A MADAME VICTOR HUGO
Ce 21 juin 1869.
Chère madame,
Au milieu de toutes les félicitations qui vous arrivent, la mienne ne peut manquer : voilà une éclatante consécration des admirations et des amours de notre jeunesse. C'est ainsi que le génie a son heure, et qu'il est de toutes les heures : il a plus d'un plein midi. Un de mes amers regrets, cloué comme je suis à mon fauteuil, est de n'avoir pu assister, ne fût-ce que par une visite au foyer, à cette fête, à ce jubilé de la poésie, entendre de près ces applaudissements sympathiques qui réveillent en nos cœurs tant d'échos, et marquer que je tiens à ne pas perdre mon rang parmi les vétérans d'Hernani.
^. Après }e succès de la reprise d'Hernani,
DCV.
A M. EDMOND SCHERER
Ce 2o juin 1809.
Mon cher ami,
Que vous avez été aimable pour ce vieux roman que ces témoignages ont comme rajeuni ! N'est-ce pas que George Sand est, par instants, un grand critique sans le savoir? Et La Tour du Pin donc, c'est un véritable esthéticien ^.
Je vous enverrai dans peu de jours ces deux premiers volumes réimprimés de Portraits contemporains 2. On pourra y découper aussi quelques témoignages inédits, — une lettre de Hugo notamment de d832 3.
1. Sainte-Beuve venait de publier une édition définitive de Volupté, chez Charpentier, et il y avait joint des témoignages et jugements en appendice (ce qui distingue cette édition des précédentes).
2. Chez Michel Lévy. — Les deux premiers volumes, seuls, ont paru du vivant de Sainte-Beuve.
3. On connaît cette lettre, datée du 12 juin 1832, et où le grand poète, entrevoyant l'avenir, s'exprimait ainsi : « Nous aurons un jour une république, et, quand elle viendra, elle sera bonne... La république proclamée par la France en Europe, ce sera la couronne de nos cheveux blancs... » [Portraits contemporains^ édition de 1869, tome 1", page 466.)
DE C.-A. SAINTE-BEUVE
DCVl.