A M. ALPHONSE LEMERRE
Ce 24 janvier i866.
Je reçois votre obligeante lettre et votre prospectus. Youd riez-vous bien, monsieur, me permettre de vous demander une addition à votre Pléiade, mais une addition qui me paraît indispensable, si vous voulez à la fois satisfaire les amis de la vraie poésie du xvi® siècle et les fortunes modestes qui ne peuvent atteindre aux prix fous des ventes modernes? Je vous demande donc de vouloir bien adjoindre à vos sept poètes un huitième, Olivier de Magny, un poëte dont les recueils, toujours très-rares, se vendent au poids de For et qui est un charmant esprit: — d'un côté, l'ami intime de Du Bellay, qu'il complète; de l'autre, l'amant favorisé de la Belle Cordière, dont il raille le crasseux mari. 11 est du vrai groupe central de la Pléiade du xvi^ siècle, et, comme mérite et talent, il y tiendrait bien le quatrième rang, sinon le troisième. Vous voyez, monsieur, comme je prends encore à cœur ces choses. Je présente ma requête
DE C.-A. SAINTE-BEUVE. 55
en toute révérence à M. Marty-Laveaux et à vous, et je vous prie d'agréer l'expression de mes sentiments très-distingués.
P.-S. — N'oubliez pas de loin notre bon anii Baudelaire, un poëte de la Pléiade aussi.
CCGXXXIII.
A M. R. CHANTELAUZE
Ce 2 février 1866.
Monsieur,
J'écris un peu au hasard, n'ayant pas la certitude de votre adresse. Le motif de ma lettre en excusera l'indiscrétion, s'il y en a quelqu'une. Lorsqu'il y a dix-huit mois environ et peut-être plus, vous m'avez fait l'honneur de me communiquer quelques parties de la Correspondance du cardinal de Retz à son envoyé à Rome, vous m'avez mis en goût. J'ai souhaité la prochaine publication de cet intéressant volume, et je viens tout simplement vous demander oi^i elle en est, et si nous pouvons l'espérer bientôt.
Veuillez agréer, monsieur, l'expression de ma haute considération.
1. M. R. Chantelauze, auteur d'un ouvrage sur Marie Stuart (couronné par l'Académie française en 1877), est surtout connu par ses travaux complets et définitifs su*^ le cardinal de Retz. Sainte-Beuve a inséré de lui, dans son Por/-/îoî/a/, un très-remarquable Mémoire sur les relations du célèbre cardinal avec les jansénistes. Il va être beaucoup question de ce travail de M. Chantelauze dans la suite de cette Correspondance.
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CGGXXXIY.