‹ CorrespondanceChapitre 203 sur 223 · INOTE ENVOYÉE A M. KAEMPFEN ET PUBLIÉE PAR LE JOURNAL LE TEMPS · texte numérisé non relu

INOTE ENVOYÉE A M. KAEMPFEN ET PUBLIÉE PAR LE JOURNAL LE TEMPS

Mercredi, 24 mars 1869.

Nos chers et spirituels confrères de la presse font souvent preuve d'imagination : ils l'ont prouvé tout dernièrement en enterrant sans façon M. Mérimée. Mais quelquefois aussi on dirait qu'ils sont à sec : ils se répètent. 11 y a un certain dîner de M. Sainte-Beuve qui, avec force enjolivements, ne cesse de défrayer les baguenaudiers et qui fait son tour de France. Les meilleures plaisanteries devraient quelquefois prendre fin. M. Sainte-Beuve aurait peut-être le- droit de dîner à huis clos comme il lui plairait. Mais la vérité est que, très-soufifrant depuis plusieurs mois et tout à fait hors d'état d'assister, soit aux séances du Sénat, soit aux séances de l'Académie, il n'est guère d'humeur à se gaudir et à festiner. 11 occupe le plus possible ses matinées au travail, et il semble que le public, à qui il en fait part assez régulièrement, ne devrait pas lui demander autre chose.

DE C. A. SAINTE-BEUVE

DXGVIl.

A MADEMOISELLE LOUISA SIEFERT ^

Ce 28 mars 1869.

Mademoiselle, — et j'ai bien envie de dire tout de suite, cher Poëte, — je vous remercie du nouveau Recueir^. Yous avez fait comme Ovide, mais d'une voix plus mâle, et d'un accent plus patriotique, les Fastes de l'année. C'est tout un cortège qui défile devant nous, chaque mois fraternel portant son idée et son signe au front. La nature vous a inspirée, et un éclair de notre grandiose histoire illumine au passage les dates consacrées. C'est le vers d'André Chénier fêtant les dieux de Marie-Joseph.

. Veuillez me croire votre reconnaissant et obligé.

y p. -S. Savez- vous que M, Guillaume Guizot vous a citée et lue l'autre jour dans son cours de Poésie française au Collège de France?

1. Le poëte tant regretté et tant pleuré à Lyon, mademoiselle Louisa Siefert, auteur des Hayons perdus et d'un autre poëme intitulé Calendrier républicain. Elle est morte à Pau le 21 octobre 1877, dans sa trente-troisième année, laissant des parents et un mari inconsolables.

2. Sainte-Beuve répondait, dans cette lettre, à l'envoi du Calendrier républicain.

DXGVIII.

A M. JULES CLARETIE

Ce 7 avril 1869.

Mon cher ami,

Je vous remercie de votre aimable témoignage d'attention. Je n'ai pas connu ces lettres à la duchesse de Courlande, qui, je crois, avait été la maîtresse de Talleyrand et qui était mère de madame de Dino. Je suis à l'avance persuadé que tout ce qu'on trouvera de lettres et d'écrits de Talleyrand donnera de lui une favorable idée. Des gens d'esprit comme lui ne mettent jamais le pire de leur pensée ou de leur vie dans des papiers écrits. L'essai de sir Henry Bulwcr est précisément fait dans votre sens, et c'est pour cela que je n'ai pas dû y insister. J'accepte en général les jugements de l'auteur anglais, mais je les complète, et j'y mêle le grain de poivre que la politesse avait toujours, chez nous, empêché d'y mettre. 11 est bien certain qu'à un moment de l'Empire, Talleyrand a pensé que c'en élait assez comme cela de guerres et de conquêtes. 11 a dit un certain jour ce mot qui doit lui être compté : Je ne veux pas ou je ne peux plus être le bourreau de l'Europe. Quant à M. Yillemain, je conçois très-bien, par les sentiments et les passions quasi légitimes qui régnaient alors dans toute une partie de la société et de la nation, qu'il ait fait son fameux compliment à l'empereur Alexandre. Il n'y a pas de quoi lui en faire un crime, car cela s'explique très-bien ; mais

DE C.-A. SAINTE-BEUVE

pourtant ce n'est pas là un honneur ni un bonheur dans sa vie.

