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Mérimée était à Cannes

site faite à M. Cousin qui le pressait, il ne s'est pas rendu. A plus forte raison aujourd'hui. Je ne sais quelle sera l'époque des élections. Cuvillier-Fleury ne sera reçu que dans la dernière quinzaine de mars.

Ce qui est plus fait pour occuper, c'est la pente politique où l'on s'est mis : c'est, de compte fait, depuis quatrevingts ans, la neuvième tentative, en France, pour concilier la liberté et la stabilité d'un gouvernement.

1« Louis XVI, 1789-1792 : 10 août.

2» La Convention, 1793 : Robespierre.

3« Directoire, 1794 : 18 Fructidor, 18 Brumaire.

Première Restauration, 1814 : Débarquement à Cannes. 5*^ Cent jours : Acte additionnel, Waterloo. 6" Deuxième Restauration, 1815 : .Juillet 1830. 7*^ Monarchie de Louis-Philippe, 8 août 1830 : 24 février 1848.

8« République de 1848 : Présidence 2 décembre.

Ainsi c'est une neuvième épreuve que l'on commence, et dans les plus mauvaises conditions : celui qui cède paraît le faire à son corps défendant et n'ouvre la main qu'à demi : il n'ouvre même qu'à demi la bouche, et l'on ne sait pas bien précisément sa pensée de derrière.

De leur côté, les Français sont les mêmes, parlant tous à la fois, demandant tout du même coup et se plaignant qu'on ne leur laisse ni rien faire ni rien dire.

Le Sénat a déjà été saisi d'une demande d'interpellation hier, — toute chose cessante, — pour armer la flotte cuirassée de cinq cents canons (nouveau modèle) : on n'en a guère que quatre-vingts. C'est l'amiral Bouët qui demande

cela. Mais est-ce si pressé? Faut-il que le Sénat tire le premier coup de canon à la veille de l'Exposition pacifique universelle?. . . Pas un moment de patience.

Vous voyez, mon cher ami, que je suis sombre : il est

vrai que je ne p pas. Je voudrais que vous vissiez

plus en beau que moi, c'est que vous respireriez plus librement et à pleins poumons.

Ne ménagez pas tant ces communications, trop rares.

Je suis tout à vous.

P. -S. — Me votlà des vôtres au Journal des Savants; j'en suis flatté; mais je ne puis m'empêcher de remarquer qu'on vous met de tout, précisément quand on n'est plus en état de rien.

CGGXGVI.

A M R. CHANTELAUZE

Ce 23 février 1867.

Cher monsieur et ami.

Enfin, je l'ai lue, cette fin si désirée! c'est fort curieux. Vous suivez avec une parfaite bonne foi les vicissitudes de cette vie et de cette âme. Vous doutez là où peut-être elle eût douté elle-même de la réalité de ses propres sentiments. La situation oh vous placez le lecteur, par cet assemblage de témoignages, est celle-là même oh la réflexion conduit.

Je ne savais rien du tout de cette mort équivoque ^, et voilà jusqu'au bout de l'extraordinaire et qui fait question. Vous m'imposez une trop grande responsabilité en me laissant maître de quelques suppressions dans les citations : la vérité ici consiste dans le complet. Je vais bien réfléchir sur la manière dont il pourra être fait honneur à ce beau et bon travail, lorsque nous en serons à l'Appendice, auquel j'ai dû le remettre et qûi sera probablement, d'après ma nouvelle division, au tome V (le tome ÏII étant définitivement clos). Je tâcherai surtout que le lecteur n'en perde rien. — Vous avez mille fois raison sur M. de Talleyrand; Retz avait tout autrement d'essor, er, auprès de lui, le prince-évéque n'était qu'un paresseux, mais un paresseux qui a bien su prendre ses moments.

Je vous remercie de votre bon intérêt sur ma santé. Elle n'est pas pire, mais elle n'est pas améliorée quant à l'essentiel. Contentons-nous de durer.

Je suis tout à vous, cher monsieur et ami, avec une entière gratitude et un entier dévouement.

CCCXCVII.

AU MÊME

Ce i^'- mars 1867.

Cher monsieur et ami,

Je vous renvoie les derniers feuillets, selon votre désir. Ne vous méfiez pas trop de votre première interprétation :

1 La mort du cardinal de Retz.

DE C.-A. SAINTE-BEUVE. 143

il se pourrait aussi que l'une ou l'autre des conjectures de Grouvelle fût vraie. 11 y a et il y aura toujours mystère. -11 n'y eut jamais, même sous la forme la plus modeste, d*oraison funèbre ou de panégyrique de Retz : si le fait est constant, c'est à noter. Je sais tout ce qui s'opposait à une solennelle oraison funèbre; mais n'y a-t-il donc eu sur lui aucun discours funéraire chrétien?

Je n'ai pas eu connaissance du texte du décret et du bref sur le livre de V Apologie des casuistes^ et j'en serais curieux. Entre nous, tout ce côté de mon livre laisserait fort à désirer si c'avait été mon sujet : mais, d'autre part, il n'est pas possible, je le sais, de scinder absolument cl d'extraire la morale et la littérature en la séparant de la théologie.

Agréez, cher monsieur et ami, l'assurance de mes sentiments dévoués.

GGCXGVIII.

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