A M. PAUL ALBERT
Ce janvier 1869.
Cher monsieur,
J'avais, à quelques égards, devancé votre désir. Nos pensées du moins se sont croisées. Vous verrez dans le Temps de dimanche soir un article sur votre livre. — Quant à l'Académie, ah! ce sera une grave affaire, et je crains bien qu'au lieu de vous aider, je ne vous nuise. Cette Académie est infectée d'un prélat qui a commis une mauvaise action académique au sujet de Littré et qui n'est pas d'humeur à en rester là, car mauvaise action oblige : — elle est infectée de ce triste Gratry, médiocre esprit qui poursuit depuis vingt ans son diiel contre Yacherot, et qui n'est entré à l'Académie, pour s'asseoir dans le prétendu fauteuil de Voltaire> qu'en insultant à Voltaire, et il ne s'est trouvé personne pour l'avertir ou pour protester contre cet acte d'insigne mauvais goût! Il faudra pour les vaincre une lutte directe et corps à corps. Si je suis de force, I quand le jour viendra, j'irai et leur dirai leur fait ; mais I tout cela entraînera-t-il une masse inerte, polie et molle , qui passe sa vie (quels que soient les sentiments) à se faire des mamours et des concessions entre soi? Tout à vous.
CORRESPONDANCE DLXXXIV.
Je vous remercie de tout ce que vous me dites d'affectueux. Mais, de grâce, laissez-moi vous le dire de mon côté, pourquoi m'adressez-vous un sermon? Est-ce que je me permettrais de vous en adresser un, à vous? et pourquoi les choses ne seraient-elles pas égales entre nous? Vous avez pitié de moi et de mon malheur. Je vous en remercie ; ; mais vous ai-je donc parlé de mon malheur; et qui vous a dit que j'étais si à plaindre? Prenez garde que l'amourpropre, qui a tant de replis, n'aille se glisser aussi dans cette prétention à être plus heureux qu'un autre jusque dans ses malheurs mêmes. Je ne vous plains pas pour les consolations que peut vous donner la foi : laissez-moi celles que la philosophie peut me donner. Vous me souhaitez d'en venir à comprendre le christianisme. Qui vous a dit que je ne le comprenais pas? Ce ne serait pas du moins faute d'étude. Avez-vous jeté les yeux seulement sur mes six volumes de Port-Royal, où. le christianisme est continuellement étudié, remué de fond en comhle,et où certes toute jus* tice lui est rendue? Il est vrai que vous confondez absolument le christianisme avec le catholicisme romain, ce qui n'est pas du tout la même chose. Et puis enfm comprendre le christianisme ne suffit pas : il faut encore y croire, et c'est
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le hic! — Tout ceci est pour vous dire d'avoir de amitié l'un pour l'autre, sans que l'un de nous deilx s'imagine de se donner vis-à-vis de l'autre de ces airs de ^ protection morale et de prôcherie.
Je ne sais pourquoi vous signez cela « le petit-fils d'Oberman? » Avez-vous Oherman bien présent à ce moment? Tout à vous.
P.-S. — Montrez cela à votre confesseur, je vous en prie, et demandez lui son avis. J'avais toujours cru jusqu'ici, . que, selon le vrai christianisme, les prières, pour être efficaces, n'avaient pas besoin d'être signifiées à celui pour lequel on les faisait et qu'il suffisait qu'on les répandît, en secret et les yeux fermés, dans le sein de Dieu. Consultez là-dessus vos docteurs.
DLXXXV.