‹ CorrespondanceChapitre 196 sur 223 · A M. DONNÉ · texte numérisé non relu

A M. DONNÉ

Ce 16 janvier i869.

Cher monsieur.

Vous m'avez envoyé des étrennes. Je ne saurais vous dire combien cette bonne amitié d'esprit et l'affection qui

en résulte est de nature à me toucher et à m'obliger envers vous et envers madame Donné. Vos preuves à l'appui pour Biot sont précieuses: elles rentrent bien dans tout ce que je savais de l'homme. Vous avez bien parlé de Flourens. Il y avait aussi pour ce dernier un arrière-fond curieux, et je puis dire un point d'amour-propre malade, susceptible, et qui, dans le secret, allait presque jusqu'à une monomanic d'orgueil. Avait-il du génie, oui ou non? C'était là pour lui le point le plus chatouilleux et douloureux.

Le bonhomme Delécluze est aussi estimable qu'amusant sous votre plume. On voudrait pouvoir compléter tout aussitôt par de semblables traits les esquisses qu'on a tracées autrefois et si rapidement. Mais il faut encore attendre l'heure des réimpressions et des libraires.

Et, en attendant, nous passons nous-mêmes, nous vieillissons, nous tâchons de donner jusqu'au bout quelque signe de présence, et on en est bien payé quand il y a réponse et témoignage de sympathie de la part d'amis éloignés tels que vous.

Je présente mes respectueux hommages à madame Donné, qui est restée fixée dans mon esprit telle que je l'ai rencontrée une dernière fois, la toute dernière, rue de Condé (qu'elle me pardonne ce souvenir! ), et je vous prie, cher monsieur, d'agréer l'assurance de mes sentiments dévoués.

COH RESPONDANCE

DLXXXIX.

A MADAME ÉLISE OLIVIER

Chère madariie,

Vous m'envoyez là de bien agréables étrennes. Je ne les accepte que comme l'on fait d'un portrait très-flatté, d'une miniature adoucie par un pinceau de femme et d'amie. J'ai été et je suis en ce moments! accablé d'occupations et Inême d'affaires, que j'hésite à indiquer un jour oii je pourrais avoir l'honneur de vous voir uii peu à l'aise et salis être dérangé! J'y tiens pourtant, et ce mois-ci, qui est un mois torrentiel, une fois passé, je vous demanderai une heure d'une après-midi de dimanche. — Je pense qu'il y aurait moyen de faire quelque chose de vos Maximes. Cela pourrait s'imprimer et former ce qu'on appelle une petite ^jlaquette. On n'y mettrait que les excellentes, pas de vers, selon moi ; mais ce genre de publication ne trouve guère d'éditeur proprement dit; et il faut que l'auteur en fasse les frais. C'est du moins ce que je conclus du peu d'expérience que j'ai. — Ce serait au reste plutôt matière à conversation qu'à lettre et nous en causerons, s'il vous plaît.

Veuillez agréer, chère madame, avec l'expression bien vive de ma gratitude, mes hommages d'affectueux respect.

}\-S. — Je présente tous mes compliments à M. Olivier.

Excusez si je ne recopie pas. Combien je com[)te sur de l'indulgence!

DE C.-A. SAINTE-BEUVE

DXC.

A M. l'abbé LÉO.NCE couture 1.

Ce 20 juiivicr 1809.

Je vous avouerai que je désirais fort sur le Port-Royal un article de la Revue critique'^, et je le redoutais en même temps. Vous autres, messieurs de l'examen précis et positif, on aimerait à vous faire lire un ouvrage la veille de la publication, pour profiter de vos bans avis, de vos rectifications et remarques; mais, le lendemain et devant le public, on a lieu d'être effrayé de tout ce que vous pouvez trouver à dire et à reprendre. Vous avez été très-indulgent. Il y a quantité de vraies fautes, erreurs et inadvertances que j'ai encore laissées, malgré tous mes soins, dans ce texte, dont les différentes parties sont d'un âge si inégal: j'attends avec impatience la confection de la table des matières7 afin d'y réparer de mon mieux ces manques et

1. Professeur de philosophie an petit séminaire d'Auch, l'un des rédacteurs de la Revue critique. (On peut voir dans le lome I, à la date du 27 octobre 1856, une lettre relative au cardinal d'Ossat, adressée à M. l'abbé Léonce Couture.)

2. L article de M. l'abbé Couture avait dans la Revue critique^ le 16 janvier 1869. « Cette lettre, nous écrit la personne qui a bien voulu nous la communiqui'r, M. Lian, professeur au petit séminaire d'Auch, cette lettre qui acc ;pte sans restrictions les a{)|)réciations de M. l'abbé Couture, bienveillantes, il est vrai, dans l'ensemble, niais parfois un peu sévères dans les détails, surtout dans les questions de doctrine, démontre avec quelle loyauté M. Sainte-Beuve savait accepter une critique sérieuse et impartiale.

défaillances crattenlion, et de faire un dernier meaculpa. Er admirant combien vous aviez ce gros livre présent à \i pensée jusque dans ses moindres parties, j'ai reconnu h justesse de vos observations, et je ne vois guère sur que je pourrais avoir à présenter quelque dissentiment. Vo.^ éloges m'ont d'autant plus touché: et de tous les article; dont mon livre a été l'objet, le vôtre est certainement celu qui me paraît le plus à prendre en considération pour h valeur positive des remarques critiques.

Veuillez agréer, monsieur, l'assurance de mes sentiment: les plus obligés et distingués.

DXCl.

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