‹ CorrespondanceChapitre 56 sur 223 · A M. GABRIEL DE CHÉNIER · texte numérisé non relu

A M. GABRIEL DE CHÉNIER

Ce 15 novembre 1866.

Monsieur,

J'ai regret de n'avoir pu avoir l'honneur de vous voir. L'histoire de Davout m'a surtout intéressé dans votre ouvrage par la manière dont vous traitez son ministère de 1815. J'avoue que j'aurais désiré plus de détails, de notes, de témoignages variés pour certaines parties de sa vie militaire; mais la sévérité de l'histoire, telle que vous la concevez, y eût sans doute perdu.

Je suis pour le moment absolument retiré de la presse quotidienne, ce qui vous explique mon silence sur un livre qui, en d'autres temps, m'eût excité à écrire.

Ce serait à vous, avocat, que je serais plutôt tenté de demander l'interprétation de la loi pour des cas imprévus. Le Conseil d'État, peu favorable à la loi de propriété littéraire, el; pour couper court, a fixé ce terme de cinquante ans qui est absolu et pour tous.

Mais il faudra bien qu'il s'établisse une jurisprudence au fur et à mesure pour des cas singuliers.

Ainsi André Chénier est mort depuis plus de cinquante ans, ses œuvres sont dans le domaine public; mais, si demain vous publiez de lui des œuvres posthumes, qu'arrivera-t-il? Il résulte de la loi que, sauf les notes et avant-propos que vous aurez pu y mettre, ces œuvres posthumes sont ipso facto à tout le monde.

Pour moi, rapporteur in extremis j'ai eu surtout à m'éclairer auprès de M. Riche, conseiller d'État, et auprès de mon collègue M. Suin.

Mais je prévois, à la mine de certains éditeurs, qu'il y aura plus d'un procès au sujet de conventions antérieures à la loi, et les divers points ne se fixeront que par la pratique.

Veuillez agréer, monsieur, l'assurance de ma considération la plu3 distinguée.

CCCLXXll.

A M. ERNEST ALLARD

Ce 28 novembre 1866.

Monsieur,

Je n'ai pas répondu à votre lettre, car ce n'est qu'en causant que ces choses se peuvent développer. Votre entreprise appellerait plusieurs observations préalables : je ne crois pas,- à vrai dire, que, pour répondre au litre de Revue populaire, il faille enfermer et condenser sa pensée et sa science sous forme d'épopée. Ces abstractions, même poétiques, vont peu au grand nombre, et l'on ne saurait demander tout d'abord à des lecteurs d'une Revue dite populaire, tant d'attention et d'art pour interprète. Mais je me ferais un scrupule de décourager un noble dessein

1. Voir dans les Nouveaux Lundis^ t. IX, le Rapport de Sainte- Beuve sur la Propriété littéraire, lu au Sénat le 6 juillet 1866.

DE C.-A. SAINTE-BEUVE. 105

I et probablement vos réponses m'enlèveraient quelques-unvS ! de mes doutes.

Agréez, monsieur, l'assurance de mes sentiments trèsdistingués.

CCCLXXIII.

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