DCIX
A MADAME JULIE DACHELARD.
raris 1/, juillet -I8G9.
Madame,
Combien j'ai à m'excuser de n'avoir pas répondu plus tôt à une lettre comme la vôtre, que j'ai relue plus d'une fois et qui exprime une douleur si vraie, si sensible, en même temps que si -soumise et acceptée! Je voulais aussi dire à M. Bachelard le triste plaisir que m'a fait l'épanchement plaintif et modulé de son affliction. Ma seule excuse est que, après un travail un peu long que vous aurez pu voir dans le Temps (puisque vous recevez le Temps), j'ai été pris, sous l'influence de la chaleur qui règne ici, de souffrances plus vives accompagnées d'abattement.
Veuillez bien croire, cher monsieur et chère madame, au souvenir profond qneje garde de votre chère absente et au lien de sympathie qu'elle a établi entre nous.
Votre respectueusement dévoué.
DE C.-A. SAINTE-BEUVE
DCX.
A MADAME CHAMPSEIX (aNDRÉ LÉO).
Ce 24 juillet 1869.
Non, madame, ce n'est point par aucune complaisance, mais par un sentiment de haute estime que je me suis permis cet envoi que vous voulez bien accepter. La question qui s'est comme personnifiée en vous, que vous embrassez et traitez sous toutes ses formes, m'a plus préoccupé moi-même qu'il ne le semblerait d'après mes écrits. J'ai beaucoup vu, observé de près, à tous les degrés, à tous les étages, et j'ai été vivement saisi par le côté de justice et d'humanité. Il y a une misère constituée qui ne peut durer. Comment en sortir? Ce n'est certes pas en dissimulant le mal ni en se payant des vains palliatifs si chers à notre belle société. Yous exposez la plaie au vif : vous réclamez le remède sans aucun diminutif, à l'état complet d'égalité. C'est à de telles vaillances appuyées de raisons qu'ont été dues jusqu'à présent toutes les conquêtes de la moralité et de la civilisation.
Veuillez agréer, madame, l'hommage de mon affectueux respect.
• DCXI.
A M. ALBERT GOLLIGNON, A MKTZ,
Ce 29 juillet 1869.
A travers plus d'une fatigue et plus d'un empêchement, je viens de lire votre volume*. Je supprime les remercîmenls en ce qui me concerne. Voilà un livre parfaitement conçu et exécuté selon les principes de la critique littéraire naturelle. Tout y est : l'homme est connu, approfondi, décrit, placé à son vrai point pour la supériorité. Il n'y aurait à faire quelques réserves que pour certains points de détail que la conversation seule pourrait réduire à leur juste degré. Beyle était très-véridique, cependant l'homme d'esprit avait certaines façons de dire qu'il ne faut pas prendre absolument à la lettre; il s'amusait.
Si j'ai le plaisir de vous voir un jour ici à Paris, je vous montrerai un petit guide-âne qu'il m'avait donné pour un voyage d'Italie en 1839. — J'ai particulièrement connu une charmante femme, madame Jules Gautier, femme d'un percepteur des finances à Saint-Denis, une des trois aimables filles du préfet champenois La Bergerie, — celle que Beyle a tant aimée et qui le lui rendait par une affection douce, égale et touchante. Combien je regrette de n'avoir pas senti tout cela alors et quand je la rencontrais si fami-