A M, ÉDOUARD THIERRY, ADMINISTRATEUR DE LA COMÉDIE-FRANÇAISE
Ce 22 décembre 1868.
H^-j • Môll cher ami,
Je savais déjà par mes amis qui ont assisté à la représentation, tout ce que je devais à mademoiselle Favart et à vous. Il y a des façons de dire si pénétrantes et des voix si mélodieuses qu'elles feraient tout passer. L'autre jour^ à propos de la mort de Rossini, on disait de l'Alboni qu'elle était la dernière grande voix rossinicnne: eh bien, mademoiselle Favart, elle, est une voix toute racinienne. Et voilà comment s'expliquent les vrais succès. Je n'ai garde d'oublierj pour le parlait accord qu'il y a eu hier dans
celle représentation et cette cérémonie touchante, les vers d'introduction, le prologue et l'épilogue qui ont fait le cadre et enchâssé aux yeux du public des stances si peu dramatiques. Je crois bien que c'est à vous, poëte et directeur, que je dois ce charmant secours, et je vous serai bien reconnaissant de me faire lire au plus tôt ce récitatif si agréable et qui me rajeunit à mon plus grand étonnement.
J'écris à mademoiselle Favart, et je vous prie, mon cher ami, de recevoir mes plus sincères remercîments pour une idée si flatteuse et qui ne pouvait réussir que grâce à vous.
A vous de tout cœur.
DLXXX.