‹ CorrespondanceChapitre 195 sur 223 · A M. DE LESCURE · texte numérisé non relu

A M. DE LESCURE

Ce 6 janvier 1869.

Mon cher ami,

Je dicte pour être plus lisible, c'est une plume fidèle qui vous écrit. — J'ai eu le contre-coup de firritation, et le contre-coup le plus direct, par une visite de la Princesse, qui, m'ayant fait l'honneur de venir dimanche et, ayant été charmante pendant une heure, est revenue lundi pour se montrer mécontente et courroucée pendant une demi-heure. Tout cela passera. J'ai écrit, pour me satisfaire, une petite n. 20

note où je donne ou indique mes raisons avec fierté i. J'aime mieux n'en pas faire usage. Votre éminent ministre disait di'-jà de moi, auparavant, que j'étais un iiomme tfavec qui l'on ne pouvait pas vivre ». Il doit le dire bien davantage aujourd'hui. J'ai peu l'honneur d'être connu de lui. 11 ne se rend pas non plus très-bien compte, malgré sa supériorité de talent, de ce que c'est qu'un homme de lettres et qui veut l'être après comme avant, chez qui la dignité de sénateur (puisque dignité il y a) n'est qu'un accident, accident très-noble et très-utile, très-essentiel au moment oi^i cela est venu (car j'étais à bout), mais enfm quelque chose qui n'atteint en rien le principe et le nerf vital. Le Journal officiel, tel qu'il est reconstitué, peut convenir à d'autres: dès le premier jour, je m'étais dit de n'y entrer jamais. Mes raisons, en partie rétrospectives, seraient désagréables à dire : glissons. J'ai des opinions, des convictions, et, sur quelques points, elles sont vives et profondes. Je suis pour la gauche de l'Empire, et je suis presque seul. C'est à tel point que l'article oii je défendais une mesure d'un ministre de l'empereur, et oh je la défendais à ma manière et par mes raisons, n'a pu être inséré que dans un journal d'opposition, mais en même temps d'une extrême liberté philosophique. Qu'on me laisse faire! Là oii je serai, je puis rendre un jour ou l'autre des services que je ne rendrais pas en me gênant et en me rangeant à la suite des satisfaits ou des complaisants. Si votre ministre devient un jour ou l'autre le premier ministre parlemen-

1, Celte note a été publiée dans les Souvenirs et Indiscrclions [Dernière année^ V. 274.)

DE C.-A. SAINTE-BEUVE. 351

taire de la seconde période de l'Empire, il n'y aura pas de cœur plus réjoui que moi, surtout si la chose se fait à temps et à de bonnes conditions, car encore faut-il la manière à tout et l'à-propos.

Je vous remercie, mon cher ami, de vos avis et conseils si pleins d'affection."— Je me permets de présenter mes hommages et vœux en ce commencement d'année à madame de Lescure.

Et je suis à vous de cœur.

DLXXXVl.

AU MÊME

0 janvier 1869.

Mon cher ami,

Ce que j'ai à vous dire est si simple que je le dicte. Pas de réponse aux insultes, c'est ma suprême loi, et je recommande à mes amis d'en faire autant ^. Ma seule réponse sera donc mes très-prochains articles qui ressembleront à ceux du passé, avec un peu plus de coudées franches seulement.

A vous de cœur.

1. Sainte-Benvrt avait (Hé gravomenl insullé par des journaux ti'ls que le Pays, à cause de son entrée récente au Temps.

DLXXXVll.

A M. DANTON

'Ce 13 janvier 1869,

Cher monsieur,

Je vous remercie de vos souhaits motivés de bonne année. J'apprends ce qui s'est passé aux deux dernières leçons de M. Paul Albert. Combien je serais affligé que ce cours éprouvât quelque accident! Dites-le bien à notre ministre. Une chose si bien commencée doit se poursuivre, et tout ce qui ressemblerait à une concession à l'égard des personnes, et notamment pour le professeur chef de file et coryphée de la mise en œuvre, serait un échec pour l'idée. Toute la prudence viendra d'autant plus à cet esprit ferme et à ce cœur fier qu'il se sentira plus confiant et plus garanti dans la juste liberté de son enseignement.

Veuillez agréer, cher monsieur, l'assurance de mes sentiments les plus obligés et dévoués.

DLXXXVIII,

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