A M. TILLOY
Ce 21 décembre I86r..
Cher monsieur,
Je n'ai pu répondre encore à votre excellente lettre, et je ne vous ai pas remercié de l'envoi du journal. Yous m'excuserez sur ma surcharge de travail. J'ai évité, dans ces articles sur Proudhon, d'intervenir trop visiblement, de m'interposer trop souvent entre le lecteur et lui. Ce rôle de contradicteur m'aurait mené trop loin. Dans le cas particulier, j'aurais eu surtout à dire, comme Cicéron, que « c'est une mauvaise et malséante habitude, de mal parler des dieux»; ou encore, comme Rivarol, que « l'impiété est la plus grande des indiscrétions ». Mais je ne puis croire qu'il ait été un grand déiste, et le passage de la lettre à vous adressée m'a paru suffisant pour maintenir la ligne philosophique honorable. M. Clerc vous aura dit peut-être que j'avais eu le plaisir de le voir et de causer assez longuement avec lui. Ce sera mon profit, en étudiant Proudhon, d'avoir connu plus d'un homme d'intelligence et de cœur, et vous, monsieur, tout le premier.
Agréez l'expression de mes sentiments sincères.