‹ CorrespondanceChapitre 142 sur 223 · A M. PAUL ROUSSELOT K · texte numérisé non relu

A M. PAUL ROUSSELOT K

Ce 17 avril 1868.

Monsieur,

Vous pouvez penser avec quel intérêt j'ai lu l'importante tude que vous avez bien voulu consacrer à mon gros livre, n est heureux de sentir qu'on a des juges à la fois de

1. Remerciment de son article sur Port-Royal, dans la Revue ontemporaine du 15 avril 1868.

cette sympathie et de cette compétence. Je sais, malgré tous les soins que j'y ai donnés, tout ce qui manque encore à mon ouvrage et les taches qu'on y pourrait relever : on ne s'en douterait pas en vous lisant et vous avez mieux aimé me présenter au public par les aspects principaux et sous les points de vue où je parais le plus à mon avantage. C'est une grande bienveillance de la part d'un critique, maître du sujet comme vous l'êtes. Vous avez tout à fait raison sur Corneille. Polyeucte n'est qu'un synchronisme moral, mais Corneille lui-même, ami des jésuites, est, comme vous le dites très-bien, un moliniste de génie. C'est là un de ces mots définitifs qu'on regrette de n'avoir pas trouvé soimême.

Votre conclusion est celle à laquelle mon ambition d'écrivain, dans un tel sujet, avait aspiré le plus : ne pas seulement comprendre, mais sentir, mais aimer jusqu'à un certain point et par le fond rester libre toutefois et être souverainement détaché de croire.

Veuillez agréer, monsieur et cher critique, l'assurance de ma gratitude et de mon dévouement.

Page 1