DLVIII
A M. DANTON
Ce 19 juillet 1868.
Je vous remercie bien de l'attention prêtée par vous à cette réclamation venue des frontières de notre Numidie. Je n'avais d'autre dessein que de vous tenir informé, et aussi de ménager au besoin un appui à ce brave M. G..., que je ne connais pas autrement, mais qui, après l'exaltation politique, me paraît être rentré dans les voies d'une profession sérieuse. Ces sortes d'antécédents, qui impliquent de l'égarement sans doute, supposent aussi une certaine générosité qui, en se modérant ensuite et en s'appliquant, peut devenir une séve utile. Comme vous êtes de ceux qui sentent ces vérités morales et qu'il y a dans les rangs administratifs trop de personnes qui n'en tiennent compte, ou qui même sont toujours prêtes à se prévaloir du passé contre les individus revenus à la discipline, j'ai -doublement aimé à vous tenir au fait; car, de la nature dont je suis, rien ne me peine comme les injustices individuelles : et l'on est heureux d'avoir affaire en haut lieu à des hommes qui, sans faiblesse et sans fausse complaisance, sont intègres el justes. ^
Veuillez recevoir, cher monsieur, l'assurance de mon respectueux dévouement,
DE C.-A. SAINTE-BEUVE