Comment pourrait-on admettre que Louis-Philippe eût dit à Talleyrand ce mot au lit de mort : « ...comme un damné l — Déjà! » Ce sont nos pasquinades à la française. — La visite de Louis-Philippe avait plusieurs témoins, et sir Henry Bulwer donne le récit d'un de ces témoins mêmes.

J'ai, du reste, écrit ces articles ^ sans aucun parti pris; je comptais d'abord n'en faire qu'un ou deux : le sujet m'a porté. Je ne hais ni n'aime Talleyrand; je l'étudié et l'analyse, et je ne m'interdis pas les réflexions qui me viennent chemin faisant : voilà tout.

J'aurais bien envie de connaître cette correspondance dont vous me citez des mots intéressants. Où est-elle? où l'avez- vous lue?

Merci encore et tout à vous, mon cher ami.

DXCIX.

A M. GUSTAVE MERLET

Ce 8 avril 1869.

Mon cher ami,

Votre bonne grâce est parfaite. L'édition des Poésies n'est pas aussi introuvable que vous le pensiez, \oici les deux volumes que je vous prie d'accepter, et plus complets qu'ils

1. Les articles du T^'mps sur Talleyrand, recueillis depuis dans le tome XII des Nouveaux Lundis.

n'on t jamais été donnés. — Si je vis, je les ferai plus complets encore. — Mais rien ne me sera jamais plus agréable que cette entrée au port sous pavillon classique, — » dont vous avez été le pilote habile et indulgent Tout à vous.

A M. PAUL GHÉRON.

Ce mardi matin 18 mai 1869.

Mon cher ami,

Nous comptons sur vous aujourd'hui à dîner.

Il y aurait une trouvaille à faire, pour moi du moins, à la Bibliothèque. Jomini a fait imprimer en 4865 à 2:)ctit nombre deux volumes intitulés Précis des Campagnes de 4812, 4813j iSli. — Un très-petit nombre d'exemplaires, donnés d'abord à des amis, ont été retirés. Rien n'est dans le commerce. L'ouvrage ne doit plus paraître que dix ans après sa mort, et encore sera-t-il très-certainement modifié en quelques points pour l'expression des jugements. Si l'ouvrage a été imprimé à Paris, il doit avoir été déposé. Et voilà le problème intéressant pour moi à résoudre. — Dans ces conditions, il l'est même pour d'autres.

Tout à vous; à bientôt, cher ami.

1. M, Gustave Merlet préparait une Anthologie classique qui a été publiée depuis, et dans laquelle il a fait entrer des vers de Sainte-Beuve,

DE C.-A. SAINTE-BEUVE

P. -S. — La Bibliothèque impériale posséderait-elle aussi, en anglais, la Relation de la Campagne de 48i^, par le général sir Robert Wilson ? — Tout cela à loisir.

DCI.

A M. CAMILLE DOUCET

Ce dimanche, 23 mai 1869.

Cher confrère,

J'ai une ambition. Voici la fièvre politique, qui atteint plus ou moins les plus paisibles, terminée ou à la veille de l'être. Je voudrais bien vous avoir à dîner un jour et vous demander les noms d'un ou deux convives. Ce serait un peu moins en famille qu'à l'ordinaire. Madame Sass voudrait bien, dans ce retour qui, j'espère, n'est pas tout à fait de passage, comme on le dit, nous chanter quelque air qui me referait du nombre des vivants et qui remplirait mon petit salon de soleil. Voudriez-vous d'Arsène Houssaye? qui préféreriez-vous? Vous fixeriez le jour, pourvu que ce fût un mardi ou un jeudi. Voilà, mon cher ami, comment je vous remercie, en exigeant encore.

A vous.

P.-S. — Qu'y a-t-il de vrai dans ces rapports tendus de l'Académie avec le cabinet des Tuileries?

Permettez-moi d'offrir mes respectueux hommages à mesdames Doucet.

DGII.

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