‹ CorrespondanceChapitre 31 sur 223 · CCCXXXIX · texte numérisé non relu

CCCXXXIX

FRAGMENT d'uNE LETTRE A M. BERGMANN.

3 mars 1866.

.... La position des philosophes est délicate. Si ma santé m'avait permis d'assister aux dernières séances du Sénat, il m'eût été difficile de me contenir et de ne pas éclater. Tout le monde fait semblant de croire, et la grande majorité du dehors avance pourtant (bien lentement, il est vrai) dans le sens commun. Mais il y a bien des contre-courants et des remous. 11 faudra qu'on en vienne à accepter,— à faire accepter cet état de la plupart des esprits qui est la noncroyance et l'examen plus ou moins libre, plus ou moins approfondi, avec tous ses résultats et ses conséquences. C'est un état qui, je l'ose dire, est légal depuis 1789; il a droit à être reconnu, à être respecté. Mais il est d'habitude d'injurier cette disposition d'esprit dans toutes les assemblées publiques et de la dépeindre comme un malheur, comme une infériorité morale déplorable, tandis qu'à la bien prendre, c'est une supériorité, et, j'ajouterai, une tranquillité.

Quelle est la définition du sens commun ?

Je le définirai dans sa plus grande généralité : le minimum, le moins de croyance au surnaturel, sa diminution croissante.

CGCXL.

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