A. SAINTE-BEUVE

direct ou si c'est seulement de souvenir ou par induction que j'ai ainsi déterminé sa maladie. Ce point est le seul sur lequel j'aie désormais à vous demander une réponse *. — En lisant l'article, vous verrez bien s'il y a quelque point secondaire à rectifier ou à compléter; et ce sera pour la réimpression; mais la maladie de poitrine est un fait à vérifier dès à présent. Ces diables de biographes ont eu la plupart jusqu'ici la manie de rester dans les termes généraux. Ils trouvent que c'est plus noble... Je vais mieux, mais non guéri.

AU MÊME

Ce 18 février 1868.

L'article est déjà imprimé, mais mon siège n'est jamais fait. J'ai le premier des opuscules, mais pas le second, c'està-dire la session de 4841. Je serais curieux de la lire. La seule chose qui m'importe immédiatement pour l'article, c'est l'affection de poitrine... Tout cela ira à merveille.

Tout à vous.

Je ne vous remercie plus.

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