‹ CorrespondanceChapitre 150 sur 223 · M. Ernest Renan · texte numérisé non relu

M. Ernest Renan

DE C.-A. SAINTE-BEUVE

suite qu'à une seule de ces attaques, la plus arrogante de toutes. Là-dessus, j'ai été personnellement provoqué à un combat par les armes ; et l'homme qui a été choisi comme porteur de la provocation avait déjà fait ses preuves au su et vu du soleil. C'est par de telles voies de conciliation qu'on a prétendu me faire reculer et m' amener à résipiscence. Si ce n'est pas là de V intimidation^ je ne m'y connais pas.

Je me suis tu, je me suis abstenu de tout ce qui n'était pas strictement nécessaire au maintien de mon honneur dans cette affaire affligeante. Je crois m'être comporté plus véritablement en sénateur que ceux qui agissaient comme s'ils avaient été membres, non pas d'un sénat, mais d'un cercle.

Aujourd'hui, après avoir laissé dire, avoir continué dans ma modeste vie à suivre, autant que je l'ai pu, mes études et mon travail, ne dois-je pas m'étonner que, par cela seul que j'ai à parler sur une ou deux questions pour lesquelles je me crois moins incompétent, je ne sois sûr de pouvoir le faire qu'après des explications sur un fait étranger, dénaturé, intime, et sur lequel d'ailleurs un excellent collègue , M. de la Guéronnière, à qui j'en sais tout le gré que je dois, a fait donner dans le journal qu'il dirige les éclaircissements (faut-il qu'on en soit là, bon Dieu!) les plus voisins de la vérité ?

En vous écrivant cette lettre, monsieur le président, je ne vous demande point le secret, et en vérité je voudrais qu'elle pût être lue en comité secret devant tout le Sénat. Je ne puis penser qu'à défaut de la bienveillance, elle ne rencontrât du moins un sentiment général d'équité.

Veuillez agréer, monsieur le président, l'hommage de ma gratitude et de mon respect.

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