‹ CorrespondanceChapitre 197 sur 223 · A M. LE DOCTEUR ALBERT REGNARD · texte numérisé non relu

A M. LE DOCTEUR ALBERT REGNARD

Ce 28 janvier 1869.

Cher monsieur.

Votre lettre est bien touchante, et c'est pour-moi un hor flCur de l'avoir méritée de vous en un pareil moment. Qu dire et comment savoir consoler ceux qui n'ont de cuit que celui du vrai, et dont les convictions ne sont pas errante au gré de leurs désirs ? Je saurais encore comment console de la perte d'un homme et d'un ami : j'ai vu dans Straus deux très-beaux discours funéraires, l'un sur la mort d'u frère, l'autre sur la mort d'un médecin de ses amis. 11 k

DE C.-A. SAINTE-BEUVE

consacre avec un mélange d'émotion et de stoïcisme <■<■ dans ce sanctuaire du souvenir où sont déjà entrées tant de chères figures ». Mais une femme, mais une amie et une compagne de la première jeunesse, il semble que le souvenir ne soit point assez, et que la vie qui nous reste à vivre ne puisse faire à cette chère absente une place durable assez unique, assez étendue, assez perpétuellement vivante. Votre cœur saura trouver la réponse au tendre et douloureux problème, sans que votre raison fléchisse, et vous garderez en vous, dans un deuil inviolable et que le temps devra seulement adoucir, le témoin secret et fidèle de vos travaux, de vos joies, de vos luttes généreuses : c'est ainsi que celle qui aura été à la peine, sera aussi à la récompense. La pensée est tout pour le sage, tant qu'il est dans cette lice humaine.

Veuillez agréer, cher monsieur, l'hommage de ma cordiale sympathie.

Mon cher camarade,

Je t'avoue que j'avais entièrement oublié ces vers d'écolier 1 dont tu me parles; il serait ridicule à moi d'y atta-

1. C'étaient des vers à propos d'une Crémaillère, pendue à la E)ension Landry .— M. Jules Claretie les a publiés, depuis la mort le Sainte-Beuve, dans l' Indépendance belge.

A M. DORÉ d'aUTUN .

DXCII.

Paris, 7 février 1869.

cher aucune importance. Cependant, comme on imprime tout aujourd'hui et que les vieilleries deviennent des primeurs, je t'avoue encore qu'il me serait peu agréable que mes vers si juvéniles, qui se sont altérés de copie en copie, et auxquels il m'est impossible de retoucher, m'arrivassent un matin imprimés comme une [^nouveauté. Après cela, tu feras comme il te plaira, mais ce que je te dis là, je le dirais à Claretie lui-même en lui en envoyant au besoin une copie. Tout à toi, mon vieux camarade.

le:

DXGIII.

Page 1